Juin-Juillet-Août sont les mois mis à profit par les habitants de Conakry, pour se cacher des grandes pluies, et aller en vacances, savourer les délices dont dame nature a dotés la Guinée: un paysage magnifique, des citoyens accueillants, un climat et une végétation à couper le souffle. Sans compter la bonne nourriture: fruits et légumes frais, sauces à bases de parfums naturels et autres découvertes merveilleuses.

Mais, cette année, la route qui mène au pays profond dicte sa loi aux voyageurs entre Conakry et l’intérieur du pays et inversement. Le mauvais état de la route entre la Commune urbaine de Coyah et le pont dit «Kaaka » relevant de cette Préfecture, est un des goulots d’étranglement du trajet. Ici, se matérialise en terme clair, l’indiscipline du Guinéen dans la circulation. Ici, commence le calvaire du voyage pour quiconque se hasarde à sortir de Conakry par ces temps de pluies. C’est la pagaille, la débandade. On se croirait dans la cour du Roi Pétaud. Il n’y a personne pour réguler.

Conséquence ? Chacun se cherche (comme le disent les ivoiriens) dans cette nébuleuse. Ceux qui sont des téméraires, trop pressés se sont découverts leurs propres pistes avec tous les risques que cela comporte. Pour ceux-ci, l’adversaire de taille, c’est la boue qu’il faut braver pour rouler. Des tonnes et des tonnes de poussière mouillée par l’eau de pluie qui forme une couche de boue compacte d’une épaisseur de 20 à 30 centimètres. Quand un véhicule s’embourbe, bonjour la galère. Le choix, c’est vider tous les passagers du véhicule qui se mettent à la tâche pour pousser le véhicule dans l’espoir de le dégager de ce piège.  C’est un autre calvaire

Comme l’occasion fait le larron, des jeunes de la localité sont présents aussi pour prêter mains fortes aux nécessiteux, contre espèces sonnantes et trébuchantes. Aucune voiture ne passe qu’elle soit administrative, militaire ou civile. Même les voitures médicalisées chargées de contrôler l’état de santé des passagers sont bloquées. Les agents mixtes : police, gendarmerie, armée, chargés de réguler la circulation ont quitté et ont laissé le travail aux chauffeurs, aux apprentis et aux passagers. Vous comprenez alors le désordre en pareilles circonstances. Certains passagers ont été obligés de passer la nuit malgré eux. Certains restent coincés là pendant deux ou trois jours.

Au pont Kaaka, tous les passagers descendent pour le lavage des mains et la prise des températures obligatoires. Mais, il n’y a l’ombre d’aucun teste de dépistage. L’ombre d’aucune équipe de riposte à l’épidémie. Les agents qui sont là ne demandent aucun document sanitaire du ministère de la santé et des structures de la riposte épidémiologique. Après avoir lavé leurs mains, les passagers peuvent continuer leur chemin sans aucun problème.

Même constat au barrage Bangoura. Là-bas, pas de prise de températures, aucun agent sanitaire n’est là. Mais, ceux des forces de l’ordre exigent le lavage des mains obligatoire. Chose bizarre, les chauffeurs qui n’ont pas respecté la distanciation dans leurs véhicules paient juste 10000 fg. Et bon voyage.  Cette somme varié en fonction des négociations et des relations entre le chauffeur et ces agents

« Mais, monsieur, je suis en règle » déclarent certains chauffeurs. Les agents rétorquent  «  ces documents sont valables aux yeux des personnes qui vous les ont remis. Chez nous, vous payez 10000 francs guinéens. Vous passez et si vous ne payez pas, vous allez rester avec nous jusqu’au matin ». C’est pourquoi d’ailleurs, les chauffeurs ne respectent pas les barrières sanitaires édictées pas les autorités compétentes.

Je continue mon périple jusqu’à Marela relevant de la Préfecture de Faranah. Là-bas, en lieu et place des barrages, c’est le mauvais état de la route et la boue qui dictent leurs lois aux passagers. Tout le monde descend pour pousser le véhicule. Si vous ne le faites pas, vous risquez de passer la nuit dans cette partie de la tourmente. Et c’est la zone dans laquelle règnent en grand maître, les coupeurs de route. Tous les usagers craignent ce lieu : chauffeurs, passagers,  tous prie le Bon Dieu de leur donner la chance de franchir cet obstacle. Ceux dont les prières ne sont pas exhaussées par le Bon Dieu passent des jours, voire, des semaines ici.

Mon constant en ralliant Conakry à N’Zérékoré est qu’il y a au moins une cinquantaine de barrages entre Conakry et N’Zérékore. Presque tous les corps habillés sont représentés. Vous pouvez voir à l’entrée et à la sortie d’une Préfecture, plus de trois à six barrages de différents corps habillés. Mais, ceux-ci n’ont qu’une idée à la tête : Se mettre plein dans les poches au détriment les règles d’hygiènes sanitaires et de sécurité routière. Aucune règle n’est respectée, encore une fois. Et quand vous leur demandez pourquoi cette indifférence,  ils ont presque les mêmes mots: ” Je n’ai pas de compte à te rendre”. Justement, parlant de covid 19. Que vous soyez en règle ou pas, vous allez payer 10 000 fg pour qu’on lève le barrage. Ainsi va la Guinée en 2020.

Un carnet de route de Mamady Cherif pour couleurguinee.info