Nommée Directrice Générale du Port Autonome de Conakry le 17 septembre 2018, Madame Helene Savané a été démis de ses fonctions le 12 janvier 2019. Un décret qui a surpris, semble-t-il, de nombreux salariés du port de Conakry. Des rumeurs ont aussitôt couru que cette dame paie, à travers ce limogeage, le lourd tribu de ses relations amicales et fraternelles avec madame Halimatou Dalein Diallo, épouse du chef de fil de l’opposition guinéenne.

Des sources concordantes au port autonome de Conakry réfutent cette hypothèse. Selon ces sources, Madame Helene Savané n’a pas été limogée parce qu’elle fréquente « les Daleins » et d’autres opposants. Elle serait victime de sa résistance farouche contre des appétits remontés à la surface par la société turque Albayrak.

Selon des témoignages concordants, tout a débuté les 3 et 4 janvier 2019, lorsque des missionnaires turcs d’Albayrak se sont présentés au terminal à containeur du port autonome de Conakry, exploité par Bolloré. Alors qu’ils n’étaient pas attendus, ils ont déclaré qu’ils sont venus faire des mensurations, c’est-à-dire, des mesures sur la zone concédée à Bolloré, sous le prétexte qu’ils sont les futurs gérants des redevances issues de ces concessions.

Pris au dépourvu, les exploitants de cette partie du port ont aussitôt précisé qu’ils ne sont pas d’accord d’accueillir des personnes qui débarquent sur leurs installations sans prévenir et sans ordre de mission. Les Turcs ont dû rebrousser chemin. Ils sont allés, pour les mêmes motifs dans la partie du port exploitée par les Russes de RUssal-CBK, c’est-à-dire, le quai minier et le quai bauxitique. Moins diplomates que les gens de Bolloré, les Russes ont repoussé les visiteurs sans ménagement. Arguant qu’il est impossible de laisser faire des mesures sur ces installations qu’ils exploitent.

Les russes ont fait savoir aux visiteurs qu’ils n’ont qu’un seul interlocuteur : c’est la Direction générale du Port Autonome de Conakry. Les turcs rebroussent encore chemin. Entre temps, les représentants de deux sociétés se sont plaints, de cette visite inopinée, à la directrice du port.

De leur côté, les turcs peu satisfaits du degré de collaboration de la partie du port allouée à Bolloré et celle exploitée par les Russes ont émis le souhait de rencontrer la direction générale du port pour leur faire part de leur nouveau plan d’action. Ils ont été reçus le mardi 8 janvier 2019, par Helene Savane. Ils ont dit à cette dernière comment ils vont s’installer sur la zone concédée c’est-à-dire les quais commerciaux.  Ils ont aussi expliqué comment le port doit transférer l’autorité portuaire à Albayrak. Madame savané a fait savoir aux hôtes que les termes du contrat signé par le port autonome de Conakry et Albayrak ne prévoient pas de transfert de pouvoir.

Ce transfert de pouvoir, soit dit en passant, signifie que toutes les recettes portuaires seront perçues dans ce cas par la société turque. Les turcs ont insisté et elle leur a dit que ce n’est pas possible parce que ça ne figure pas dans le contrat. Elle a promis de se référer au ministre des transports Aboubacar Sylla, son supérieur hiérarchique.

Le jeudi 10 janvier, le ministre a convoqué ces partenaires turcs au ministère des Transports. Il a écouté successivement les explications de la directrice générale du Port madame Helene Savané et son staff et les turcs d’Albayrak. A cette réunion, les turcs ont réitéré ce qu’ils ont dit à Madame Helene Savané. Le ministre Aboubacar Sylla aurait dit aux hôtes que ce qu’ils souhaitent ne figure pas dans le contrat. Il leur a demandé de bien vouloir se référer au président Alpha condé.

A la fin de cette réunion, Madame helene Savané se rend immédiatement au Palais présidentiel Sekhoutoureya. Le président de la République n’était pas au Palais. Elle a été reçue par le ministre secrétaire général à la Présidence Kiridi Bangoura auquel elle a expliqué le problème. Ce ministre lui aurait promis d’expliquer le problème au Président dès qu’il sera de retour. Il aurait même reconnu que selon les termes du contrat, les turcs sont de simples concessionnaires comme Bolloré et russal-CBK.

Mais, entre-temps, des coups de fils avaient déjà mis le président Alpha Condé au courant des tiraillements entre les Turcs et la directrice générale du Port autonome de Conakry. Mais, il parait, dans une version qui l’a irrité. De retour au Palais présidentiel, le président condé, se serait fâché. Il aurait dit que le port autonome de Conakry est en train de saper son autorité. Dans la foulée, le président de la République a pris la décision de sévir. C’est ainsi que le décret limogeant la dame serait venu. Au grand dam des employés qui disent que Helene Savane avait réussi à mettre de l’ordre dans l’administration, jugée laxiste, du port autonome de Conakry.

Si l’exploitation du port revient aux turcs, ça génèrera un manque à gagner énorme pour la Guinée selon des experts. A titre d’exemple, le port autonome de Conakry fait une recette annuelle de plus de 380 milliards de francs guinéens, et plus de 37 millions d’euros. Si les hôtes turcs obtiennent le monopole ça veut dire que désormais, c’est Albayrak qui empoche cette manne. Et dans ce cas, ils ne verseront que 16% de ce montant à la Direction Générale du port autonome de Conakry pour faire face à ses charges de fonctionnement.

Il faut aussi signaler, toujours selon les experts interrogés, que le port emploie actuellement 700 employés. Albayrak aurait dit qu’il ne prendra que 200 de ces employés. Dans les conditions normales, avec 16% des recettes alloués au port de Conakry, Albayrack devrait prendre 90% des charges actuelles de cette installation portuaire. Si le remorquage, le pilotage, les redevances domaniales, les redevances sur les surestaries, les navires, les droits de port pour ne citer que ceux-ci, sont gérés par Albayrak, ça veut que le PAC est complétement dépouillés de sa sève nourricière. C’est ce que disent ces experts.

Abou Bakr pour alerteguinee

Tel : 620028194

 

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