En temps de crise comme c’est le cas avec la pandémie Covid-19, les droits de l’homme peuvent faire l’objet de suspension, à l’exception du noyau dur que sont le droit à la vie, l’interdiction de la torture et autres. C’est une réalité, en Guinée comme ailleurs.

Cependant, les périodes exceptionnelles sont connues pour être les moments les plus propices à la violation des droits fondamentaux. C’est pour cette raison, nous souhaitons faire cette contribution car suspension ne veut pas dire atteintes aux résidus essentiels des droits de l’homme qui subsistent en tout temps et en tout lieu.

1-Fermeture de Conakry et respect des droits de la défense à l’intérieur du pays :

Le 25 mars, un communiqué du Ministre de la justice suspend les audiences jusqu’à nouvel ordre, exception faite pour le flagrant délit et les référés. Action salutaire. Cependant, plusieurs audiences de flagrant délit se tiennent à l’intérieur du pays et depuis le décret du 31 mars, il n’est plus possible de quitter la capitale pour l’intérieur du pays, sauf dérogation. Nous avons fait l’amère expérience le 6 avril, mon confrère et moi-même, nous fûmes obligé de rebrousser chemin à Coyah. La solution idoine serait par voie de communiqué permettre la libre circulation des conseils pour défendre leurs clients en détention en respect aux droits de la défense constitutionnellement reconnus.

2-Covid-19, directive du HCDH et droits des prisonniers

Il est connu de tous que les prisons sont des lieux de prédilection pour l’incubation de maladies en raison de la promiscuité, la pandémie Covid-19 ne fera pas exception. Le 26 mars, une directive du Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations unies invite les États à prendre des mesures visant à réduire le nombre de prisonniers comme ceux âgés, malades… Il serait intéressant, en Guinée, que l’on aille dans le même sens. A cette liste, j’y ajouterai les femmes et les enfants.

3-Covid-19, confinement et droit à un niveau de vie suffisant

La pandémie Covid-19 a pour particularité d’avoir comme solution drastique et durable le confinement de la population. Cependant, ce qui est vrai au Nord n’est pas nécessairement applicable au Sud sans porter atteinte à un droit fondamental, celui relatif au droit à un niveau de vie suffisant; je pourrais même dire droit d’accès aux moyens de subsistance. Dans un pays caractérisé par un ” cycle de vie d’une journée”, on prépare demain, ce qu’on a gagné aujourd’hui, ce type de confinement est contre-productif. Explorer des solutions alternatives peuvent s’avérer plus utiles: les marchés dans de grands espaces comme les écoles, permettre la libre circulation des denrées, …

Suivre ces quelques pistes peut permettre une combinaison idoine entre les nécessaires mesures visant à combattre Covid 19 et l’indispensable respect des droits fondamentaux en Guinée.

Dr Thierno Souleymane Barry

Professeur de droit, Consultant et Avocat à la Cour

Conakry, Guinée