Pendant que la Covid-19 ruisselle encore dans les 4 communes de la capitale Conakry, les agriculteurs à l’intérieur du pays continuent de pleurer la dégradation de leurs récoltes menacées par la fermeture des marchés hebdomadaires, des frontières avec les pays voisins et les restrictions de déplacement sur le territoire guinéen. La sous-préfecture de Timbi Madina est reconnue pour le développement des cultures de rentes à travers notamment la culture de la pomme de terre. Ce féculent reste l’agroressource la plus produite dans cette localité et constitue le fondement de l’économie de plusieurs familles et ménages. La crise sanitaire est arrivée à la période de  récolte qui constitue le moment de comptabilisation des recettes. Cette année, la période de récolte et de post récolte deviennent tristes car les producteurs se trouvent privés de leurs clients et consommateurs potentiels à l’intérieur et à l’extérieur du pays.

Sur la chaine de valeur agricole, le segment production agricole présente plusieurs méats. Les pommes de terre récoltées sont stockées au-delà des durées ordinaires  pour sa conservation après récolte. Ce qui conduit fortement à la dégradation des glycosolanines, le changement de couleur du blanchâtre au verdâtre, signe d’accumulation des toxines et la pourriture. Cela réduit aussi significativement sa valeur nutritionnelle en rendant les tubercules fibreux. Ceux qui n’ont pas récoltés de peur que les tubercules ne pourrissent, oublient que la pomme de terre ne fait pas ses tubercules pour le plaisir des producteurs. C’est sa réserve alimentaire pour prévenir les périodes de stress en éléments fertilisants du sol. Ceux-ci ne peuvent s’attendre qu’à la récolte des racines issues de l’utilisation des réserves nutritives dans les tubercules. Ce n’est pas l’objectif de la culture de pomme de terre. Certes c’est une situation difficile mais des solutions peuvent être proposées pour minimiser l’effet de la crise sanitaire sur les revenus des producteurs :

A l’immédiat, il faut permettre aux producteurs d’avoir accès aux grandes villes potentiellement consommatrices de la pomme de terre comme Conakry, Boké, Kankan, N’zérékoré, Siguiri, etc. Ceci dans le strict respect des dispositions prises par les autorités administratives relatives à la restriction de déplacement à l’intérieur du pays.  Epargner ces producteurs du payement de certains frais au niveau des barrages légalement installés en cette période de coronavirus. Pendant la vente, les vendeurs détaillants  et grossistes doivent éviter que leurs clients ne touchent plus de tubercules au moment des achats. N’est touché pratiquement que ceux qu’ils doivent acheter. Le port des gants et des masques peut être également recommandé en indiquant aux producteurs qu’ils doivent doter leurs clients en gants hygiéniques. Pour leur contribution toujours, les producteurs/vendeurs peuvent rappeler  aux acheteurs/consommateurs la nécessité de renforcer le lavage des pommes de terre même si celles-ci sont préparées à une température supérieure à 63°C (température maximale favorable au nouveau coronavirus). Ces petites mesures de protection hygiénique sont valables  pour les autres acteurs impliqués dans la chaine de valeur agricole de tomate, d’igname, des bananes desserts et plantains, de manioc, des fruits sauvages communes, etc. provenant de toutes les régions naturelles de la Guinée.

Il faut reconnaitre que la pandémie a mis à nu les faiblesses de la chaine de valeur agricole de manière générale en Guinée. D’où la nécessité d’entreprendre des actions pérennes pour le bien être de notre secteur agricole :

  • Procéder à une réorganisation des différentes filières agricoles en prévoyant des mécanismes d’assurance. Ainsi les producteurs sont accompagnés et d’autres

investisseurs sont encouragés à s’orienter vers l’agriculture;

  • Racheter le stock actuel de pomme de terre. L’Etat serait mieux indiqué pour cela ou des opérateurs économiques pour sauver les producteurs ;
  • Assister les agriculteurs dans la recherche des intrants pour faciliter les travaux champêtres prochains;
  • Former mieux nos agriculteurs dans l’agroécologie (production et utilisation des composts à base des sous-bois,  résidus agricoles, etc.) pratique déjà assez vulgarisée dans la zone de Timbi Madina, en plus des fientes actuellement utilisées en réduisant les pratiques agricoles chimiques. Ce qui permettra de prolonger la durée de conservation de nos produits agricoles hautement périssables.
  • Plaider auprès de nos partenaires au développement et auprès de l’Etat pour la formation des agriculteurs guinéens dans les techniques de transformation et de conservation des fruits et légumes afin d’éviter la pourriture des récoltes et d’éviter éventuellement des situations alimentaires critiques ;
  • Développer des unités industrielles de transformation des fruits et légumes ;
  • Il faut nécessairement impliquer les institutions d’enseignement supérieur agricoles ( l’Institut supérieur agronomique de Faranah et l’Institut supérieur  des sciences et de médecine vétérinaire de Dalaba, les ENAE en plus des centres de recherches agronomiques pour initier des innovations adaptées à la gestion de la pandémie.

C’est ma lecture succincte de la situation du secteur agricole en cette période de Covid-19. Toutes ces propositions sont à analyser, à renforcer et à prendre en compte de manière technique et scientifique au fil du temps. Pour l’instant, j’exhorte les autorités intéressées à sauver ce secteur de manière progressive et

durable. A rappeler qu’on ne peut pas labourer, semer, récolter et manger le même jour.

Ensemble stoppons la Covid-19

Par Mamady DIAWARA, ECA/ISSMV/Dalaba, Consultant en Agriculture durable, Doctorant en Nutrition-Santé, UMR Qualisud, Faculté de pharmacie, Université de Montpellier/France. Tél.: +224622208202 E-mail: [email protected]