En Guinée, la vie de footballeur, ou d’ancien footballeur n’est pas un long fleuve tranquille. Enrichis par une carrière de joueur, comment des stars du ballon rond arrivent à tout perdre. Thierno Aliou Barry ‘’Mungam’’ est un exemple. Un avant centre qui soulevait des foules avec ses dribbles magiques et des shoots perçants, il est un des meilleurs avant centre de sa génération. Venu de l’équipe fédérale de Tougué en 1979, il s’est imposé comme titulaire dans les rangs du Syli National en passant par le Horoya AC.

A 49 ans aujourd’hui, Thierno Aliou Barry ‘’Mungam’’, ancien sociétaire du Syli national est obligé pour subvenir aux besoins de sa famille de coller des pneus. Marié à deux femmes, et père de 4 enfants (2 garçons et 2 filles), cette autre gloire manque de soutien de l’Etat. Il dit ne pas regretter d’avoir rendu service à sa Nation « Sur le plan du football, je suis content d’avoir loyalement été au service de mon pays… Je regrette seulement de ne pas pouvoir continuer mes études à cause du football.» Déclare cette vedette d’une autre époque.

Une carrière de footballeur, si elle est bien menée, peut permettre de s’enrichir et de vivre une vie pleine. Mais pour certains, la sortie de route est arrivée très rapidement comme le cas de cet avant centre qui a hissé haut les couleurs nationales de sa Guinée natale. Aujourd’hui, il fait vivre sa famille avec les recettes que la vulcanisation lui rapporte en collant des pneus à Dixinn Gare pour avoir de quoi manger.

A l’âge de 14 ans, déjà il se cachait de ses parents pour aller regarder les matchs d’entrainement au stade de Labé. A l’école, comme tout enfant de son âge, il jouait au ballon en compagnie de ses camarades. Très athlétique et technique, il se distingua lors de nombreuses rencontres. C’est ainsi que feu Ibou Bah, sociétaire du Fello Star de Labé l’a repéré et recommandé aux encadreurs.

Thierno Aliou Barry a fait ses premiers pas dans le Fello star de Labé, où il a signé pour un an.

Après ce club, il a été repéré et vite récupéré par M. Mounir, un fonctionnaire qui était en service à Tougué. Là il a réalisé de belles prestations. Il a réussi à rendre performante l’équipe de Tougué et a contribué à la classer pour la première depuis sa création, troisième dans le championnat national. C’était en 1979.

C’est à travers ce championnat que le jeune d’alors a vu de grandes portes s’ouvrir pour l’accueillir : le Hafia l’a sollicité (par feu Kaba Hafia), le Horoya par le truchement de Moussa Suler Camara, célèbre défenseur du Hafia et du Syli National qui a fini par réussir à le recruter pour le Horoya, et le Syli (junior / Senior) ne pouvait que se réjouir en l’ayant dans ses rangs. Il a été pris en charge par Ministre de la jeunesse et des Sports d’alors, Mme Koumba Diakité

De succès en succès, les voyages à l’extérieur commencent avec la sélection nationale. Il compte plus de 22 sélections avec ce Syli national.

Au nombre de ses souvenirs il évoque son voyage au Koweit « Mon plus beau souvenir est le voyage que j’ai effectué au Koweit en compagnie du Syli national. C’était un tournoi qui avait regroupé plusieurs pays. Mes prestations pendant ce tournoi contre les équipes de haut niveau resteront gravées dans ma mémoire. Ce fut d’ailleurs ma dernière sélection au sein de l’équipe nationale ». Il n’y a pas que des réussites, son mauvais souvenir relève d’un match en club « Le plus mauvais souvenir est le match de championnat que le HAC avait perdu contre le club de Boké. C’était vraiment une piètre prestation dans l’ensemble. Heureusement que nous avons été sauvés par l’équipe de Coyah qui est parvenue à battre Boké, sinon on était éliminé du championnat. Cela avait fait trembler mon cœur » Reconnait Thierno Aliou Barry.

« Malgré mon adhésion dans l’Association des anciens internationaux où, je m’acquittais de mes cotisations et participais aux réunions, je n’ai aucune relation présentement avec le ministère et mon ancien club. Je suis complètement découragé surtout du fait, que nous avons été ignorés lors du recrutement au sein de la fonction publique. Il y a eu de l’arbitraire dans ce processus de recrutement pendant que nous avons tous les dossiers au complet. C’est très dommage pour ce pays qui ne récompense pas ses gloires.

Aujourd’hui pour subvenir aux besoins de ma famille, je suis obligé de me reconvertir dans ce métier de vendeur et de collage de pneus. J’ai des camarades de classe qui sont aujourd’hui médecins, ingénieurs, cadres de l’administration qui viennent solliciter mes services à mon atelier pour coller ou pomper les pneus de leurs véhicules. Je suis contraint de le faire malgré moi, car la subsistance de ma famille en dépend. Nous sommes abandonnés à nous-mêmes. D’aucuns sont malades sans soins, d’autres sont atteints de folie et marchent dans les rues de Conakry. Il faut penser aux anciens sinon c’est un péché qui va rattraper un jour.Le seul conseil que je pourrai livrer à cette jeunesse et aux parents qui veulent soutenir leurs enfants dans le football c’est d’aller d’abord à l’école. A notre temps, on jouait pour la patrie et actuellement on joue pour l’argent » » Regrette cette ancienne gloire.

Par Louda Fogo Baldé pour couleurguinee.info

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