Dr Ousmane Kaba économiste et homme politique, était l’invité de l’émission « Les Grandes Gueules » ce mercredi. Au téléphone, il a réagi au plan de riposte économique contre le Covid-19 proposé par le gouvernement.

 Voici des extraits de son intervention.

-Vous avez écouté le plan proposé par le gouvernement. Le plan de riposte économique contre le Covid-19. Un plan jugé commando par certains partisans du pouvoir. Un plan jugé faible et irréaliste par d’autres. Alors, dites-nous concrètement de l’œil de l’économiste que vous êtes, quelle analyse vous en faites ?

Je crois que actuellement, on devrait moins parler de politique et plutôt parler de la maladie et comment nous allons protéger la Guinée. Nous tous contre cette maladie. Moi, j’ai regardé le plan, je l’ai lu très rapidement. Je me suis rendu compte d’abord que c’était une bonne chose d’avoir un plan à l’instar de tous les autres pays de l’Afrique de l’ouest,  d’Afrique. La Guinée ne pouvait pas rester en dehors de cela et nous-mêmes, nous avons appelé à l’existence d’un plan de riposte. Deuxièmement, j’ai vu que c’est un plan qui a les trois volets sanitaire, social et économique.

Le volet sanitaire me semble être le meilleur à condition qu’on voie les procédures de décaissement et les procédures de contrôle parce que nous avons un double objectif. Il faut que l’argent soit décaissé très vite, mais il faut aussi que l’argent soit contrôlé pour éviter vraiment le gonflement de business, de Coronavirus business. Ensuite, le plan social et c’est là vraiment qu’il y a quelques problèmes, parce que vous savez que la Guinée est un pays très pauvre. Il y a des mesures qui n’ont pas beaucoup de sens économique telles que le gel des prix des denrées ou de la location, pourquoi ? Parce que l’Etat n’a aucun impact pratiquement l’Etat n’est pas propriétaire des maisons et il n’existe en Guinée aucune législation pour modérer le prix des loyers et l’Etat n’a pas beaucoup d’impacts sur le prix des denrées alimentaires non plus. Donc, les geler, ça ne veut pas dire grand-chose c’est pour cela qu’on a parlé de l’irréalisme de ce plan

-C’est bien de relever ce défaut, cette absence de main mise de l’Etat sur l’activité économique du pays. Qu’est-ce qu’on aurait dû faire au-delà de l’annonce du gel des prix des denrées de première nécessité ? Quelle mesure aurait dû accompagner une telle annonce pour qu’elle soit effective ?

Je ne pense pas que l’Etat a vraiment les moyens aujourd’hui de geler les prix des loyers ou des denrées. On ne peut pas changer un pays en une semaine parce qu’il y a Coronavirus. Les structures économiques existent, les lois économiques existent et l’Etat n’est pas du tout dans ce secteur-là. Je pense que quand on élabore un plan, ce n’est pas pour changer l’économie en très peu de temps, ça c’est impossible, il faut s’adapter à la réalité, faire quelque chose qui puisse donner des résultats palpables. Moi, je ne pense pas qu’on puisse faire quoi que ce soit dans les semaines qui viennent pour que l’Etat puisse contrôler les prix des denrées, ça c’est impossible.

Cette question a été posée au premier ministre, l’argument qu’il nous a donné, ce que la Guinée dispose d’un stock de riz qui pourrait couvrir au moins une période de 6 mois et que grâce à la disponibilité de ce stock là, au moins sur cette période le prix pourrait être contrôlé. Bien entendu d’autres mesures auraient accompagné les principaux distributeurs de la denrée sur le marché guinéen.

Si nous avons le riz au niveau du gouvernement tant mieux. Ceci dit, nous n’avons pas les autres denrées. Nous n’avons pas un stock de maison en location non plus, voilà. Moi, je suis pessimiste sur cet aspect-là. J’aurais été plutôt pour la baisse du prix du carburant. Cela a un impact non seulement économique mais un impact social beaucoup plus important. Vous savez, nous, nous avons calculé que le prix du carburant avec la baisse du prix international devrait être à 6500 francs guinéens. Alors, si l’Etat mettait le carburant à 5000fg, cela allait toucher l’ensemble des Guinéens et non seulement dans le domaine de transport, mais dans tous les autres domaines. Cela me semble beaucoup plus réaliste que de vouloir gérer des choses qui ne nous appartiennent pas.

-En temps normal, Dr Ousmane Kaba, si vous étiez premier ministre aujourd’hui, quel plan allez-vous proposé vous pour évidemment nous aidez ?  Sur la composante sociale, quelles mesure auraient été les vôtre parce qu’il y a qu’à même cette suspension : les factures d’eau et d’électricité. Le prix des loyers est bloqué. Vous, vous auriez fait quoi de différent ?

Écoutez, la facture d’eau et d’électricité c’est bien pour ceux qui ont l’électricité couramment, ceux qui ont l’eau couramment, ça c’est une infime partie de la Guinée, Il faut le savoir. Chaque fois que l’on prend une mesure, on regarde non seulement l’efficacité de la mesure mais on regarde aussi quelle est la partie de la population qui doit être impactée par cette mesure. Chaque mesure de politique économique touche une cible bien déterminée. Et la difficulté pour des gens qui ne sont vraiment pas experts, c’est de comprendre la cible voilà. Lorsqu’on dit, on va réduire le coût d’électricité, ceux qui ont un tarif social combien sont-ils ? Quelles sont les personnes qui sont touchées par ce tarif social, qui sont connectées aux réseaux EDG ? Voilà des questions qu’il faille se poser.

Des morceaux choisis par Mamadou Baïlo Diaguissa Sow pour couleurguinee.