Des militaires de haut rang expriment de très fortes réticences à voir des troupes régulières engagées dans des opérations de maintien de l’ordre aux États-Unis.

Trump se heurte à l’opposition des milieux militaires. Ses menaces de recourir à l’« Insurrection Act » et de faire appel à l’armée d’active pour « régler rapidement le problème » des manifestations si les gouverneurs ne le font pas, ont placé le président américain en porte-à-faux avec une nouvelle institution, d’habitude beaucoup plus silencieuse.

Cette fois, ce ne sont pas les médias « fausses nouvelles », ni les «démocrates d’extrême gauche», ni l’«État profond» qui se mettent en travers de la volonté présidentielle, mais l’armée américaine.
De façon très inhabituelle, la hiérarchie militaire a fait savoir sa réticence à voir des troupes régulières engagées dans des opérations de maintien de l’ordre dans les villes américaines face à des foules redevenues globalement pacifiques, et surtout l’armée utilisée à des fins politiques.

Mark Esper. « En tant que secrétaire à la Défense, mais aussi en tant qu’ancien soldat et ancien membre de la Garde nationale, j’estime que l’option de recourir à l’armée d’active dans un rôle de maintien de l’ordre ne devrait être utilisée qu’en dernier ressort et uniquement dans les situations les plus urgentes et les plus graves, Je ne suis pas favorable à recourir à l’Insurrection Act » a-t-il déclaré au cours d’une conférence de presse mercredi matin.

« Donald Trump est le premier président de mon existence qui n’essaie pas d’unir le peuple américain ; il ne prétend même pas essayer. Au lieu de cela, il essaie de nous diviser. Nous assistons aux conséquences de trois ans de ces efforts délibérés. Nous assistons aux conséquences de trois ans sans un gouvernement responsable» », a écrit Mattis.

«Nous ne devons utiliser nos forces armées sur notre territoire qu’en de très rares occasions, et à la requête des gouverneurs, a aussi dit Mattis. La militarisation de notre réaction, comme nous l’avons vu à Washington, D.C., entraîne un conflit – un faux conflit – entre la société civile et militaire. Il érode le lien moral qui garantit la confiance entre les hommes et les femmes qui servent sous l’uniforme et la société civile qu’ils ont juré de protéger et dont ils font eux-mêmes partie. Le maintien de l’ordre public incombe aux autorités civiles, gouverneurs et élus locaux qui comprennent le mieux leurs communautés et leur rendent des comptes».

« Je ne peux pas rester silencieux », écrit l’ancien amiral, qui dit avoir confiance dans les forces armées. « Mais je suis moins confiant dans la légalité des ordres que ce commandant en chef leur donnera, et je ne suis pas convaincu que les conditions dans nos rues, aussi mauvaises soient-elles, ont atteint un niveau qui justifie un recours à des troupes militaires… En outre, je suis profondément préoccupé par le fait que, lorsqu’ils exécuteront ses ordres, les militaires seront utilisés à des fins politiques».

Trump n’a pas commenté la déclaration d’Esper, mais a publié quelques messages vengeurs sur Twitter, contre Mattis, le « général le plus survendu ».

Même si elle s’exprime par l’intermédiaire de généraux à la retraite, la fronde de l’armée est un développement imprévu pour Donald Trump. Celle d’Esper indique que mêmes les membres les plus fidèles de son gouvernement ne sont pas prêts à le suivre aveuglément.

Source : AFP

Louda Fogo Baldé pour couleurguinee.info