Nous avons rendu visite à la famille du défunt Jeremy Coman, un des Directeurs de la station scientifique des Monts Nimba décédé la semaine dernière. A son village natal qui est la sous-préfecture de Koropkara, localité située à 85 kilomètres de la préfecture de N’Zérékoré, sa famille biologique porte le deuil. Nous nous sommes rendus aussi à son ancien lieu de travail à Ziéla dans la sous-préfecture N’Zoo, Préfecture de Lola. Précisément aux monts nimba. Nous avons échangé avec ses anciens collaborateurs. Nous avons écouté sa famille. Pour en savoir un peu plus sur cet éminent autodidacte qui a fait parler de lui à travers ses recherches depuis plus d’un demi-siècle au service de la Nation guinéenne. Un Scientifique chevronné s’en est allé et grand dam des scientifiques. Sa faune et sa flore qu’il connaissait comme sa poche

Sa famille biologique et ses collaborateurs de travail ont tous témoigné de la passion de l’homme pour la nature. L’un des  fils de feu Jérémy Coman nous a dévoilé le parcours de  son père.  Alain Coman, son père a passé tout son temps au service de la Guinée.

« Mon père a commencé ses études à Macenta en 1952. Le collège à N’Zérékoré. De là, il est rentré à l’école normale des instituteurs de Kankan en 1960. En 1963, il a été affecté comme professeur de Biologie à Dinguiraye. C’est là qu’il a commencé sa carrière d’enseignant. De 1963 à 1965, il était affecté comme principal au collège de Kérouané en même, professeur en charge des cours de Biologie, jusqu’en 1977, il était toujours principal de Kérouané. Par la suite, un décret présidentiel en 1977 l’a nommé directeur général adjoint à la station scientifique des monts Nimbas » a dit son fils.

En ce temps, dit-il, il faisait des recherches avec plusieurs personnes comme KK Kourouma, avec des Japonais et des Français. Alors, à travers ses différentes recherches, ils ont découvert les crapauds vivipares en 1981. Ces crapauds vivipares sont capable de faire neuf mois de gestation, et ce crapaud, on ne peut pas le déplacer de la zone des monts nimbas. Donc, après il a passé quelques mois à l’Institut de Recherche Environnementale de Bossou(IREB). En 1990, vu sa compétence, l’UNESCO l’avait recommandé au gouvernement guinéen pour le nommer Directeur général de la Station Scientifique des Monts Nimba explique son fils

« Ce que je peux retenir de mon père, c’est qu’il était un éminent  scientifique autodidacte. Il a beaucoup travaillé pour son pays. Vraiment, il s’est sacrifié pour la Guinée. Mon père était botaniste. Lorsqu’il fut nommé directeur à la station scientifique des monts Nimbas, il avait la passion de la nature, il faisait des recherches sur des produits traditionnels, car il  était thérapeute (Médecine traditionnelle). Il collectait des plantes pour leurs vertus thérapeutiques. En même temps, il cherchait à connaitre ce qui lie les animaux de la zone forestière aux monts nimbas (Botanique). A la station Scientifique, il y a une zone là-bas qu’on appelle Pitata, où il avait mis des serpents dans des boites, puis il a ajouté une substance pour pouvoir conserver ces reptiles. Ces serpent sont appelés l’herpétologie ;  car il me disait que ces animaux se nourrissent que des espèces végétales alors il faudrait les conserver dit son fils.

Il dit que feu son papa avait fait la découverte de crapauds vivipares, en 1981, qu’on appelle Nimbaphrynoides occidentalise.

« Vous savez en science, on ne cache rien. Mon père avait une plante qui pouvait traiter plusieurs maladies. Cette plante, Il l’appelait la plante de la vie. Il y avait fabriqué un produit qu’on appelle yokpo, c’est mon ainé qui a ce produit à Kamsar. Ce produit guérit plus de 12 maladies. Ce produit traite les maladies comme la fièvre typhoïde, le rhumatisme, la faiblesse sexuelle, la nausée, les céphalées. Mon père a eu sa retraite en 2001, mais souvent il partait aux monts Nimba pour des travaux scientifiques, malgré qu’’il était retraité. Il interprétait le comportement et les gestes des différents animaux » a dit Alain Coman

Selon lui, son père a tout donné pour l’émergence de la science en Guinée.  Malheureusement, il a fini sa vie sans l’accompagnement des autorités guinéennes : «Mon père était tombé malade, il y a de cela au moins deux ans. En 2016, on l’a envoyé à Conakry pour son traitement lorsqu’il fut rétabli, on est parti ensemble à Kamsar de là-bas il a décidé de se retourner au village à Paley, à côté de mon frère. Après là-bas, on l’a envoyé à Lola pour poursuivre le traitement. Donc, de Lola, il a décidé de aller au village, car depuis mon père disait s’il mourrait de l’enterrer dans son village natal. Lorsqu’il était au village, il avait perdu la voix à cause des différentes activités scientifiques qu’il menait. Alors, après les examens, on n’a pas connu la maladie, mais le vieux n’acceptait pas les traitements modernes, il disait que c’est la plante qu’on amène chez les Blancs pour fabriquer les produits modernes. Depuis que mon père était tombé malade, le gouvernement n’est pas venu en aide, personne n’est venu en aide pour le traitement de mon père, on dirait qu’il n’a rien faire pour ce pays, tandis qu’il s’est sacrifié. Il a fait des documents, et il y a une émission qui passe sur la radio nationale. C’est lui qui a rédigé ce document de 23 heures  4 heures du matin, dont le gouvernement n’est jamais venu au secours. Un jour, lorsque mon père était malade, on a publié sur une plateforme scientifique pour demander de l’aide en disant que c’est une bibliothèque est qui en train de disparaitre. Mais en vain. C’est maintenant après sa mort, nous voyons des gens appeler un peu partout, il est mort à l’âge de 96 ans.  Mes derniers souvenirs que j’ai gardés de mon père. Je suis fier de lui, il est parti la tête haute. Il nous a montré comment nous devons vivre. Mon père était un polygame, il était marié à cinq femmes et père de 15 enfants » a confié son 8eme enfant.

Aux monts nimba où monsieur Jérémy Coman a travaillé plus d’un quart de siècle,  ses collaborateurs n’ont pas tari d’éloges envers lui pour la passion qu’il avait pour les monts nimba à travers ses différentes recherches, à l’entame de cette interview, l’actuel directeur de la Station Scientifique des monts nimba a demandé une minute de silence à la mémoire de son chef hiérarchique :

«Jérémy Coman était Botaniste. Il a été l’un des directeurs de la Station Scientifique des Monts Nimbas, et je dirai le directeur qui a plus duré, parce que quand vous regardez la succession des directeurs, c’est lui qui était le quatrième directeur après Jean Tournier en 1944-1958 ; Karamo Kourouma 1959-1969 ; Alpha Kabinet Kéita 1969-1979. Il a pris la tête de la direction de la station scientifique des monts nimbas. On appelait la station le centre de recherche en Biologie Appliquée des monts nimba en 1979 jusqu’en 1996 et en cette même année, l’institution a changé de nomination, le nom était maintenant la station scientifique des monts nimba. Jérémy était toujours le directeur jusqu’en 2002. Jérémy était un homme dévoué pour la recherche scientifique. Il avait l’avantage de maitriser les noms scientifiques des plantes. Il était un naturaliste, il aimait la nature. Alors, d’après ce qu’il nous disait, il est né d’une famille dont le papa était tradi-thérapeute.  Donc, à bas âge, il apprit à traiter les gens à travers les plantes. Cela l’a vraiment aidé pendant le cursus scolaire. Il était autodidacte. Je crois qu’en sortant de dabadou, il a aimé naturellement les plantes et les animaux. Jérémy a fait plus de 20 ans de recherches sur les monts nimba. Il y a passé un quart de siècle de sa vie. Il a  consacré tout aux monts nimba. Il a travaillé à la station scientifique des monts nimba, il a contribué à la création de l’institut de recherche environnementale de Bossou  (IREB), comme je vous l’ai dit, il était spécialiste en Botanique, il a travaillé beaucoup sur les chimpanzés et les plantes consommées par ces chimpanzés. Il était à cheval entre la station scientifique et l’IREB. Il a formé beaucoup de jeunes chercheurs en Botanique. C’était un chercheur qui était ouvert aux jeunes et qui avait le souci de transmettre son savoir aux jeunes. Jérémy pouvait interpréter le cri des animaux. L’Etat amenait des subventions pour appuyer des recherches, mais ces subventions sont insuffisantes par rapport au volume de travail à faire. Pour parler de recherche et qu’il y ait des résultats concluants, il faut des financements. Alors, il faut un accompagnement beaucoup plus conséquent des scientifiques pour qu’ils aboutissent à des résultats conséquents » soutient ce collaborateur du défunt.

Et d’ajouter « Dire que les scientifiques sont oubliés, c’est trop dire. Ce que nous demandons, c’est un appui beaucoup plus consistant. Jérémy avait beaucoup contribué pour les chimpanzés. Il y avait même un groupe d’artistes qui a chanté sur la préservation des habitats des chimpanzés de Bossou. Jérémy a contribué pour ce groupe d’artiste qu’on appelait Gbantokpa. Et même si les Japonais venaient pour leur recherche scientifique, il contribuait pour leur faciliter la recherche » a témoigné Docteur Kpakilé Malmou, le Directeur Général  de la station scientifique des monts nimbas.

De retour des Monts Nimba, Jean François Mamy pour couleurguinee.Info