Malgré les batteries de mesures étatiques, ils sont légions les Guinéens qui entrent et sortent de la capitale Conakry. Soit en donnant de l’argent à des agents en tenues aux barrages, soit en contournant les barrages par des pistes secondaires créées en brousse.

J’ai voulu connaître par quel autre moyen (s’il y en a) les gens passent pour aller à l’intérieur alors que les autorités ont érigé des barrages sur la nationale Conakry – Mamou.

Ma cible était la gare routière de Gomboyah située tout près de l’autoroute et qui relève de la commune rurale de Maneyah.

Pour ce qui était du premier jour, le vendredi 1er mai, il n’y a pas eu grand-chose à se mettre sous la dent. Je suis arrivé sur les lieux, c’était comme si la gare avait été déplacée. Je suis resté des heures et toujours il n’y avait rien de spécial. Mais, avant de quitter les lieux, j’ai échangé avec un certain Ibrahim, un chauffeur à qui j’ai demandé de m’aider à avoir une voiture prête à aller à l’intérieur du pays. Le prétexte que j’ai fait prévaloir, c’est que je devais coûte que coûte avoir un moyen d’aider ma grand-mère à aller à l’intérieur du pays parce que mon grand-père est malade et il l’a réclamée. Le lendemain je reviens et directement je cherche monsieur Ibrahim. Heureusement il était là.

Moi : Bonjour

Lui : Je vais bien et toi ?

Moi : Dieu merci, c’est comment pour le service que je vous ai confié ??

Lui : Bon, après mon constat d’hier, la gare ne fonctionne plus, désolé.

Moi : Ohhh, ça ne m’aide pas.

Lui : Mais hier, j’ai constaté quelque chose peut-être que ça pourra vous aidez.

Moi : De quoi il s’agit ?

Lui : J’ai constaté que les gens prennent des motos pour aller traverser les barrages et ensuite s’embarquer dans des voitures garées de l’autre côté des barrages.

Moi : ça me convient, avez-vous une idée sur le tarif ??

Lui : J’ai vu des motards qui transportent les gens pour une somme de 70.000fg.

Mais, avant qu’il ne finisse de me parler du tarif, surgit un monsieur qui était tout près de nous, et qui portait une attention à notre causerie. L’inconnu dit ceci

Inconnu : Le coup des motos, ça ne marche plus. Le matin-là, j’ai vu des personnes se retourner car ça ne passait plus.

Moi : Avec une mine triste, comment je vais faire maintenant pour que ma grand-mère rentre au village.

Inconnu : La seule issue possible maintenant, c’est les camions remorques.

Moi : Comment ça ??

Inconnu : Tu vas aller voir au niveau de l’usine de ciment, les remorques qui embarquent pour l’intérieur. Peut-être, eux ils pourront t’aider. Ils vont te vendre la place cabine, comme ça, elle pourra franchir les barrages sans problème.

Moi : Merci vous m’aidez beaucoup.

Après ça, je suis rentré chez moi, avec une idée d’aller à Kagbélén, le lendemain pour vérifier cette hypothèse de cet inconnu.

Le lendemain comme prévu, je me suis rendu à Kagbélén, là où les remorques embarquent à côté d’une usine de ciment. Mais, je suis parti avec une autre approche. J’ai changé le coup de la grand-mère qui voyage, pour mon oncle qui doit aller voir sa maman à Mamou car elle est malade. Cette théorie est plus adéquate. Il est moins suspect, je pense, au barrage de voir un monsieur dans la cabine d’un camion remorque que de voir une vielle dame, même pour les chauffeurs de camion c’est avec l’approche de l’oncle qu’ils peuvent vite tomber dans le guet-apens.

Arrivé sur les lieux, j’ai commencé à demander et j’ai vite compris qu’avec les camions remorques ça marchent. Mais, c’est juste que je n’ai pas encore trouvé le chauffeur prêt à partir. Tous les premiers chauffeurs avaient, soit une panne ou soit n’ont pas encore embarqué, c’est leur seul empêchement. Au bout de 2 heures, je suis tombé sur le bon.

Je m’approche de lui et je lui dis.

Moi : Bonjour

Chauffeur : Vous allez bien

Moi : ça va et le boulot

Chauffeur : Dieu merci

Moi : Bon, je suis venu vous demander un service. J’ai ma grand-mère malade au village, et elle réclame mon oncle qui est son fils cadet mais comme vous le savez en ce moment, l’intérieur du pays est très difficile à atteindre. Je suis venu vous demander, s’il pouvait même, si c’est payer à votre niveau, la place cabine et aller avec vous jusqu’à Mamou s’il vous plaît.

Après une longue hésitation, le chauffeur ouvre la bouche.

Chauffeur : Oui, c’est possible, mais le seul souci, c’est que le camion doit faire un entretien et je ne sais pas, ça va me prendre combien de jours. S’il peut attendre même si c’est trois jours, ça sera sans problème.

Moi : OK ça me va, et pour ce qui est du prix ?

Chauffeur : Là, pour le moment je ne peux rien dire.

Après avoir insisté pendant un certain temps, il a fixé le prix à 350.000fg. C’est sur ce prix qu’on s’est quitté, tout en le rassurant de revenir avec mon oncle qui doit voyager.

Enquête menée par Abdourahmane Baldé pour couleurguinee.info

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