La semaine dernière, je me suis rendu au Ministère de la Santé. Pour une enquête sur la délivrance des documents d’autorisation de voyage à l’intérieur du pays. Je me suis retrouvé dans l’enceinte de ce département, après des formalités dues aux barrières anti coronavirus. Un vigile des lieux de me jeter un regard perçant. Et il articule :
Tu es venu voir qui ?
J’ai répondu que j’ai rendez-vous avec une personne pour me délivrer un document de voyage.
Qui, quel est son nom ? Gronde-t-il
J’ai répondu que je ne connais pas le nom de la personne. Que j’ai parlé avec elle au téléphone.

Il m’a conduit dehors et m’a murmuré à l’oreille «  Tu es venu pour les laissez passer ? ». J’ai dit «  Oui ». Et le vigile, salive dans la bouche de marmonner. «  Si je t’aide, tu me donnes combien ? ». J’ai répondu  que c’est mon oncle qui doit payer l’argent. Qu’il faut que je me refère à lui. .

Le vigile s’énerve : « Non, mais je peux t’aider »
Moi: comment ?
Il répond : «  Je te donne le numéro d’un ami il a beaucoup de laissez-passer à vendre »
Moi : OK
Il me donne le contact de son ami et je l’appelle. Je lui donne le téléphone pour communiquer avec cet ami. Et le vigile de dire « Un autre est là pour l’affaire « . L’autre au bout du fil laisse entendre qu’il est en réunion et qu’il rappellera dès après

Le vigile, tout excité de me souffler à l’oreille « C’est une bonne affaire. Envoie, je vais manger un peu ».
Je lui ai dit que mon oncle ne m’a donné que le transport, que je devais retourner jusqu’à Kagbelen. Il me répond  « Envoie le prix de l’eau et n’aie pas peur. Même hier, j’ai aidé quelqu’un ici ». Peu de temps après, le Monsieur qui était en réunion m’appelle.

Allô: c’est toi qui m’a appelé le matin avec Sory ?
Moi: oui Monsieur, c’est moi !
Lui: OK, mon bosse était en réunion.Tu veux quoi?
Je réponds « votre ami m’a dit que vous pouvez m’aider à avoir un laissez-passer me permettant de circuler à l’intérieur du pays ».
Lui: tu as combien ?
Moi: c’est pour un oncle pas pour moi ?
Lui: alors toi tu es où ? dit-il
Moi: Je suis à Almamya à Kaloum, pour l’instant.
Lui: alors, viens me trouver à la fédération guinéenne de football. Tu connais là-bas ?
Moi: Non, mais je vais demander attendez moi.
Quelques minutes après,  j’arrive à la fédération guinéenne de football. Je vois une voiture 4/4. A bord, deux personnes. Un côté chauffeur, un côté passager. Un d’entre eux me demande d’approcher. Il baisse les vitres fumées. Je vois que le second occupant de la voiture est un Chinois pur-sang. Le Chinois, dans un français désarticulé, me demande de monter à côté de lui. J’ai décliné l’invitation. C’est ainsi que le Chinois a ouvert un gros sac, il m’a montré les laissez passer guinéens. Il referme le sac et se met à me regarder

Son binôme de la voiture nommé « Bissiri ». Descend. Il me tire pour qu’on aille discuter. Aussitôt, le chinois nous rappelle, il confisque nos téléphones au motif qu’il ne veut pas qu’on enregistre la négociation. Bissiri et moi, on s’éloigne du Chinois qui nous a à l’œil.
Je demande à Bissiri pourquoi laisser nos téléphones avec son patron
Il répond: Les Chinois, c’est comme ça leur affaire.
Et on engage la conversation.
Ton oncle c’est un commerçant ou quoi ?
Moi: non, c’est un vendeur de véhicule
Lui: Ne dis pas au Chinois que c’est un vendeur de voitures. Au cas s’il te demande, tu dis c’est un chauffeur.
Moi: OK
Il se tourne vers le Chinois et lui dit «  Mon patron laisse les laissez passer à six (6) millions de francs guinéens.
Moi: Euh grand c’est trop.
Lui : tu as combien ? Tu sais ce laissez-passer est valable même après le covid. C’est pourquoi le Chinois le vend à ce prix
Moi: l’affaire ce n’est pas pour moi, c’est pour mon oncle. Il faut que je lui demande
Lui: Si ton oncle est prêt, il peut faire un dépôt de 2,500.000 francs guinéens. Si tu es prêt à 18 heures,  je t’envoie le laissez passer, tu me trouves au restaurant « Mouna internet ».
Moi: comme, j’ai ton numéro je vais appeler mon oncle d’abord.
Lui : comme tu veux.
Voilà comment, on s’est séparé. Le lendemain à 10h32 min,  j’ai appelé Bissiri,  il m’a dit que si je n’avais pas l’avance, le Chinois a dit qu’ils ne vont pas venir

J’ai demandé à Bissiri, comment se fait-il qu’un Chinois revende des laissez-passer guinéens sur le territoire guinéen. Il m’a dit que ce Chinois a beaucoup d’amis médecins et beaucoup de connaissances au ministère de la santé. Qu’il fait des affaires pour ceux-ci. Il m’a dit que si je doute de la fiabilité du document du Chinois, que je n’ai qu’à demander à des chauffeurs, qu’il peut me montrer, et auxquels le chinois a donné des laissez-passer moyennant 5 millions de francs guinéens. Lui, le démarcheur Bissiri, il empoche 300000 gnf de ce montant m’a-t-il confié.

Une enquête menée par Abdoulaye Bah pour couleurguinee

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