Contre toute attente, les Guinéens ont transporté leurs divergences bien au-delà de leurs frontières nationales. Plus précisément en Guinée Bissau voisine. Et cela suite à des propos tenus par le nouveau président de la République de ce pays voisin, Umaru Cissoko M’Balo. Lequel reproche au chef de l’Etat guinéen d’avoir entre autres voulu « empêcher » son élection  à la tête de la Guinée Bissau. Et puisque tout ce qui touche à Alpha Condé déchaîne les passions en Guinée, ces propos ont été diversement appréciés. Les uns les applaudissent. Les autres les déplorent voire les condamnent.

Certains propos qui circulent sur les réseaux sociaux ont été sortis de leur contexte par ceux qui les interprètent et les exploitent volontairement ou involontairement, selon l’objectif visé. En réalité, c’est le discours d’un opposant et candidat à une élection présidentielle qui est rendu public après cette élection. Or entre le discours d’un opposant et celui d’un président il peut y avoir une nette différence. Aucun homme, nouvellement élu, ne peut se permettre de lancer des hostilités avec ses voisins avant même son installation dans ses nouvelles fonctions.

Certes, ce ne sera pas le parfait amour entre Alpha Condé et son nouvel homologue. Mais il est évident que les deux hommes n’iront pas aussi loin que les militants du parti au pouvoir et ceux de l’opposition. Le désormais médiateur contesté dans la crise de la Guinée Bissau a joué et perdu. Mais il n’a pas dit son dernier mot. D’autant plus que le nouveau président est soumis à une cohabitation avec son opposition.

Il est donc compréhensible que ses militants enflamment la toile après ce revers diplomatique suivi des propos du nouvel élu. Mais il est tout aussi incompréhensible que des opportunistes se mêlent dans cette affaire qui relève de la diplomatie. Heureusement que les plus hautes autorités guinéennes ont repris la situation en main pour calmer le jeu. Désapprouvant ainsi les propos polémistes voire extrémistes des opportunistes de tout acabit plus royalistes que le roi.

Dans la foulée, certaines organisations dites de la société civile se sont aussi mêlées pour défendre le pourvoir en place. Comme si celui-ci n’est pas capable de se défendre. Ces organisations condamnent les propos tenus selon elles à l’encontre d’une institution de la République de Guinée. En l’occurrence la présidence de la République.

Mais au lieu de s’offusquer de ces propos, ces organisations feraient mieux de se regarder dans le miroir pour savoir s’il s’agit d’une accusation gratuite ou plutôt une réalité. Il est bien beau de rappeler que notre pays est un Etat souverain. Il est tout aussi beau de défendre ses institutions. Mais il est plus beau de se battre pour que ces institutions jouent correctement leur rôle. Autrement il y aura toujours des hommes qui vont dire tout haut ce qu’on murmure tout bas dans toutes les chancelleries.

Il faut plutôt s’interroger pour savoir si, sous le règne de celui qu’on défend, il y a eu une centaine de morts suite à des manifestations pacifiques ou s’il est vrai qu’un cortège funèbre a été attaqué et que les dépouilles mortelles ont été profanées. S’agissant de nos élections, est-il vrai qu’une élection, dont le nombre de votant était seulement de 45 personnes, a-t-elle fait l’objet de modification de résultat du vote ? Est-il vrai que celui qu’on qualifie de petit pays a-t-il publié les résultats de sa présidentielle 72h seulement après l’élection alors que le nôtre a fait un an avant de proclamer les siens pour les élections locales ? Voilà le vrai débat. Tout le reste relève d’une flagornerie et d’une hypocrisie dont l’objectif est difficilement avouable.

                                                  Par Habib Yembering Diallo. Directeur de publication de couleurguinee

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