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Guinée : Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré : Deux hommes, un destin !

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Sidya Touré et Cellou Dalein Diallo ont eu jusqu’ici un destin commun. Après la mutinerie de février 1996, les militaires au pouvoir sont confrontés à la plus grave crise après celle de juillet 1985, consécutive au coup d’Etat manqué, qui a vu la liquidation physique de certains membres du CMRN. Les partenaires de la Guinée exigent la nomination d’un technocrate comme Premier ministre. Le président Conté cède. Son choix se porte sur un gestionnaire qui a fait ses preuves ailleurs. Sidya Touré est nommé Premier ministre en juillet 1996. Dans son équipe gouvernementale il y a un certain Cellou Dalein Diallo.

Sidya Touré, qui ne connait pas l’adage guinéen selon lequel « l’animal broute là où il est attaché », instaure une gestion orthodoxe de l’économie. Les partenaires de la Guinée applaudissent. Le pays devient crédible. Pas pour longtemps, car le rattachement des ministères des finances et du budget à la Primature constitue une aubaine pour les prédateurs de l’économie. Pour eux, la décision de cumuler toutes ces fonctions est la preuve que le nouveau Premier ministre veut remplacer le chef de l’Etat. Ils le font savoir à ce dernier.

Peu à peu, les relations entre le président Conté et son Premier ministre se dégradent. A la méfiance se succède l’hostilité. Le premier dépouille le second de l’essentiel de ses prérogatives. Les ministères des finances et du budget reprennent leur indépendance de la Primature. Et bonjour la gabegie financière. Le lobby, qui a atteint son objectif, applaudit. Sidya restera en poste jusqu’en mars 1999, date de son limogeage par le président Conté.

Entre le départ de Sidya Touré et l’arrivée de Cellou Dalein Diallo quatre années se sont écoulées. Deux Premiers ministres se sont succédé. Le Premier est Maître Lamine Sidimé, mars 1999-février 2004. Contrairement à Touré, Sidimé ne sera pas combattu par les faucons du régime. L’éminent juriste ne menaçait pas leurs intérêts. De février 2004 à décembre de la même année, François Louncény Fall remplace Me Sidimé avant de jeter l’éponge alors qu’il était en mission à l’étranger.

Le président Conté nomme un nouveau Premier ministre. Celui-ci n’est pas un inconnu. Il a passé près de 8 ans au gouvernement. Cellou Dalein Diallo, qui a fait ses preuves à la tête des différents départements ministériels, notamment aux Travaux publics, voit une opportunité pour relever le défi du développement. Pur illusion. C’était sans compter avec ceux-là mêmes qui ont eu raison de son processeur Sidya Touré.

Cellou Dalein Diallo arrive à un moment où ceux qui ont combattu Sidya sont devenus plus forts. Le président Conté, fragilisé au plan politique par la modification de la constitution en 2001 et au plan physique par le début de ses soucis de santé, n’a plus la même lucidité et la même capacité. Le petit clan formé autour de lui fait et défait les cadres. C’est dans ce contexte que Cellou Dalein Diallo lui fait signer un décret de remaniement ministériel. Ce décret suscite les courroux du clan. Lequel use de tous les moyens pour faire annuler le décret par le chef de l’Etat. Mais il ne s’arrête pas là. Il exige et obtient de ce dernier le limogeage du Premier ministre pour « faute lourde ». En avril 2006, Cellou subit le même sort que Sidya.

Grâce à leur expérience gouvernementale, les deux hommes se rendent compte que dans un système politique comme le nôtre, un Premier ministre n’a aucun pouvoir. D’où leur décision d’être à la tête d’un parti politique pour se lancer à la conquête du pouvoir. Tous les deux ont failli perdre la vie en septembre 2009. Classés respectivement 1er et 3ème au premier tour de la présidentielle de 2010, ils signent une alliance électorale pour le second tour. Mais l’expérience et la ruse du deuxième brise leur rêve. Depuis, les deux sont devenus les opposants les plus redoutés de celui qui a été élu.

Alors que chacun d’entre espérait succéder à l’actuel président, ce dernier décide de les combattre même après son départ du pouvoir. L’objectif pour lui est de les empêcher de lui succéder au palais Sékoutouréya. D’où le discours selon lequel, « même s’il n’y a pas de troisième mandat, il y aura le référendum pour changer la constitution « pour ne pas laisser le pays entre les mains d’un bandit ».

Pour Alpha Condé, les collaborateurs du général Lansana Conté sont de deux catégories : les bons et les mauvais. Les premiers sont ceux qui sont avec lui. Les seconds sont les opposants. Il ne manque pas une seule occasion pour dénoncer ces derniers qu’il accuse d’avoir trompé le président Lansana Conté. Lequel n’était pas responsable de ce qui s’est passé, selon lui.

Le sévère réquisitoire contre les collaborateurs du président Conté en général et les anciens Premiers ministres en particulier était censé les unir. Il n’en a rien été. C’est vrai qu’au début de règne de l’actuel chef de l’Etat, les trois anciens Premiers ministres se battaient ensemble. Après les élections législatives et surtout après la victoire du sortant en 2015, le trio s’est disloqué. Chacun prêchant désormais pour sa propre chapelle.

Il a fallu la volonté d’instaurer une nouvelle présidence à vie pour que ces anciens- particulièrement Cellou et Sidya- signent un nouveau un mariage de raison. Jusqu’à ce qu’ils parviennent à faire capoter le projet de nouvelle constitution. Si jamais ils atteignent cet objectif, les deux hommes vont vite divorcer. Parce que les deux visent le même fauteuil que va céder Alpha Condé.

Malheureusement pour eux, le chef de l’Etat ne veut pas voir demain à sa place un ancien Premier ministre. Il l’a fait savoir la semaine dernière à N’Zérékoré. Même s’il n’a cité nommément personne, le duo Cellou Sidya ne se fait pas la moindre illusion sur ceux que le président qualifie de « bandit ». Devant cette détermination à barrer la route de Sékoutouréya au duo voire au trio, même s’il n’est plus candidat à sa propre succession, un scénario à la congolaise n’est pas exclu : « Vous m’empêchez de rester président mais vous ne le serez pas non pas. Je vais installer un de mes valets au palais ».

Si jamais le président Condé renonçait demain à son projet et qu’il décidait de soutenir un responsable du RPG ou n’importe qui, la donne changerait. Le FNDC se disloquerait de facto. La constitution actuelle lui permet de soutenir n’importe autre quel guinéen. Pourvu qu’il respecte cette constitution.

Par Habib Yembering Diallo pour couleurguinee

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