L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’homme a reçu de nouvelles informations et vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante en République de Guinée.

Guinée : Actes d’intimidation contre M.
Ibrahima Diallo
jeudi 2 avril 2020
Nouvelles informations
GIN 001 / 0320 / OBS 024.1
Actes d’intimidation /
Harcèlement judiciaire
République de Guinée
2 avril 2020
L’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, un partenariat de la
FIDH et de l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) a reçu de nouvelles informations
et vous prie d’intervenir de toute urgence sur la situation suivante en République de Guinée.
Nouvelles informations :
L’Observatoire a été informé de sources fiables des actes d’intimidation à l’encontre de MM. Ibrahima
Diallo, coordinateur de Tournons la page (TLP) en Guinée [1] et responsable des opérations du Front
national pour la défense de la Constitution (FNDC) [2].
Selon les informations reçues, le 30 mars 2020 aux alentours de midi, quatre pick-up dans lesquels se
trouvaient des agents de la police cagoulés ont encerclé le domicile de M. Ibrahima Diallo à Conakry,
alors que celui-ci se trouvait devant le juge d’instruction du Tribunal de Mafanco, Conakry, dans le cadre
de son contrôle judiciaire.
L’Observatoire rappelle que M. Ibrahima Diallo a été arrêté à son domicile le 6 mars 2020, inculpé d’«
outrage à agent », « violence et voies de faits » (article 658 et suivants du Code pénal) et « production,
diffusion et mise à disposition d’autrui de données de nature à troubler la sécurité publique ou à porter
atteinte à la dignité humaine » (articles 31, 32 et suivants de la Loi 037 portant sur la cyber-sécurité),
avant d’être libéré le 13 mars sous contrôle judiciaire (voir rappel des faits).
L’Observatoire dénonce cette nouvelle menace et la poursuite du harcèlement judiciaire à l’encontre de
M. Ibrahima Diallo, qui ne visent qu’à l’intimider et à sanctionner ses activités légitimes de défense des
droits humains. L’Observatoire appelle les autorités guinéennes à mettre un terme à tout acte de
harcèlement, y compris au niveau judiciaire, à l’encontre de M. Ibrahima Diallo ainsi qu’à celle de
l’ensemble des défenseurs des droits humains dans le pays.
Rappel des faits :
Le 6 mars 2020, MM. Ibrahima Diallo et Sékou Koundouno, coordinateur du Balai citoyen Guinée [3] et
responsable de la planification du FNDC, ont été arrêtés à leur domicile de Conakry par des agents des
forces de sécurité portant des cagoules, avant d’être conduits à la Direction générale de la police
judiciaire de Conakry. Les deux défenseurs n’ont eu accès à leurs avocats qu’après 48 heures de détention
provisoire, et ont donc été entendus dans les locaux de la police en l’absence de leurs avocats.
Le 9 mars 2020, MM. Ibrahima Diallo et Sékou Koundouno ont été déférés devant le tribunal de la
commune de Dixinn, et inculpés par un juge d’instruction d’ « outrage à agent », « violence et voies de
faits » et « production, diffusion et mise à disposition d’autrui de données de nature à troubler la sécurité
publique ou à porter atteinte à la dignité humaine ».
Le même jour, MM. Ibrahima Diallo et Sékou Koudouno ont porté plainte contre le directeur central de la
police judiciaire et le commandant la brigade de répression et d’Intervention, responsables de leur
arrestation à domicile, pour « violences volontaires », « atteintes à la vie privée », « atteinte aux libertés
individuelles », « violation de domicile », « destruction d’édifice et de biens privés et complicité » (articles
240, 358, 643, 644, 647, et 523 du Code pénal). Les deux agents de police ont été cités à comparaître le
19 mars 2020 devant le tribunal de première instance de Dixinn, Conakry.
Le 12 mars 2020, la première chambre de contrôle de l’instruction de la Cour d’appel de Conakry a
ordonné la relaxe et remise en liberté de MM. Ibrahima Diallo et Sékou Koundouno, infirmant la décision
du juge d’instruction du 6ème cabinet du Tribunal de première instance de Mafanco. Les deux défenseurs
ont été effectivement libérés le lendemain, le 13 mars 2020, mais restent depuis sous contrôle judiciaire :
ils doivent se présenter une fois par semaine au cabinet du juge d’instruction en charge de l’affaire.
Peu de temps avant leur arrestation, MM. Ibrahima Diallo et Sékou Koundouno avaient animé une
conférence de presse à Conakry pour dénoncer les arrestations arbitraires dont sont victimes les membres
du FNDC depuis octobre 2019 [4].
L’arrestation de MM. Ibrahima Diallo et Sékou Koundouno s’inscrit dans une vague de répression des
opposants au projet de nouvelle Constitution, censé ouvrir la voie à un troisième mandat consécutif du
Président Alpha Condé, à l’approche des élections présidentielles d’octobre 2020. MM. Ibrahima Diallo et
Sékou Koundouno avaient d’ailleurs été arrêtés le 12 octobre 2019, aux côtés de MM. Abdourahamane
Sanoh, Mamadou Baïlo Barry, Alpha Soumah, Abdoulaye Oumou Sow et Mamadou Bobo Bah,
alors qu’ils avaient appelé à manifester à compter du 14 octobre, pour protester contre la réforme
constitutionnelle. Condamnés à six mois de prison ferme le 22 octobre, ils ont été placés en libération
conditionnelle le 28 novembre 2019, dans l’attente de la suite de leur procès [5].
Actions requises :
L’Observatoire vous prie de bien vouloir écrire aux autorités guinéennes en leur demandant de :
i. Garantir en toutes circonstances l’intégrité physique et le bien-être psychologique de M. Ibrahima Diallo
et de l’ensemble des défenseurs des droits humains en République de Guiénée ;
ii. Mettre un terme à toute forme de harcèlement, y compris au niveau judiciaire, à l’encontre de MM.
Ibrahima Diallo et de l’ensemble des défenseurs des droits humains en République de Guinée ;
iii. Se conformer aux dispositions de la Déclaration sur les défenseurs des droits de l’Homme, adoptée par
l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1998, et plus particulièrement aux articles 1 et
12.2 ;
iv. Plus généralement, se conformer aux dispositions de la Déclaration universelle des droits de l’Homme
et instruments régionaux et internationaux relatifs aux droits de l’Homme ratifiés par la République de
Guinée.
Adresses :
• M. Alpha Condé, Président de la République de Guinée, Boulbinet avenue de la République – Conakry,
Twitter : @President_GN @Sekhoutoureya
• M. Ibrahima Kassory Fofana, Premier Ministre, chef du Gouvernement, Palais des Colombes, Kaloum –
Conakry, Twitter : @IbrahimaKFofana @PrimatureGN
• M. Mamadou Lamine Fofana, Ministre de la Justice par intérim, Garde des sceaux, Rue KA 003 –
Almamya Commune de Kaloum, BP : 564 Conakry – Guinée, Email : [email protected]
• M. Mouctar Diallo, Ministre de la Jeunesse et de l’emploi jeune, BP 262 Conakry, Mail :
[email protected]
• M. N’Famara Camara, Secrétaire général du Ministère de l’Unité nationale et de la citoyenneté, Email :
[email protected]
• M. Ousmane Sylla, Ambassadeur de la République de Guinée à Bruxelles, Boulevard Auguste Reyers 108
Schaerbeek, 1030 Bruxelles, Email : [email protected] / [email protected],
Fax : (+32) 2.762.60.36
• Ambassade de la République de Guinée à Genève, Représentation permanente auprès des Nations unies,
Rue du Valais 7-9, 1202 Genève, Suisse, Mail : [email protected] /
[email protected]
Prière d’écrire également aux représentations diplomatiques de la République de Guinée dans vos pays
respectifs.
***
Paris-Genève, le 2 avril 2020
Merci de bien vouloir informer l’Observatoire de toutes actions entreprises en indiquant le code de cet
appel.
L’Observatoire, partenariat de la FIDH et de l’OMCT, a vocation à protéger les défenseurs des droits de
l’Homme victimes de violations et à leur apporter une aide aussi concrète que possible. La FIDH et
l’OMCT sont membres de Protect Defenders.eu, le mécanisme de l’Union européenne pour les défenseurs
des droits de l’Homme mis en œuvre par la société civile internationale.
Pour contacter l’Observatoire, appeler la ligne d’urgence :
• E-mail : [email protected]
• Tel et fax FIDH : 33 1 43 55 25 18 / 33 1 43 55 18 80
• Tel et fax OMCT : + 41 22 809 49 39 / 41 22 809 49 29
[1] Tournons La Page (TLP) est un mouvement réunissant des acteurs des sociétés civiles africaines dont
l’objectif est la promotion de l’alternance démocratique en Afrique, en menant des actions pacifiques et
non partisanes. Le mouvement est aujourd’hui actif dans 10 pays africains (Burundi, Cameroun, Congo,
Côte d’Ivoire, Gabon, Guinée, Niger, RDC, Tchad, Togo).
[2] Le Mouvement FNDC désigne une série de manifestations sporadiques qui ont lieu depuis le 14
octobre 2019 en Guinée pour protester dans un premier temps contre la modification ou l’adoption d’une
nouvelle constitution qui pourrait conduire le président Alpha Condé à un troisième mandat, puis contre
l’arrestation et la condamnation des leaders du FNDC.
[3] Le Balai citoyen est animé par des artistes, avocats, journalistes et étudiants pour orchestrer la
mobilisation populaire en faveur de la démocratie, de la bonne gouvernance et d’un meilleur vivre ensemble.
[4] Cf. appel urgent de l’Observatoire GIN 001 / 1019 / OBS 084, publié le 24 octobre 2019.
[5] Cf. appel urgent de l’Observatoire GIN 001 / 1019 / OBS 084.1, publié le 2 décembre 2019.

 Lire ici le fichier : article_25379

Par Kadiatou Baldé pour couleurguinee.info