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Guinée : La liberté d’expression, chancelante !

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Incontestablement la déclaration de la Baule du 20 juin 1990 a marqué un tournant historique pour le continent noir. Et plus particulièrement pour l’Afrique francophone. Cette déclaration dans laquelle François Mitterrand, alors président français, conditionna l’aide de la France à la démocratie et à la bonne gouvernance, sonna le glas du parti unique en Afrique francophone. S’en suivront les conférences nationales souveraines qui, elles-mêmes, donneront naissance au multipartisme dans beaucoup de pays.

De fil à aiguille, la démocratie naissante a, elle aussi, mis fin aux coups d’Etat en Afrique. En effet, avant cette décennie historique, les putschs militaires étaient monnaie courante sur le continent. Avec, parfois, l’assassinat du président de la République.  C’est donc cette démocratie qui protège désormais nos chefs d’Etat. C’est grâce à elle que ces derniers peuvent ronfler du soir au matin sans changer de résidence à tout moment.

Mais le dicton selon lequel « qui aime châtie bien » est connu. Cette démocratie qui met nos chefs à l’abri des coups d’Etat sanglants leur ôte également et de facto la quasi divinisation dont ils bénéficiaient. Désormais ils ne sont pas des demi-dieux. Autant ils sont protégés par la démocratie autant ils sont fragilisés par cette même démocratie.

Et cela pose problème dans bien des pays. Particulièrement en Guinée. Le régime, jusqu’ici relativement tolérant, ne s’accommode plus de certaines critiques. Il se radicalise jour après jours. Ce qui était permis hier ne l’est plus aujourd’hui. Comme l’attestent les ennuis de Fodé Baldé et de Mohamed Bangoura, respectivement responsable de la communication digitale de l’UFR et Directeur de publication du site mosaïqueguinee. Alors que, paradoxalement, les régimes militaires, particulièrement celui du président Lansana Conté, nous ont habitués à une liberté d’expression sans limite. Depuis quelques temps, il y a une volonté affichée d’instaurer ou de restaurer la pensée unique.

L’arrestation de deux hommes entre dans cette logique. Il s’agirait, à travers cette affaire, d’intimider les autres. A la fois hommes politiques et journalistes. Afin que ces derniers s’imposent une autocensure. Sachant que la censure est nettement moins grave pour un journaliste que l’autocensure.

Certes il faut respecter l’institution qui est le Président de la République. Mais, il faut aussi éviter tout amalgame entre le respect et le culte de la personnalité. Pour le moment les motifs invoqués pour l’arrestation, la détention et les procès passés et présents contre des journalistes en particulier relève du deuxième cas. Entre le respect de l’institution et le culte de la personnalité, la limite est petite qu’elle est vite franchie.

La liberté d’expression est reconnue par la loi fondamentale. Celle-là même sur laquelle le président la République a prêté serment. Or un article comme celui qui est incriminé dans le procès contre Fodé Baldé et Mohamed Bangoura n’est pas de nature à porter atteinte à l’honneur du chef de l’Etat. Encore moins à mettre en péril la paix et l’unité nationale.

                                                                                                                               Habib Yembering Diallo

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