Le plan de Riposte Sanitaire, Economique et Social mis en place par les autorités guinéennes contre les effets néfastes du Covid-19 a pour objectif d’endiguer le Corona Virus, mais aussi de relever les défis sanitaires et socio-économiques résultant de la maladie. Contrairement à la plupart des économistes guinéens qui ont pris de leur temps pour décortiquer ce plan afin de montrer ses limites à travers des multiples tribunes, nous avons choisi de porter notre analyse sur un autre aspect du sujet qui jusque-là n’a pas encore fait l’objet de débat. L’objet de cette note est de montrer comment les variables économiques pourraient impacter les facteurs purement sanitaires afin d’estomper la propagation de la maladie. Si la prise en compte des dépenses économiques est nécessaire pour une bonne gestion de la crise sanitaire, une bonne allocation de ces dépenses permettrait d’en minimiser les risques et en optimiser l’impact sur l’économie dans son ensemble.

De la nécessité de prendre en charge à la fois les défis sanitaires et socio-économiques du Covid-19.

Au jour du 14/04/2020, la Guinée compte 363 cas confirmés, 31 guéris et 0 décès à en croire l’NASS. La rapidité avec laquelle la maladie se propage inquiète de nos jours le monde entier qui compte à date 1 978 769 cas confirmés et 125 196 décès dont 25 602 aux USA seulement. A date, les systèmes de santés, qui même dans les pays développés, peinent à rassembler les ressources (masques, tests, respirateurs, personnel médical qualifié, …) nécessaires pour prendre en charge un nombre de patients croissant à un rythme exponentiel. De plus, très peu de pays au monde (à l’exception de la chine où la maladie a commencé) ont réussi à contenir le rythme de propagation de la maladie et cela malgré l’application des mesures strictes de confinement.

En effet, les résultats de la recherche médicale effectuée sur le Covid-19 révèlent non seulement que les personnes âgées ont plus de chances de mourir de la maladie, mais aussi les jeunes ont, plus de chances de la contracter. Selon la même étude, toutes les formes de contacts humains physiques directs (par le toucher, le baiser, les accolades, ou autre) ou non physiques (une conversation orale ne respectant pas une distance minimale de 2 mètres ou moins contre 8 mètres selon une étude menée par le MIT par exemple) sont de nature à provoquer une transmission de la maladie. Au regard de ces résultats l’on comprend aisément ce qui explique l’augmentation du nombre des cas confirmés du jour au lendemain en République de Guinée.

De l’autre côté, nous avons un système productif axé essentiellement sur le secteur informel sur lequel d’ailleurs, l’Etat n’a que très peu de visibilité, encore moins de contrôle. De plus les mesures annoncées par le Chef de l’Etat dans son discours du 23 mars peinent encore à être appliqué en raison de l’extrême pauvreté grandissante qui atteint une bonne partie de la population.  C’est pourquoi bon nombre de guinéens continuent à fréquenter davantage les marchés à ciel ouvert, les bus, les taxis, sans aucune mesure de protection. Les seuls endroits qui sont fermés jusque-là restent et demeurent les lieux de culte.

Face à la configuration de l’activité productive de notre pays, toute mesure de distanciation sociale passera forcément par une forte contraction, voire un arrêt total d’une bonne partie des activités productives du pays. Ce qui n’est pas sans poser un certain nombre de risques notamment le chômage des jeunes mais aussi et surtout la hausse des prix des produits qui risque de favoriser à son tour des remous sociaux en particulier dans les zones urbaines, du fait de la nature sensible des produits concernés.

La récession sera inévitable dans ce cas de figure surtout que les secteurs formel (hôtels et tourisme à l’arrêt, activités aéroportuaires suspendues, autres activités au ralenti à l’image du transport) et informel qui risquent de sentir pleinement touchés par cette pandémie enregistreront une réduction systématique de la production, toutes choses étant égales par ailleurs, induirait une baisse du PIB tout au moins de 40% ou plus en raison de la perte des recettes fiscales du fait du lien direct existant entre fiscalité intérieure comme de porte et le niveau de l’activité économique. Ce qui, en retour, priverait l’Etat de ses moyens d’interventions usuels, et mettraient en péril les filets sociaux existants ou annoncés surtout qu’à date, l’Etat n’a mobilisé 1794 milliards, soit 58% du total. Le reste, 1319 milliards (soit 42%), est attendu des bailleurs, (dons des particuliers, entreprises et éventuellement la communauté internationale).

Quelle allocation des dépenses pour le Fonds de Riposte ?

La mise en œuvre de ce plan de riposte pose plusieurs problèmes notamment ceux relatifs aux modalités applicables aux transferts envisagés : doit-on privilégier le transfert direct (ou la distribution des vivres) ou organiser et soutenir les moyens de subsistance des plus démunis. Comme l’a souligné le Professeur Aly M’Baye dans une récente analyse portant sur le plan de relance annoncé par le Président Macky Sall, une importante limite à un transfert direct est le coût financier énorme qui lui est associé. Si le gouvernement devait prendre en charge la totalité des 60,7% des guinéens touchés par la pauvreté multidimensionnelle, le coût total annuel dépasserait largement le budget prévisionnel de 3 000 milliards de Francs Guinéens annoncé par le premier ministre Kassory. Cependant, identifier les personnes les plus pauvres qui ont davantage besoin d’aide n’est pas chose aisée et le risque est important que des pauvres ne soient pas atteints alors mêmes que des moins pauvres le seraient. C’est pourquoi nous suggérons au gouvernement de combiner le transfert direct avec un appui aux moyens de subsistance des couches sociales les plus vulnérables notamment les plus pauvres.

Propositions de la démarche suivante qui pourrait être adoptée, dans l’allocation des dépenses :

a). Etant donné que les grandes Entreprises ne bénéficient d’aucune aide dans le plan de riposte mis en place par le gouvernement Kassory, l’Etat devrait leur donner plus des marchés publics mais aussi et surtout, elles devaient bénéficier des moratoires de paiement des impôts, pour leur permettre de renflouer leur trésorerie et faire face à la baisse de leur activité dans cette situation de pandémie.

 

b). L’Etat guinéen devrait également encourager les entreprises industrielles guinéennes à se lancer dans la production de matériels de santé dont le système sanitaire a besoin pour endiguer la pandémie (masques, solutions hydro-alcooliques, savon, etc.), qui pourraient progressivement se substituer aux importations.

c). L’appui de l’Etat viserait en priorité les petites activités de production et de distribution des denrées de première nécessité. Ce qui permettrait de booster la production nationale, contenir l’inflation et en même temps soutenir les faibles revenus.

 

Par Mamadou Safayiou DIALLO

Analyste Economique.