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Guinée : Le secteur minier, autant d’attentes que de problèmes et de défis

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Le secteur minier est souvent présenté comme porteur de croissance, vecteur du développement et de maintien du bien-être des populations. Malgré ce constat les pays exportateurs de ressources minières restent sous-développés. D’où la théorie de la « malédiction des ressources » qui en a résulté (Auty 1993 ; Sachts & Warner 1995).

Cependant, il constituerait toujours un potentiel économique énorme, une véritable source de recettes gouvernementales, de revenus d’exportations, de transfert de technologies, d’entrée de devises étrangères, d’investissements dans les infrastructures, de création d’emplois et d’ouverture à d’autres secteurs (Viard 2011 ; Campbell 2009 ; Thomas 2013 ;).

Suivant l’analyse faite par les Institutions Financières Internationales (IFI), ce secteur constitue une opportunité pour les pays pauvres, dotés en ressources minières, de lutter contre la pauvreté (Banque mondiale 2008 ; Collier 2007 & 2010). Une condition sine qua non pour que ces potentialités se réalisent serait pourtant la « bonne gouvernance » (Banque mondiale 2008).

La guinée à l’image de beaucoup de pays en développement, fonde beaucoup d’espoir sur son secteur minier. Par ailleurs, les substances minérales produites dans notre cher pays sont entre autres : la bauxite, l’or et le diamant ainsi que de considérables potentialités pour l’exploitation du zinc, du cobalt, du nickel et de l’uranium…

Parmi ces ressources minières, la bauxite occupe une place importante, avec des réserves évaluées à plus de 7 milliards de tonnes, soit la moitié des ressources mondiales.  Compte tenu de ces potentialités, le secteur minier constitue l’épine dorsale de l’économie guinéenne et contribue pour près de 20% au PIB et représente en moyenne 90% des recettes d’exportations et 25% des recettes propres de l’Etat (source, FMI).

Par ailleurs, il convient de souligner que de nos jours, une vingtaine de mégaprojets sont prévus dans le secteur minier guinéen afin de lui permettre d’amorcer le développement tant souhaité par des milliers de guinéens.  Tout récemment, nous avons assisté à un accord cadre de financement des projets prioritaires de notre développement signé entre la République de Guinée et la République Populaire de Chine pour une enveloppe de 20 milliards de dollars sur une période de 20 ans (2017-2036). A cet accord, s’ajoute la promesse obtenue d’un montant de 21 milliards d’euro, auprès du groupe consultatif de Paris. Avec des telles sommes, le secteur minier guinéen devrait d’ailleurs connaître un essor considérable dans les années à venir si les montants annoncés sont utilisés à bon escient. Mais le développement minier en Guinée suscite autant d’attentes que de problèmes et de défis.

Ces dernières années nous avons constaté avec un grand intérêt que le secteur occupe une bonne place en termes des priorités de développement fixées par le gouvernement comme en témoigne le vaste mouvement de réformes entrepris par les autorités publiques depuis 2010. Cependant, malgré les récentes avancées constatées dans le cadre réglementaire du code minier de 2011, il convient de souligner que la répartition des revenus tirés de l’exploitation ainsi le respect rigoureux des normes environnementales posent encore d’énormes problèmes.

Comme signalé ci-haut, la Guinée tout comme tous les autres Pays Moins Avancés (PMA) est très dépendante de l’exportation de quelques matières premières, dont les prix fluctuent grandement sur le marché mondial sur lesquels elle n’exerce pratiquement aucun contrôle. A ce problème s’ajoute celui de la concentration en termes de destination : principal destinataire, la chine avec 99 % de la bauxite exportée puis l’inde avec plus d’un quart des exportations guinéennes dont 65% d’or…

Il faudrait également savoir que le développement du secteur minier entraine la négligence des autres secteurs d’activités économiques tels que : l’agriculture, l’élevage, la pêche, par la pression qu’il exerce sur les ressources hydriques et naturelles. Or, la Guinée est un pays majoritairement rural (62%), qui abrite une biodiversité unique en Afrique de l’Ouest et détient un fort potentiel agricole.

D’ailleurs, une telle politique a connu des conséquences néfastes dans la ville de Fria. L’Etat guinéen n’ayant pas anticipé une telle crise a placé par-dessus tout le développement industriel au mépris de celui agricole. Une telle activité a accru la vulnérabilité des populations locales car, au départ de Rusal, toute la population se retrouve tout d’un coup dans le chômage.

Considéré comme une opportunité d’emploi, le secteur minier est régulièrement présenté comme étant de la jeunesse représentant ainsi plus de la moitié de la population du pays selon certains observateurs. Pour ma part, j’affirme sans ambiguïté que le secteur minier serait le second employeur après la fonction publique. A mon entendement, la première source d’emploi reste en réalité l’agriculture, et la deuxième, l’économie informelle, y compris le secteur minier artisanal où sont impliqués entre 150 et 300.000 personnes.

Certes, il faut mentionner que l’espoir suscité par l’industrie minière en termes d’opportunités d’emplois sont infondés car, il s’agit d’une activité qui nécessité beaucoup de capitaux et peu de main d’œuvre. Ainsi, selon une étude faite en 2010 par la Banque mondiale, le secteur minier industriel ne fournirait que 22.000 emplois directs dans le pays.

De plus, l’exploitation minière s’est toujours soldée par des conflits occasionnant ainsi des déplacements de populations, des pollutions et des violations importantes des droits humains. Ceux-ci sont aggravés par le manque de transparence, l’accroissement des inégalités et la multiplication des problèmes sanitaires, environnementaux, sociaux…

Ils opposent notamment les populations locales aux acteurs miniers et l’État aux populations allochtones venues à la recherche de ressources de revenus. Mais ils opèrent également entre autorités locales et autorités nationales, et entre ces dernières et les opérateurs miniers, principalement autour de la répartition des responsabilités et bénéfices et le (non-)respect des engagements. Ces conflits peuvent diviser les communautés elles-mêmes, et provoquer de véritables émeutes, comme à Siguiri, en 2015, et à Boké, en 2017.

 

Kind Regards/Bien cordialement
Mamadou Safayiou DIALLO
Analyste Économique
Enseignant-Chercheur
Membre du CRED.

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