Depuis quelques jours la préfecture de Mali est à nouveau coupée du reste de la Guinée. Parce qu’un pont a cédé sous la pression de la crue sur la nationale Labé Mali. Mettant de facto des centaines de milliers de citoyens en quarantaine. Privés de tout. De la marchandise aux médicaments, les habitants de cette préfecture n’ont désormais accès à rien.

Cette situation malheureuse ne date pas d’aujourd’hui. Depuis 2014 la préfecture est périodiquement confrontée à l’interruption de la circulation routière pendant la saison des pluies. Dans un premier temps, c’était la dégradation de la piste qui isolait la préfecture. Entre juillet et septembre 2014, par exemple, il fallait passer par Koubia, au sud-est, pour se rendre à Mali. Depuis l’année dernière c’est désormais le pont de M’Bagou, situé à une cinquantaine de kilomètres de Labé, qui a cédé.

L’isolement de la préfecture préoccupe et mobilise résidents et ressortissants. Devant la crainte de voir le pont céder un jour sous le poids d’un camion et tout son contenu, une déviation fortune avait été aménagée l’année dernière avec les moyens de bord. Suite à ces travaux, un certain nombre de mesures avaient été prises. Dont l’interdiction aux gros camions de passer sur le pont.

Pour faire respecter cette interdiction des agents de sécurité avaient été postés sur les lieux. Mais très vite on s’est rendu compte que l’interdiction n’était rien d’autre qu’une vache laitière pour ces agents. Elle leur permettait juste de se remplir les poches. Devant l’impasse, la commune rurale de Yembering, appuyée par les citoyens, a renforcé le pont par des madriers. Depuis près d’un an ceux qui traversaient ce pont le faisaient à leur risque et péril. Finalement le bois n’a pas résisté là où le fer à béton a cédé.

Voilà le calvaire auquel les habitants de Mali sont confrontés. Depuis près de 5 ans ils tirent sur la sonnette d’alarme. Le ministère des TP reste sourd à leur cri de détresse. Plusieurs missions, à la fois régionales et nationales, ont été effectuées sur le terrain. Mais les saisons passent, la situation reste et demeure. Selon certaines informations le ministère des TP aurait engagé une entreprise pour reconstruire le pont. Mais ce discours est du déjà entendu par les populations.

Aujourd’hui un malade de Mali dont l’état de santé nécessite une évacuation vers Labé a peu de chance de survie. Mali est devenu un autre monde dans ce monde. D’autant plus que la route vers le Sénégal est, elle aussi, impraticable. Cette préfecture, qui regorge d’immenses potentialités économiques et touristiques, est désormais coupée du petit village planétaire.

A rappeler qu’au terme d’une saison des pluies particulièrement éprouvante en 2014, les habitants de Mali furent surpris de voir un barrage à l’entrée de la ville. Des gendarmes postés à cet endroit étaient chargés de réclamer la vignette aux automobilistes et autres conducteurs d’engins à deux roues. Des incidents avaient éclaté sur les lieux au cours desquels un responsable du service des impôts avait été copieusement molesté par des manifestants.

Pour les habitants de cette préfecture, l’Etat ne se souvient de leur existence sur terre que lorsqu’il faut leur réclamer de s’acquitter de leurs devoirs à travers les impôts et taxes. Pour leurs droits, ils devront attendre encore et toujours.

Habib Yembering Diallo

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