DIALLA Mamadou

Le système bancaire guinéen à l’image de celui de la plupart des pays africains comporte d’énormes insuffisances qui doivent pousser les autorités monétaires à entreprendre des réformes courageuses dont le seul but sera de préparer une stratégie infaillible d’inclusion financière et permettre ainsi à une bonne partie de la population de profiter des services offerts par ces banques dans une moindre mesure. C’est pourquoi nous pensons que des sujets, comme les procédures d’octroi de crédits et de recouvrement des moyens de paiement, doivent être revus en fonction de l’évolution de la taille de notre économie.

Il est cependant à déploré de nos jours que les banques guinéennes participent faiblement à la distribution de crédits, mais aussi et surtout à la collecte de ressources adaptées, au financement du développement de notre pays. Suivant les chiffres tirés des rapports de la banque mondiale sur la Guinée mais aussi du bulletin des statistiques monétaire et financière et des balances des paiements de la Guinée de 2017, le ratio du crédit bancaire rapporté au PIB tourne autour de 10,0%, contre 22,3% en Côte d’ivoire, 33,3% au Sénégal et plus de 100% en Afrique du Sud. De plus, le ratio du crédit accordé au secteur privé rapporté aux dépôts bancaire est de 58,0%. Ce qui est largement faible par rapport aux autres pays limitrophes.

En observant ces chiffres, on se rend bien compte qu’en Guinée, les dépôts reçus des clients par le système bancaire sont faiblement transformés en Crédit au secteur privé. Entre temps, le ratio masse monétaire rapporté au PIB avoisine les 30% contre 15% dans les pays qui assurent une bonne gestion de leur économie. D’où la surliquidité de l’économie guinéenne.

Dans le même sillage, le rapport de la Banque mondiale portant sur le ‘’’Diagnostic et la préparation d’une stratégie nationale d’inclusion financière’’ parut en novembre 2018 indique que les crédits accordés à l’économie restent dominés par les crédits à court terme qui représentent 57,7% du total des crédits distribués en 2017. Quant aux crédits à moyen et long termes, ils représentent 42,3% du total des crédits de 2017 (dont moins de 10 % pour les crédits à long terme).  Les ressources utilisées pour assurer ces concours sont collectées en moyenne annuelle à hauteur de 17% en ce qui concerne les dépôts à terme et de 93% en ce qui concerne les dépôts à court terme.

Malgré sa taille jugée parfois modeste, le secteur bancaire guinéen connait une situation florissante en raison des profits qu’il réalise qui sont tirés essentiellement des ressources en agios, des transactions du commerce extérieur mais aussi de change. En dépit de cette réalité, le secteur bancaire se caractérise essentiellement, par :

  • Le niveau élevé des taux d’intérêt appliqués aux crédits bancaires ;
  • L’abondance des ressources collectés à court terme ;
  • L’absence de financement des projets porteur de croissance (crédits à long terme) ;
  • La prépondérance des financements accordés aux activités commerciales d’import-export (près de 70% des crédits commerciales vs moins de 5% pour les crédits agricoles).

Et pourtant, les banques guinéennes doivent pleinement jouer un rôle déterminant dans le financement de l’économie. Cependant, elles restent contrecarrées dans leur action, par les règles qui leurs sont appliquées qui ont en effet, une double origine : celles édictées par la Banque Centrale, qu’on appelle la règlementation bancaire et celles adoptées par l’Assemblée Nationale et qu’on appelle la loi bancaire.

A titre d’illustration la règlementation bancaire rappelle dans ses dispositions, les instruments de la politique de crédit, les conditions d’accès à la profession de banquier, les règles de fonctionnement des établissements de crédit et le contrôle prudentiel qui porte sur le respect d’un certain nombre de ratios à savoir : le ratio de liquidité ainsi que celui des fonds propres etc. Elle comporte également des normes fixées à l’échelon international par le Comité de Bâle créé en 1976, qui fait suite d’ailleurs à la faillite d’un important établissement de crédit Allemand, la banque HERSTATT. Ce Comité est résolument orienté vers la prévention des crises bancaires. Il fixe aussi des normes prudentielles dont la première a été décidée en 1988 et qui est un ratio de solvabilité appelé ratio Cooke, du nom de son auteur.  Bref, lors de ce qu’on a baptisé Bâle II, qui s’est tenu dans les années 1990, le ratio Cooke a été enrichi et est devenu le ratio McDonough.

En Guinée, la loi L/2005/010/AN du 4 juillet 2005 décrit le modèle économique auquel les banques doivent se conformer. Dans cette loi, le législateur guinéen a opté pour le concept de banque universelle comme modèle économique des établissements de crédit. Ce qui signifie que chaque établissement est autorisé à faire tous les types d’opérations de banque qui passent par la réception de fonds du public, les opérations de crédit, la mise à disposition de la clientèle et la gestion des moyens de paiement jusqu’aux opérations de change ainsi que le conseil et l’assistance en matière de gestion du patrimoine ou financière.

C’est ce qui les amènerait eu égard à leurs obligations prudentielles et de rentabilité, à développer des stratégies sur des opérations à forte marge et à faible valeur ajoutée. D’où la prépondérance, parmi l’activité du secteur bancaire, de la distribution des crédits à court terme et corrélativement de la collecte des dépôts à court terme, au détriment de la collecte des dépôts et de la distribution des crédits, à moyen et long termes nécessaires pour la création et le développement des activités productrices, c’est-à-dire la mise en valeur des gigantesques ressources naturelles du pays à la fois agricoles, halieutiques et minières.

Nous ne saurons terminer cette petite analyse sans pour autant apporter quelques pistes de solution à l’image de tout guinéen soucieux du développement économique et social de son pays.

Nous pensons avant tout d’abord que l’Etat guinéen devrait soutenir et encouragé la création d’une banque de développement : historiquement, la manifestation de ce concept de banque de développement remontait en 1997 avant qu’il ne soit relancer au cours de l’année 2020. Jusque-là cette banque n’a pas encore vu le jour. A notre avis, sa mise en place est plus que nécessaire pour le développement économique de notre pays.

Dans le même sillage, l’Etat guinéen devrait encourager la création d’un réseau parallèle d’établissements de crédit à statut spécial. Une telle initiative, devra permettre à termes de confier aux dites institutions des missions d’intérêts publics limitées à un domaine précis, par exemple le financement des logements sociaux ou celui des PME…

Enfin, la création d’un modèle de système bancaire à forte valeur ajoutée : cette démarche passera par l’identification et l’élimination de toutes les contraintes législatives et réglementaires qui pèsent sur l’adoption par les banques d’une politique de crédit adaptée aux besoins de financement du secteur productif.

Nous pensons que l’application de ces trois mesures, permettra de créer un véritable courant d’affaires et susciter une réelle concurrence entre les acteurs du secteur tant pour la collecte des ressources internes à long terme que pour la distribution des prêts à moyen et long termes.

Compte tenu de l’importance de la collecte des dépôts, la réforme peut être mise à profit pour examiner la possibilité d’assurer le financement des investissements par des ressources courtes. Cette transformation permettra de financer les investissements : dans une situation caractérisée par une inadaptation entre épargne et investissement.

Mamadou Safayiou DIALLO

Analyste Economique.

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