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Guinée : Yembering Mali, une journée agitée pour une mosquée

La tension était très vive ce 14 août 2019 au chef-lieu de la sous-préfecture de Yembering dans la préfecture de Mali. En cause, l’inauguration d’une nouvelle mosquée pour la prière du vendredi.

La mosquée en question a été construite en 2014. Avant elle, une école franco-arabe a été construite en 2006 par l’association Nasroul Islam ou le soutien à l’islam juste à côté. Depuis, l’école fonctionne. La mosquée aussi pour les prières ordinaires. Devant l’extension de la ville, ceux qui ont construit cette mosquée ont souhaité inaugurer celle-ci pour la prière du vendredi. Et c’est cela qui pose problème depuis quelques temps.

Une fin de non-recevoir

Certains responsables de la Ligue islamique locale notamment Amadou Diarougha Saabèèrèè Yaalii Diallo ont juré par tous les saints que cette mosquée ne sera jamais inaugurée pour la prière du vendredi. Arguant qu’elle est entourée partout par d’autres mosquées. Mais la véritable pomme de discorde est le fait qu’ils considèrent ce lieu de culte comme une mosquée qui appartient au courant Wahhabite. Au début de cette année, une première tentative d’inauguration avait déjà échoué. Une délégation, dépêchée de Conakry, s’était rendue à Yembering pour le besoin de la cause.

Cette délégation avait obtenu l’accord écrit du maire de la commune rurale de Yembering. Lequel leur avait remis une correspondance contenant cet accord pour l’ouverture de la mosquée pour le préfet de Mali. Ce courrier a été remis à son destinataire. Contre toute attente, une autre correspondance, cette fois non officielle, aurait suivi la première pour dire au préfet que l’école, construite près de ladite mosquée, n’aurait pas une existence légale. Du coup, l’affaire de la mosquée a été renvoyée aux calendes grecques. Il fallait fournir les preuves que ceux qui ont construit l’école ont obtenu une autorisation. Ces derniers apportent tous les documents de Conakry à Mali. Un enseignant licencié pour avoir abandonné délibérément les cours est soupçonné d’être derrière cette autre correspondance.

Les preuves que l’école n’est pas clandestine

Les documents de l’école déposés à qui de droit, on revient à la charge pour l’inauguration de la mosquée. Une nouvelle fois une délégation quitte Conakry au début de ce mois pour aller voir le secrétaire général de la Ligue islamique de Mali. Cette fois Elhadj Ousmane Souaré remet une correspondance à la délégation à remettre au secrétaire général de la Ligue sous-préfectorale de Yembering.

Le 8 août dernier, ce courrier parvient à Elhadj Alpha Bourouwal Diallo, secrétaire général de la Ligue islamique de Yembering par intérim. Dans cette correspondance, la Ligue islamique de Mali informe celle de Yembering de la visite qu’elle a reçue. En même temps Elhadj Ousmane Souaré demande aux chefs religieux de Yembering de se retrouver rapidement, de fixer une date d’inauguration de la mosquée et de l’informer. L’adverbe « rapidement » aurait irrité les membres de la Ligue de Yembering.

A ceux qui lui ont remis le courrier de son supérieur hiérarchique, le secrétaire général de la Ligue islamique de Yembering a répondu qu’il en parlera à ses pairs après la prière du vendredi. Après quoi, il s’engage à donner la réponse prise par l’assemblée. C’est ainsi que le 9 août dernier, le secrétaire général de la Ligue islamique de Yembering a indiqué à ses interlocuteurs que cette fois, ses pairs et lui étaient d’accord pour l’inauguration de la mosquée pour le vendredi 16 août.

Coup de théâtre.

Alors qu’une délégation venue de Conakry s’activait pour les préparatifs de cette inauguration, les membres de la Ligue islamique de Yembering reviennent sur leur décision. Pas question d’inaugurer cette mosquée. Un d’entre eux a indiqué qu’ils ont été outrés que des ressortissants de Yembering soient allés directement à Mali et que l’ordre d’inauguration de la mosquée soit venu de là-bas avec, en toile de fond, le mot en poular « kissan » qui signifie de toute urgence.

Dans la même lancée, M. Ibrahima Kindy Mabel Diallo, membre du conseil communal de Yembering, indique que ce conseil était lui aussi opposé à l’ouverture de la mosquée. Non pas sur le fond contrairement aux chefs religieux, mais sur la forme. Il a souligné que ni la délégation venue de Conakry ni la Ligue islamique de Mali n’ont daigné informer le conseil communal de Yembering qui, ajoute-t-il, est la seule autorité élue par les populations. Déplorant que la mairie de Yembering n’ait même reçu une copie de la correspondance adressée par le secrétaire général de la Ligue préfectorale à celui de la Ligue sous-préfectorale.

Sur ce que le conseil communal considère comme une violation des règles et procédures administratives, les promoteurs de la nouvelle mosquée répondent que la commune rurale était non seulement au courant de leur démarche mais qu’elle avait même donné son accord écrit, comme indiqué plus haut. A l’absence du maire alité à Dakar, les conseillers n’entendent pas de cette oreille. Pour eux, les premières correspondances sont désormais caduques. Il fallait, selon lui, les impliquer dans la nouvelle démarche.

Après le revirement de la Ligue islamique de Yembering, une autre délégation quitte Conakry le 13 août pour participer à une réunion de crise prévue avec le secrétaire général de la Ligue islamique préfectorale à Yembering le mercredi 14. Cette délégation de sept membres est conduite par Elhadj Mamadou Dian Diallo, inspecteur national de l’enseignement en arabe. Mercredi n’étant pas un jour de marché, la localité ne connait habituellement pas une grande affluence. Et pourtant ce mercredi n’est pas comme les autres. Il y a du monde à Yembering centre. Et pour cause, ceux qui sont opposés à l’inauguration de la mosquée ont mobilisé des jeunes parfois venus de loin pour faire une véritable démonstration de force, s’indigne le camp adverse. Histoire de montrer à Mali que Yembering n’est pas d’accord pour l’inauguration de la mosquée, ajoute-t-il.

Réunion houleuse

La salle de réunion, initialement prévue pour la rencontre, ne pouvait pas contenir la foule venue nombreuse. C’est ainsi que le sous-préfet a décidé que la réunion devait se faire à huit clos dans son bureau. Face à face les membres de la Ligue islamique de Yembering, la délégation de Mali, comprenant le secrétaire général de la Ligue préfectorale, un représentant de l’administration et un responsable de la Direction préfectorale de l’éducation, deux représentants la délégation venue de Conakry, le sous-préfet de Yembering ainsi que les membres du conseil communal.

Après plusieurs interventions, c’est Elhadj Alpha Bourouwal, secrétaire général de la Ligue islamique de Yembering, qui a transmis la décision prise par la majorité des membres de la Ligue islamique sous-préfectorale. Il a souligné que tout Yembering était opposé à l’ouverture de cette mosquée pour la prière du vendredi.  Ce à quoi Elhadj Mamadou Dian Diallo et Elhadj Ibrahima Sow, venus de Conakry, ont rétorqué que dans un monde désormais ouvert chacun doit être libre de choisir la façon dont il doit faire sa dévotion. Yembering ne doit pas faire exception, ont-ils conclu ?

Un bémol tout de même

Elhadj Hamidou Tessèn, membre de la Ligue islamique de Yembering, s’était désolidarisé de la décision de ses pairs. Disant en substance qu’il appartient personnellement au courant Tidiane mais en tant que musulman il ne peut pas s’opposer à l’inauguration d’une mosquée. A noter que pendant la réunion, des jeunes surexcités assenaient des coups à la fenêtre où se tenait la réunion, menaçant les personnes qui se trouvaient à l’intérieur si jamais une décision satisfaisante n’était pas sortie de cette réunion.

Jugeant la situation très grave et voulant éviter des troubles, Elhadj Ousmane Souaré a décidé de reporter sine die l’inauguration de la mosquée. Une décision perçue comme une victoire du courant Tidiane sur celui de Wahhabite et qui a suscité la joie de certains membres de la Ligue islamique locale ainsi que les jeunes mobilisés pour le besoin de la cause.

La victime collatérale d’une folle journée

Une femme, portant le voile intégral, a fait les frais de cette folle journée à Yembering. Fatou Diallo est originaire du village de Sanama.  Elle vivait avec son mari à Conakry d’où elle a été renvoyée au village par l’époux opposé au port du voile intégral. En séjour dans sa famille maternelle, cette mère de 3 enfants aurait été violentée et déshabillée de force par son oncle maternel aidé, dit-on, par d’autres personnes. On dit que ses agresseurs ont non seulement déchiré ses habits mais ils ont appelé son père pour lui demander de faire autant. Son crime est de porter le voile intégral un jour où tout ce qui symbolise le wahhâbisme suscite la colère.

                                                                                                                                          Habib Yembering Diallo

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