A Conakry, la saison des pluies rime avec des assassinats et des attaques à main armée.  En l’espace d’une semaine, deux cas de morts ont été enregistrés dans la haute banlieue de Conakry. Pour en parler, couleurguinee.info est allé à la rencontre du commissaire Mory Kaba,  directeur adjoint du service de communication et des relations publiques du ministère de la sécurité et de la protection civile. Avec lui, nous abordons tous les enjeux liés à l’insécurité en Guinée.

Couleurguinee.info: L’insécurité prend une proportion inquiétante à Conakry ces derniers temps. La semaine dernière deux personnes ont été assassinées en haute banlieue, tous à leurs lieux de travail. Qu’est-ce qui explique la recrudescence de ce phénomène?

Vous n’êtes pas sans savoir que depuis un bon bout de temps, on ne parlait plus d’insécurité à Conakry parce que les forces de sécurité se sont engagées, police et gendarmerie à enrayer ce phénomène sur notre territoire. Malheureusement, l’hivernage, c’est toujours un moment propice pour la commission des infractions notamment les cas de banditisme avec des coupures intempestives de courant électrique aidant, la forte pluie aidant, c’est toujours un moment de banditisme à Conakry. Mais qu’à cela ne tienne, nous, nous sommes aux aguets, nous sommes présents partout. Si vous sortez à Conakry, vous voyez déjà dès 20 heures  nos jupes un peu partout, que ce soit les jupes de la police ou de la gendarmerie. Il y a que parfois aussi, nous rencontrons des difficultés sinon on est présent. On a donné des numéros  verts, mais c’est la non coopération à grande échelle de la population. Vous savez le phénomène de banditisme, c’est un phénomène qui évolue avec le temps. Vous êtes dans de grandes agglomérations, plus vous mettez une stratégie, plus les bandits essayent aussi de mettre les leurs.

A travers ces deux stratégies, finalement si les populations ne viennent pas à côté des services de sécurité, c’est difficile en ce temps d’agir. Et malheureusement, on a enregistré l’assassinat de deux de nos compatriotes notamment Boubacar Diallo à Concasseur et l’autre à Bambeto. Finalement, nous sommes sur la trace de ces présumés bandits. A Bambeto déjà, le tueur du jeune boutiquier de Bambeto est sous les verrous. A travers le commissariat central de Kaporo Rails, les enquêtes sont en train de continuer. On est en train de rechercher son co-auteur parce qu’ils étaient venus à deux à ce niveau. Et de l’autre côté aussi, on a su le tueur du jeune pharmacien. On a compris que c’était un groupe de 3 personnes qui est venu assassiner le jeune. Le mobile  est connu. Tout est connu. On est sur les traces déjà. On  est en train de les rechercher.

Couleurguinee.info: D’après vous qu’est-ce qu’il faut aujourd’hui pour freiner le grand banditisme ?

On ne peut pas enrayer le banditisme d’autant plus que c’est un phénomène de vie, ça évolue avec les citoyens. Partout dans les grandes villes que ce soit en Guinée ou aux États-Unis, à Paris, un peu partout, le banditisme, il évolue parce que les personnes qui le commettent sont parmi nous, c’est des gens comme nous. On ne peut pas l’enrayer totalement, mais on peut l’atténuer. L’atténuer, nous, nous sommes sur le terrain, nos jeep sont présents, nos hommes sont engagés à combattre le banditisme. La seule chose qui nous manque aujourd’hui, c’est les renseignements. Vous n’êtes pas sans savoir qu’il y a des quartiers aujourd’hui même s’ils savent que c’est un bandit, vous venez l’arrêter, la population ne va pas vous permettre de le faire. Donc il faut que la population collabore dans la lutte contre le banditisme, c’est le seul moyen aujourd’hui pour nous aider à limiter le banditisme en Guinée.

Couleurguinee: certains citoyens disent qu’ils s’abstiennent de dénoncer les bandits pour éviter que ces derniers une fois libres, ne se retournent contre eux. Que répondez-vous à cela?

Moi je donne mon numéro ici, j’ai le 620058765. Dans toutes les maisons à Conakry, il y a au minimum un téléphone, si vous appelez pour dénoncer un bandit, on ne s’occupera pas de savoir qui a appelé. Vous nous appelez, vous dites que je veux vous signaler quelqu’un, et ce quelqu’un vous le signaler jusqu’à ce que nous, nous puissions mettre main sur lui sans donner votre adresse, sans donner votre nom. C’est l’action que nous nous voulons. Ce n’est pas celui-là qui indique. Donc, dire que les bandits vont se retourner contre quelqu’un, nous, nous protégeons nos sources. Ceux qui nous donnent des informations, on les protège, tous ces bandits que nous arrêtons là, c’est  un bon citoyen qui a pu nous  donner l’information, qui nous indique où il se trouve, on va on l’arrête. Nous seul les policiers et les gendarmes, on ne peut pas mettre main sur les bandits mais dès qu’un citoyen s’engage et que la population nous épaule, c’est facile de mettre main sur les gens parce que ces bandits-là vivent dans des maisons, vivent dans des secteurs, dans des quartiers, dans des communes, dans des villes. Ils ne sont pas tombés du ciel, ils ne viennent pas d’ailleurs, ils sont parmi nous donc dès que nous décidons de les dénicher, de leur montrer au service de sécurité, ils seront tout de suite arrêtés et tout de suite déposés là où il faut.

Quel appel avez-vous à lancer à l’endroit de vos concitoyens de Conakry ?

Je demande aux populations de Conakry et de toute la Guinée d’avoir confiance aux services de sécurité que sont la police et la gendarmerie. Quand vous participez à la commission d’une infraction ou une infraction se commet devant vous, appelez le commissariat le plus proche où la gendarmerie la plus proche de vous, ils viendront à votre secours. Communiquez avec le service de sécurité, travaillez en synergie avec le service de sécurité pour enrayer le banditisme en Guinée ou tout au moins le limiter, le banditisme c’est l’affaire de tous.

Par Mamadou Baïlo Diaguissa Sow pour couleurguinee