La lettre confidentielle

La lettre confidentielle de Habib Yembering Diallo

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Du militant au Président

Monsieur le Président,

En vous adressant ces lignes, je ne sais pas si elles vont vous parvenir. Puisque je n’ai plus accès à vous pour vous remettre ma lettre directement. Malgré tout, j’espère qu’elle vous parviendra. Et surtout que vous prendrez la peine de la lire intégralement. Parce que, Monsieur le Président, l’heure est grave. Je doute fort de l’affirmation du chef de notre majorité présidentielle au parlement qui disait dans une émission radiophonique que, de votre chambre, vous savez ce qui se passe n’importe où dans notre pays.

Pour revenir à mon sujet, Monsieur le Président, je suis un militant de la première heure de notre parti. Je fus de tous les combats et de toutes les luttes. A titre d’exemple, et pour vous dire que je ne suis pas un militant de la 25ème heure, j’étais à Coléah, quand, au début de notre lutte pour la démocratie, les agents de sécurité sont venus nous disperser. C’est à cette date et de cet évènement malheureux qu’un journal de la place a dû vous coller un sobriquet que je m’interdis de dire ici. Car je ne veux pas vous vexer. C’est juste pour vous rappeler et vous convaincre que je ne suis pas ces militants profiteurs.

J’étais aussi, Monsieur le Président, à votre domicile à Mafanco le jour où vous avez été libéré. Pour nous ce domicile n’était pas un simple bâtiment. C’était un véritable lieu de pèlerinage. J’ai participé aussi à toute la campagne pour votre élection en 2010 et votre réélection en 2015. Même si,  je dois avouer, que depuis votre élection je n’ai plus accès à vous. Les profiteurs, flagorneurs et autres opportunistes m’ont volé la vedette. J’allais dire qu’ils m’ont volé mon leader. Quand je constate que désormais je ne peux vous voir qu’à la télévision, j’ai réalisé que la vie est injuste. Ou plus exactement les hommes sont imprévisibles.

Je vous prie, Monsieur le Président, de ne pas considérer que ma rage est dirigée contre vous. Loin de là. Je ne peux pas commettre un sacrilège. Cette fureur s’adresse à tous ces opportunistes à cause desquels je suis obligé de vous écrire parce que n’ayant plus accès à vous. J’espère que vous irez jusqu’au bout de la lecture de cette lette. Car ma colère a fait que je vais terminer par l’essentiel. D’où ma crainte que dès les premières lignes de cette lettre, que vous n’arrêtiez la lecture.

Permettez-moi donc, Monsieur le Président, d’aller enfin dans le vif de mon sujet. Celui qui agite actuellement le pays. À savoir cette histoire de nouvelle constitution. Au nom de l’idéal qui nous faisait combattre et qui nous pousse encore à nous battre aujourd’hui, pour citer le célèbre Jean Ferrat que vous connaissez sûrement, je dois vous dire que cet idéal me pousse à vous dire ce qui ne vous plaît pas forcément mais ce qui est bon pour vous. Pour moi ce qui est bon pour vous est le respect de l’idéal pour lequel vous vous êtes battu des décennies durant.

Monsieur le Président, savez-vous que le discours de votre entourage est aux antipodes de celui du citoyen lambda. Cet entourage qui disait à votre prédécesseur qu’il ne devait pas abandonner le pays aux mains des aventuriers. Savez-vous à qui ils faisaient allusion en parlant d’aventuriers ? Savez-vous que ce sont les mêmes, ou presque, qui ont empêché le vieil homme d’aller à la retraite ? Ce qui, de l’avis de certains spécialistes, a précipité sa disparition.

Savez-vous que, comme ce fut le cas de cet homme, votre entourage ne défend que son intérêt et non le vôtre ? Savez-vous que votre intérêt est de respecter la constitution ? Savez-vous, Monsieur le Président, qu’en cas de troubles graves, ces gens-là deviendront vos pourfendeurs ?

Savez-vous, Monsieur le Président, que notre bilan n’est pas à la dimension de l’attente de nos compatriotes ? A titre d’exemple, les routes sont abimées partout. Y compris dans votre propre fief. Or si les autres régions, particulièrement celle dont est originaire notre principal opposant, n’attendaient pas beaucoup de nous, en revanche, votre région, elle, nourrissait beaucoup d’espoir. Savez-vous qu’entre Dabola et Kouroussa la route est pire qu’en 2010 ? Savez-vous que les profiteurs ont emballé les nôtres en faisant semblant de bitumer la route Kankan Kissi avant de quitter le terrain, et ce après s’être remplis les poches ? Savez-vous, Monsieur le président, que ces populations sont aujourd’hui des militants potentiels de l’opposition ?

Pour toutes ces raisons, et pour beaucoup d’autres, que je n’ai pu énumérer ici, je vous prie, Monsieur le Président, de dire officiellement et sans équivoque que vous renoncez à un troisième mandat. Je parie que si vous faites cela vos compatriotes vous voueront un respect religieux. Même l’opposition, qui brandit une liste macabre de victimes de votre régime, pardon, notre régime, mettra ces victimes en perte et profit de la démocratie.

Si jamais vous acceptez mon cri de cœur, je sais que vous êtes capable d’organiser vote succession au profit de note parti qui, grâce à votre sage décision, deviendra plus grand et plus populaire encore et pour toujours.

Mais si c’était le contraire, je vous prie de considérer ma proposition comme celle d’un militant inconditionnel qui ne veut que votre honneur et votre bonheur. Je vous prie surtout, Monsieur le Président, de déchirer ma lettre après lecture. Pour éviter qu’elle ne tombe entre quelque main qui pourrait me causer des ennuis.

Votre militant incondition

Habib Yembering Diallo

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