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La lettre confidentielle de Habib Yembering Diallo

Comme si c’était vrai, un ministre écrit à son cousin

Cher cousin,

Tu seras certainement surpris de recevoir ma lettre par la poste à un moment où Internet a révolutionné la communication. Tu seras d’autant plus surpris que j’ai demandé à un autre cousin de poster la lettre à l’étranger.

Tout ça pourquoi, me diras-tu ? Tout d’abord si je ne t’ai pas appelé, c’est parce que je sais que mes téléphones et probablement ceux de ma femme sont tous sous écoute. Désormais il m’est préférable de dire tout haut ce que je devais dire tout bas.

Ensuite, pourquoi poster une lettre à l’étranger ? Là aussi parce que je crains fort que ma lettre ne tombe dans quelques mains pour être ouverte, lu et transmise à qui de droit. Bref, je crois que j’ai planté le décor pour toi. Tu as compris que je suis un prisonnier non pas dans une cellule. Mais entre le ciel et la terre. Et parfois cette prison est de loin la plus insupportable.

Pour revenir donc à mon sujet, cher cousin, depuis que j’ai commencé la lutte politique pendant l’ancien régime, je n’ai paradoxalement jamais été dans une situation aussi difficile que celle que je traverse actuellement. Et pour cause, mon poste de ministre est devenu une véritable patate chaude entre mes mains. Si je le jette, j’ai jeté mon aliment. Si je le garde, je brûle mes mains. Et cette fois je les calcine même.

En effet, cher cousin, déjà je fus très mal à l’aise à mon entrée au gouvernement. Imagine ma position. J’ai passé plusieurs années à insulter l’homme et son système. Un beau jour, et après plusieurs mois de négociations, il me nomme ministre. Le jour où je l’ai rencontré j’avais du mal à le regarder dans les yeux. Il l’avait compris d’ailleurs. Il évitait de me regarder aussi. A mon entrée au gouvernement donc ceux qui étaient opposés à ma nomination ont voulu m’humilier. Ils ont exigé que je porte le fameux foulard de leur parti autour du cou. Tu as dû voir ces images sur les désormais incontournables réseaux sociaux.

Ces chantages, auxquels il faut ajouter les critiques très acerbes de mes anciens alliés et autres activistes et ou observateurs, m’ont terriblement fait souffrir. Mais ce qui m’a le plus fait souffrir c’est l’exigence du chef que je sorte pour aller dire aujourd’hui tout le contraire de ce que je disais hier. Cette contradiction entre mon cœur et ma bouche m’a rendu malade. Si bien qu’à un moment donné je ressemblais à un nouveau diabétique, voire un sidéen. Cela te rappela notre adage selon lequel « le cœur déteste l’hypocrisie de la bouche ».

Pourquoi accepter de subir une telle souffrance, me diras-tu encore ? Mon cousin, il y a des raisons que la raison elle-même ignore. En réalité, j’avais besoin de me refaire une santé financière. J’étais ruiné. Et je ne voyais aucune perspective de sortie de crise. C’est l’unique raison pour laquelle j’ai accepté le poste de ministre. Sachant que de l’autre côté, on ne me proposait aucune alternative si ce n’est d’aller en compétition électorale.

Cher cousin, tout le calvaire que je t’ai raconté n’était que la fumée. Désormais c’est le véritable feu. A cause notamment de cette histoire de 3ème mandat qui est d’ailleurs la raison fondamentale pour laquelle je t’adresse cette lettre. Je suis pris au piège dans cette histoire. A vrai dire, je ne suis pas favorable à ce projet. Mais, je me demande comment quitter le navire avant qu’il ne chavire. Contrairement à mon ancien homologue de la justice, je n’ai  pas un point de chute à l’étranger.

C’est vrai que je suis désormais à l’abri du petit besoin, mais où aller, pour faire quoi ? Je n’ai aucune idée. C’est pour que tu me donnes des idées que je t’écris. Aide-moi s’il te plait. Pour le moment, je n’exclus aucune hypothèse, même un éventuel retour dans l’opposition. Mais, faudrait-il que celle-ci me tende la main. Même si, je dois avouer, que je ne veux pas emboiter le pas au champion du monde toute catégorie en transhumance politique qui est citoyen de notre pays.

Dans tous les cas, je ne souhaite pour rien au monde, qu’on dise demain à mes enfants que leur père a choisi son intérêt personnel au détriment de celui de la Nation entière. Sans compter qu’en cas de troubles majeurs consécutifs à cette affaire de troisième mandat, à la place du tribunal de l’histoire c’est le tribunal pénal qui pourrait me demander des comptes. Tu as d’ailleurs dû entendre parler d’une liste déposée à la CPI. Même si, à mon avis, ces gens-là vont vite en besogne, on ne sait jamais.

Pour terminer, cher cousin, je crois t’avoir campé ma situation peu enviable en dépit de l’apparence trompeuse. Je te prie de me répondre dans les plus brefs délais afin que je prenne une décision : celle de rester ou celle de quitter. Et surtout merci pour la confidentialité.

Ton cousin de ministre

Habib Yembering Diallo

habibydiallo@gmail.com

                                                                                                                                                                  664 27 27 47

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