Très rare, ces derniers temps, dans le monde médiatique guinéen, M. Kabinet Komara, ancien premier Guinéen a bien voulu répondre, le jeudi 07 mai 2020,  aux questions de nos confrères de Lynx Fm dans l’émission « Œil de Lynx ». Nous vous livrons le son décrypté de cette interview essentiellement axée sur des propositions de ce cadre contre coronavirus en Guinée.

Bonjour ! Pour commencer quelle lecture faites-vous de la propagation de la pandémie de Covid19 en Guinée ?

Tout d’abord, je voudrais vous remercier pour l’opportunité que vous me donnez d’échanger avec vous sur cette pandémie qui nous menace tous. Notre pays aujourd’hui, comme vous l’aviez dit, est à près de 2000 et quelques cas confirmés. Nous avons commencé timidement avec deux (2) cas au début du mois de mars. Et c’est monté lentement. Mais, très rapidement, le rythme s’est accru. Alors, si on compare cela par rapport à ce qui se passe en Afrique, ça devient beaucoup inquiétant. Aujourd’hui en Afrique, nous sommes à peu près  à 49800 cas et 1972 décès dans l’ensemble des 54 pays Africains. À l’exception du royaume de Lesotho, tous les 53 autres pays ont connu ou connaissent encore des cas. Mais, ce qui est inquiétant dans notre situation, c’est que nous faisons partie des 10 pays les plus atteint. Ça veut dire donc, qu’il faut absolument que nous puissions nous ressaisir pour prendre le taureau par les cornes et essayer de prendre des mesures draconiennes de façon à stopper la propagation, la dissémination de cette maladie. Et prendre des mesures curatives dans des meilleurs délais.

Vous avez publié récemment une tribune dans laquelle vous soutenez que le combat contre le Covid19 en Guinée gagnerait à être renforcé sur sept (07) fronts. Rappelez-nous un peu ces fronts.

Dans le papier que j’avais fait qui date du 23 avril. Je précise bien qu’à cette date nous étions seulement à 761 cas. Donc, je m’inquiétais que si rien n’était pris comme mesure draconienne avant la fin du mois d’Avril, on serait déjà à plus 1000 cas. Et malheureusement, on a déjà dépassé cette barre au 21 d’Avril. Alors, c’est en ce moment là que je me suis inquiété et que j’ai proposé 7 mesures à prendre. La première fondamentalement c’est la sensibilisation. Pourquoi je dis cela, parce que nous sommes une population en grande partie analphabète. Les canaux de communication ne sont pas accessibles à toutes les parties de la population. Et mieux dans notre pays une partie des populations ne croit pas aux messages des gouvernants parce qu’il y a une défiance. Alors, dans une telle situation, il faut  faire appel à tous les leaders d’opinion. Y compris ceux dont les voix peuvent être accessibles à cette partie de la population qui est en position de défiance ou de rejet des messages venant de l’autorité dirigeante. Parce que le virus contre lequel nous sommes en lutte est un virus qui n’est pas ethnique. Il est trans ethnique, trans national. Il n’a pas de couleur, pas de parti. En ce moment-là, il est urgent que toutes les forces et sensibilités se joignent pour mettre tous leur ego de côté d’abord et combattre ce fléau. Et c’est en cela que je fais appel à tous ceux qui peuvent contribuer. Que ça soit la société civile, les syndicalistes, les politiciens, les hommes, les femmes, les coopératives, les imams, les religieux, bref toutes les bonnes volontés. Que chacun contribue du peu qu’il peut dans cette sensibilisation. Et dans ce contexte, je fais un appel particulier aux médias, car il a été constaté des messages contradictoires ou alors la façon dont les messages sont délivrés. Qu’il y a un peu de confusion de la part des populations. Donc, je leur demande de faire preuve vraiment de plus de solidarité comme vous êtes déjà dans la bagarre. Mais, conseillez les communicants, pour faire en sorte que leurs messages soient consistants partout. C’est vous qui êtes les maitres de la communication. Les gens confondent parler et communiquer. Donc là vraiment, je fais appel à tous les communicants à la presse publique et particulièrement à la presse privée. Parce qu’aujourd’hui vous avez peu de moyens, mais il faut que vous soyez supportés pour continuer par les messages les plus professionnels et dont vous avez la maîtrise pour sensibiliser la population. Je demande aux médias publics d’ouvrir leurs antennes à tous que ça soit opposant ou pas. Dès que le message porte sur la sensibilisation de la population. Nous devront avoir une union sacrée pour combattre ce fléau.

Le deuxième chantier c’est la dissémination du virus vous l’avez dit il faudrait aussi la disponibilité des masques.

Pourquoi j’ai insisté sur les masques, vous savez, même dans les pays occidentaux, ils ont très tardivement réagi aux masques. Il faut savoir que ce virus là personne ne le connaît de bout en bout. Donc, sa connaissance évolue en fonction des paramètres qu’on a, on adapte la façon de lutter. Mais, aujourd’hui, tout le monde est d’accord maintenant que le port des masques est fondamental pour arrêter la propagation. Mais, il ne s’agit pas d’un seul masque à porter pendant 10 ou 40 jours. Il faut des masques qui peuvent se renouveler. Alors, quant on a décrété le port des masques, j’ai vraiment souhaité apprécier que tous nos artisans aient réagi. Chacun y est allé de son capacité. Mais, approximativement, nous sommes 11 millions d’habitants. Ce n’est pas seulement 100 tailleurs qui pourront nous donner la quantité qu’il faut et de façon multiple. C’est en cela que je dis qu’il y a un déficit à combler. Ce déficit peut être comblé de deux manières.

1-Nous avons notre ancienne usine de confection militaire qui est là. On peut la reconvertir très rapidement et la doter de moyens pour qu’elle produise en quantité suffisante et très rapidement et de manière industrielle. Même cette production ne pourra pas  suffire. Il faudra faire l’appel à l’aide extérieure parce que pour 11 millions d’habitants, nous avons besoin de 40 millions de masques. Parce qu’il faut les distribuer pour que chacun dispose de 3 ou 4 masques pour qu’on puisse régulièrement les renouveler à des coûts abordables pour la population. La Côte d’Ivoire a lancé une commande de 200 millions. Et ils viennent de recevoir 52 millions avant-hier. Nous, pour avoir 30 à 40 millions de masques, il faut en produire industriellement. Voilà un grand pays, comme le Maroc, qui vient de reconvertir toute son industrie textile en production de masque. Et il fait aujourd’hui 2 millions de masques par jour. Et il est prêt à commencer à exporter. Nous, qui sommes très liés au Maroc, par des relations historiques de longue date. Eh ben j’ai proposé que nous puissions demander au Maroc ceci : de nous aider à en avoir très rapidement avant qu’il ne soit très submergé par d’autres demandes. Ne faut pas se tromper. Les populations portent aujourd’hui des bavettes. Donc on risque de se tromper en pensant qu’on porte des barrières mais en terme c’est des passoires.

Et le troisième élément alors ?

Comme vous le savez, cette maladie nous a surpris. Il faut commencer par identifier et tester les gens. Mais, malheureusement, les moyens de tests que nous avons sont limités en quantité, en personnel pour les exécuter, mais aussi en délais. Quand on teste quelqu’un aujourd’hui, il faut au minimum 10 heures pour avoir le résultat. Parfois deux jours. Je connais même des cas où ils ont testé et qui ont reçu leur résultat 5 jours après. Pendant ce temps, si la personne est contaminée, elle peut inconsciemment contaminer d’autres personnes. D’où la nécessité d’accélérer absolument ce fond. Aujourd’hui, nous testons entre 200 et 250 personnes par jour. Mais, si nous voulons arrêter la propagation, il faut que nous puissions identifier rapidement tous ceux qui sont à risque ou tous ceux qui sont atteints. Et là, il nous faut des moyens de tests. J’ai annoncé dans mon papier que l’institut Pasteur du Sénégal vient de s’allier avec une grande société britannique qui est spécialisée dans la préparation des tests rapides pour produire bientôt un test révolutionnaire. Il vous donne les résultats en 10 minutes et le coût est de 1Euro c’est-à-dire 5 à 20 fois moins chère que nos tests actuels. Donc, j’ai demandé qu’on puisse très rapidement se rapprocher du Sénégal pour que dès que la production va commencer, nous puissions être les premiers bénéficiaires. Et je précise que ce centre est créé pas seulement pour le Sénégal mais toute l’Afrique.

Vous dites que le quatrième front de lutte concerne l’épineux problème de prise en charge des cas suspect et même des cas confirmés.

C’est ma grande inquiétude et c’est la grande inquiétude du moment. Parce que, c’est serait dramatique, qu’on test les gens et qu’ils soient positifs et qu’on ne puisse pas les hospitalisés. C’est pourquoi j’ai proposé d’anticiper. Il y a 6 mois, j’avais été approché par l’indien qui a passé l’accord avec la Caisse Nationale de Sécurité Sociale pour transformer l’ancien hôpital de Gbessia en une clinique moderne. Il voulait que mon cabinet puisse soulever une somme de 10 millions de dollars pour leur permettre de transformer et compléter cet hôpital. Je l’ai visité et j’étais impressionné par le niveau d’avancement des travaux. Mais, si on doit transformer en urgence un hôpital pour recevoir des cas dont nous parlons, c’est pour beaucoup de moyens. Donc, on peut très rapidement, dans une première étape, équiper l’hôpital pour pouvoir soulager déjà la pression sur Donka. J’ai appris qu’il y a déjà un premier chantier au camp Alpha Yaya. Cet endroit a l’avantage d’être déjà un hôpital. Il est grand, confiné et sécurisé. J’ai proposé que même dans la cour là-bas qu’on  installe des hôpitaux de campagne. Et dans la même foulée, on peut chercher à compléter ça par ailleurs. Là, j’ai proposé à la fois  l’hôpital Donka qui a une grande cour ou même l’hôpital Sino-guinéen qui a encore deux hectares disponibles. Il suffit d’envoyer des machines pour raser et niveler le sol et en deux ou deux mois et demi on pourrait avoir des capacités supplémentaires. Trop de capacité ne nuit pas. Mieux vaut en avoir de plus  que d’en manquer.

Très intéressant ! Vous dites que le cinquième chantier est celui de la vigilance à exercer contre l’introduction par des personnes sans scrupules de faux médicaments et de faux masques. Le Niger, le Mali et le Maroc vous l’avez dit ont fait des saisis Ia semaine dernière et que notre pays dans un passé récent était connu pour être devenu une passoire dans ce domaine ?

A la fondation de Brazzaville, nous avons organisé au mois de février dernier une réunion de six (6) chefs d’Etat africains pour les sensibiliser sur la situation des faux médicaments. Est-ce que vous savez qu’aujourd’hui, 50 à 60% des médicaments vendus en Afrique sont faux. Ce que vous achetez pour vous traiter en fait ne fait que vous tuer. Et donc, sensibiliser les chefs d’Etat africains pour que désormais les trafics des faux médicaments deviennent un crime répréhensif. Et sachez bien que ce trafic est extrêmement récréatif en Afrique. Je m’en vais vous dire ceci : quand vous investissez un dollar dans la drogue, il vous rapporte 20 dollars. Mais, quand vous investissez un dollar dans les faux médicaments, il vous rapporte 500 dollars. C’est le trafic le plus récréatif au monde. Et la Guinée récemment a saisi plus de 200 flacons de faux médicaments au port de Conakry. Le Niger récemment a saisi encore des faux masques, des fausses chloroquines.

Et au moment de la méningite, des gens ont eu à importer des faux médicaments qu’on a injectés aux enfants pensant les vacciner et les a tués. Il y a des criminelles en puissance qui circulent. Ils essaient de profiter de cette maladie pour vendre des faux masques, des faux produits, même des faux produits phytosanitaires. Donc il est important qu’on soit vigilant…

Avant d’arriver au sixième chantier peut-être puisque la brèche est ouverte, quelle est votre impression sur ce « Covid Organic » dont on parle aujourd’hui assez dans les médias et un peu partout sur la sphère sanitaire ?

Notre fondation n’est pas restée les bras croisés. Elle a proposé très rapidement qu’au niveau africain que nous puissions lancer ce que l’on appelle l’Agence Panafricain des Médicaments (APM). Parce que si on met cette agence panafricaine des médicaments, elle va règlementer la production des médicaments en Afrique. Moi, je salue l’initiative de Madagascar d’avoir mis au point un produit. Alors, il faut savoir qu’il y a deux façons de tester un produit…Si vous voudrez que les protocoles de l’OMS l’adopte il faut que ce test en notice ait aussi un protocole qui permet de vérifier les médicaments. Et ensuite on compare des résultats à grande échelle et on tire des conclusions.. Si on doit attendre tout ceci ça prendra du temps. Allons vite, n’attendons pas.

Vous avez aussi parlé d’un sixième chantier qui consiste à dire qu’une épidémie peut en cacher une autre.

Les premières pluies se sont annoncées. Et vous avez vu les dégâts que ça commencé à faire. Ceux qui en souffrent sont les populations qui sont dans les bas quartiers qui reçoivent. Et pour les populations qui n’ont pas accès à l’eau potable qui ont des puits. Elles vont fuir ces puits et vont boire cette eau. Et ça va déclencher des épidémies. Aujourd’hui l’Etat devrait dégager des moyens budgétaires pour que ceci soit fait. Nous avons un devoir de propreté vis-à-vis de nos populations. Mais, nos populations aussi ont devoir vis-à-vis d’elles-mêmes. Et là, c’est essentiel, parce que c’est serait dramatique pour nous que pendant que nous combattions le Covid-19 que le choléra se déclenche. Si jamais le choléra vient, il est plus ravageur. Ça tue en quantité et en masse. Et si ça atteint les gens et ça se propage, la Guinée deviendra excusez-moi un pays d’épidémie. Souhaitons que ça n’arrive pas.

Et le septième point, vous dites qu’il faut faire recours à toutes les compétences nationales pour la lutte ?

Je commence par saluer vraiment notre corps médical. Vous savez, toute situation met en œuvre les gens exceptionnels. J’ai suivi les critiques dont les médecins font l’objet, la structure qui lutte contre coronavirus, l’OMS tout ça. Je pense que critiquer c’est bien,  mais il  faut reconnaître ce que les gens dans leur dénouement sont capables. Ils font du bien. Et ils exposent leurs vies tous les jours. Quand j’ai entendu la dernière fois que Docteur Sakoba a été atteint, j’ai eu énormément de compassion pour cette personne. Malgré toutes les critiques, il n’a jamais baissé les bras. Il est au front. Personne n’est parfait. Alors, aujourd’hui, je commence vraiment par dire que d’abord ces médecins doivent être remerciés et encouragés. Mais, il faut qu’on leur fournisse des équipements de protection dignes de noms. Vous savez, les gens oublient que pour soigner quelqu’un, l’amener en haut il faut qu’il y ai un ambulancier, un manœuvre, une femme de ménage…Toutes ces personnes là exposent leur vie tous les jours. Il faut les encadrer, les encourager et les considérer.  Dans la foulée, je vois avec satisfaction comment le génie créateur guinéen s’est révélé. J’ai rencontré des jeunes  qui ont créé des logiciels qui vous permettent de détecter celui qui est atteint ou pas. Donc, qui ont des logiciels de gestion. Par exemple, le jeune Keïta qui a inventé cette machine que les autres sont en train de commander. Qui est capable de poser tous les diagnostics sans être obligé vraiment d’impliquer un médecin. Donc, toutes ces capacités créatrices et innovatrices sont à encourager. Et c’est l’occasion pour nous de montrer que la Guinée a des vraies valeurs. Je disais aussi que dans ce combat, les journalistes sont fondamentalement à encourager et à remercier. C’est une presse vraiment engagée dans le sens citoyen. Au moment où le pays est en danger, rien n’est plus supérieur à la défense de la Nation. Et le temps d’antenne que vous consacré pour la sensibilisation sur ces questions est quelque chose qui à mon avis mérite d’être encouragé. Je sais que la presse privée a beaucoup de difficultés actuellement. Vous vivez principalement de la publicité. Mais, malgré ces difficultés, vous continuez votre travail. Il faut que l’Etat puisse prendre ça en charge et réellement continuer à vous accompagner. La presse publique pareille. Des horaires impossibles à l’égard des heures difficiles. Il y a le couvre-feu. En traversant les barrières,  parfois vous êtes soumis à des situations désagréables. Malgré tout, la presse continue son travail. C’est à saluer. Et je voudrais dire surtout les différents donateurs doivent être encouragés. Un centime de quelqu’un est plus important qu’un milliard d’un autre. Donc, tous ceux qui peuvent aider en conseil, en assistance, en matériels…continuer de faire et ne pas se décourager. Le pays est en danger.

Vous avez aussi évoqué dans cette tribune le problème de la sécurité alimentaire où vous estimez qu’il faudrait sécuriser l’approvisionnement en riz. Pourquoi  cette crainte ?

Cette crainte m’anime. En décembre dernier, j’étais au Vietnam. Nous avions été invités par le gouvernement vietnamien dans le cadre d’une fondation avec l’ancien premier ministre français Jean Pierre Raffarin. J’ai découvert avec surprise que ce pays est situé à l’embouchure du fleuve Mékong. Alors, tenez vous bien, là où ce fleuve se jette dans l’océan, il a crée l’immense delta qu’on appelle delta de Mékong qui est l’un des principaux greniers du monde. Une bonne quantité de riz produit et exporté dans le monde particulièrement en l’Afrique. Alors, quand cette pandémie s’est déclarée, l’Inde a immédiatement supprimé ses exportations. Le Vietnam a suspendu aussi ses exportations. Et nous, nous importons près de  600 000 tonnes de riz par an et nous ne sommes pas les seuls à importer. Toute la partie côte de l’Afrique de l’ouest importe du riz. Alors, ça veut dire que si cette situation continuait, l’incidence de la  suspension d’exportation du riz par ces pays va nous toucher automatiquement. Donc, j’ai proposé que nous puissions profiter de cette fenêtre d’opportunités pour que l’autorité et le gouvernement puissent encourager nos marchands à importer rapidement pendant que le prix est encore abordable. Et j’ajoute que depuis 3 semaines, le PAM a lancé une alerte en disant que les pays du sahel vont connaître une insécurité alimentaire. Voilà ce que je disais dans cette recommandation. On ne peut pas souffrir de la maladie et en même temps manquer de notre denrée alimentaire qui est le riz.

Alors, Monsieur Komara le gouvernement a présenté un plan de riposte économique contre le Covid-19. Ce plan, vous le savez sans doute, a fait les choux gras des médias à cause de la surfacturation du volet énergie qui a été révélé par la Banque Mondiale. Quel est votre appréciation de ce plan qui a été présenté par le premier ministre Ibrahima Kassory Fofana ?

Moi, je me suis intéressé principalement au volet social du plan. C’est-à-dire le volet sanitaire. Dans mon papier, j’ai apprécie le volet sanitaire du plan et je souhaiterais que les mesures indiquées soient prises très rapidement. Et cela, j’insiste la dessus parce que l’exécution est plus importante que la formulation. Même si votre plan est incomplet, mais si vous commencez à l’exécuter, vous pouvez l’ajuster au fur et à mesure. Mais, on ne peut éduquer que celui qui se met dans l’action. Pour moi, le plan qui a été pris par le gouvernement, j’ai suivi tous les débats. J’ai bien apprécié tous les mea-culpa et j’ai considéré que le dialogue engagé avec la Banque Mondiale et les autres partenaires vont amener le gouvernement à faire en sorte que tout ceci soit pris en compte. Je souhaite que les débats soient plus apaisés entre les membres du gouvernement mais également entre le gouvernement est les autres institutions internationales. Puisque sans crédibilité, on ne peut pas décaisser et sans décaissement le plan  ne peut pas être exécuté. Donc, en résumé, retenons qu’un plan est dynamique. Aucun plan n’est figé. Les meilleurs plans peuvent changer en 48heures en fonction des données qui viennent. Mais, le plus important, c’est mettre en place une structure de veille et de pouvoir tenir en compte les éléments de conjoncture, les éléments d’insuffisance économique.

S’il vous était demandé de proposer un contre-plan, par quel bout auriez-vous commencé dans le cadre de la riposte ?

Rire…! Non je ne suis pas là pour proposer un contre-plan. Je vous expose des mesures que j’ai proposées. Et je suis heureux de voir que certaines des mesures là ont commencé à être prises en compte. Je dois vous avouer que dans beaucoup d’idées je partage déjà avec beaucoup de personnes pour avancer le pays. Donc, il ne faut pas avoir l’arrogance de dire que si ce n’est pas moi on ne peut pas réussir. Non !  Chacun doit contribuer. Le plus important, c’est ce que nous réussissons et nous gagnons tous.

Est-ce que vos propositions là vous les avez faites aussi au comité scientifique. On est étonné de voir que des personnalités comme vous, vous n’êtes pas membre de ce comité ?

Tout le monde ne peut pas être membre d’un comité scientifique. Je vous fais  remarquer ceci : les grands décideurs ont des cabinets de réflexion à côté. Et ils sont dans le feu de l’action tous les jours. Ils n’ont pas le temps d’analyser tout. Donc, d’autres proposent des idées. Chacun peut s’il a des idées, les faire remonter pour le bénéfice de notre pays.

Mr Komara vous êtes économiste. Quelles sont les enjeux qui découlent aujourd’hui de la   situation de baisse générale des activités à travers le monde à cause du Covid 19 ?

Moi je tire prématurément trois (3) conclusions.   La première, c’est l’échec de multilatéralisme insensé et incontrôlé. Il est essentiel que les pays analysent comment faire en sorte que certains besoins vitaux soient produits à l’intérieur du pays.    La deuxième, c’est que plus rien ne sera plus comme avant par rapport à la façon dont les États prennent les questions de santé en compte. C’est fondamental. Et quand je dis santé je la prends de manière globale. La santé, ce n’est pas seulement les médicaments ou les hôpitaux. C’est à la fois la nutrition, la qualité de l’eau. Il faut qu’il y ait de l’eau potable disponible à tout moment et partout. Parce que l’eau est le premier vecteur de transmission de la maladie. Donc, la santé au sens global ne peut plus être quelque chose qu’on peut prendre à la légère.                                                         La troisième,  c’est que les circuits économiques sont perturbés désormais. Il y a énormément des choses qui vont changer. Nous qui sommes principalement exportateurs de matière première, nous devons revoir notre stratégie de fonds en comble. Je prends des cas où certains pays commencent à s’auto-souciés. La RDC est en train de réfléchir. Elle produit du cobalt. Tout les pays doivent réfléchir. Également au niveau africain, il est essentiel que nous puissions développer des capacités ensemble. Et en cela, je salue les initiatives qui ont été prises par l’Union Africaine déjà au niveau des chefs d’Etat. Je sais que la Cedeao, la Communauté économique panafricaine tiendra ces jours-ci un débat sur l’après Covid. Et je suis en train d’y apporter une certaine contribution la dessus. Il faut retenir que les virus sont cycliques. On a eu le Covid-19, et il peut malheureusement en avoir un autre.   Et la façon dont nous utilisons la nature va davantage la conduire à réagir. Si nous détruisons notre écosystème. Nous ne donnons pas de place aux sauve-souris, aux abeilles, aux oiseaux…Ils vont sortir d’une autre façon en détruisant la sphère dans lequel nous vivons. Les gens comprennent mal que la destruction extrême de l’écosystème a pour conséquence l’émergence de toutes ces épidémies qui sont des réactions de la nature par rapport à notre façon de faire. Donc, dans notre pays qui est un réservoir de l’eau, des ressources forestières bref tout un ensemble d’écosystème, nous devons le gérer pour que notre pays soit un pays d’attraction. Un  havre de paix et non pas un pays qui puisse subir des fléaux causés ailleurs.

Pour répondre à la crise générale du Covid-19, le conseil d’administration du fond monétaire international a approuvé un allègement de la dette immédiate pour 25 pays  parmi les plus pauvres et les plus vulnérables disent-ils dont une majorité sont des pays africains. Qu’est-ce que cela pourrait changer dans la lutte ?

Écoutez ! Les sommes sont variées d’un pays à l’autre. Les sommes accordées varient souvent selon les performances économiques des pays. Nous avons  à peu près prêt entre 15 à 20 millions de $ si mes chiffres sont exacts. Alors C’est  bon ! Mais, pas suffisant. Le gros viendra de chez nous d’abord. J’ai lu ce matin la tribune que le chef de l’État a publié dans un journal électronique d’information où il dit  que la Guinée va travailler de conserve avec les autres nations pour que nous puissions juguler ces fléaux. C’est une bonne chose, la Guinée devra venir avec ses propositions. Mais, ce que je peux dire au-delà de ça, c’est que le font monétaire et la banque mondiale ça part d’abord de ce que vous êtes .Un pays comme l’Algérie a refusé l’aide du fond monétaire. Il y a d’autres pays qui ont décidé de ne pas s’endetter  davantage. Si c’est un don c’est important mais si c’est un allègement sachons bien qu’il faut le payer après. C’est-à-dire il faut davantage améliorer notre façon de dépenser, notre façon d’utiliser notre argent pour qu’au moins, quand ça viendra, le moment de payer, ça trouve que nous avons  suffisamment d’économie pour ne pas qu’on reste encore dans le restreint.

Si on vous demandait est ce que c’est nécessaire de mettre à contribution des  tradipraticiens dans la lutte. Pensez-vous que c’est une bonne démarche ?

Absolument. Mais pas de manière aveugle, vous savez que nos tradipraticiens, comme nos médecins, comme dans tout y a du bon et du mauvais. Quand je dis qu’il faut faire attention, c’est face aux faux médicaments. Quand je dis faux médicaments, je ne parle pas de tout le monde. J’ai fait la connaissance d’un jeune qui vend du miel raffiné dans une société à Nongo. Il a fait les études d’apiculture au Maroc.  Il a créé sa société ici qui est extraordinaire. Parlant du types de miel qu’on fabrique chez nous et qu’on récolte ici il me dit ceci « Mais, si vous prenez une bouteille de miel sur le marché  est-ce que vous savez qu’une bonne partie est composée de faux ? «. Donc Rien ne vous dit que  tous les  tradipraticiens sont bons. Quand j’entends quelqu’un dire qu’il peut guérir des maux d’yeux jusqu’à l’hémorroïde en passant par tout et tout. Écoutez ! Moi je ne suis pas médecin mais  je me réserve. Si je prends quelqu’un comme le professeur Karamo  Kourouma (paix à son âme) qui est un excellent botanicien. Qui a fait l’analyse de toutes les plantes et une bonne partie des plantes médicinales en Guinée. Il les a classifiées et a indiqué ce qu’on doit extraire. Voilà une base sur laquelle on peut  vraiment faire une référence des tradipraticiens. Pour valoriser notre potentiel végétal botanique pour que nous puissions proposer des choses qui soient extrêmement valable. La preuve c’est qu’on exporte le quinquelibat et vous savez que le quinqueliba est extrêmement cher au Japon. Donc, les Guinéens qui l’ont exporté sous forme bien conditionnée et bien emballée  se sont rendu compte. Pourquoi ceci est bien conçu là bas ?  Sans que nous ne contribuons à  en tirer le principe en pharmacie, le valoriser et en faire une référence mondiale. Donc, il Ya beaucoup de possibilité chez nous.                     Moi,  j’encourage vraiment nos autorités médicales à organiser davantage la médecine traditionnelle pour en tirer le meilleur. Et c’est pour cela que je disais que l’après Covid-19, rien ne sera plus comme avant. On doit  développer toutes les capacités, les ressources internes,  innovatrices et créatrices.

 L’ARTHEMISIA en Guinée, son utilisation dans le traitement qu’est-ce ce que vous en pensez ?

Rendons à César ce qui est à César. Le  fait que le conseil scientifique se soit emparé d’une telle opportunité est déjà à saluer. Donc, attendons de voir ce qu’il va en faire et nous orienter. Il n’appartient pas à un profane comme moi de dire comment j’apprécie. Ce que j’apprécie, je l’ai dit dans mon papier. Toutes les capacités innovatrices et créatrices sont à encourager mais également chercher à valoriser avant de les mettre à la disposition du public.

Il y  a aussi des gens qui s’interrogent. Le confinement, le couvre feu, toutes ces interdictions n’ont pas freiné la propagation rapide de la flambée de coronavirus. Est-ce  que vous pensez pour le moment qu’il est temps de changer de stratégie ou bien il faut continuer sur cette lancée ? La fermeture des mosquées et églises en l’occurrence entre autre…

Moi ma crainte est que, quand j’avais suivi dans le temps que l’ANSS disait qu’il y avait énormément de cas de contact qui ont disparu et qu’elle n’arrivait pas à situer, je me suis inquiété. Ces personnes développaient beaucoup de cas positifs. Par la suite, que la propagation dans la cité soit encore plus importante que celle qu’on connait et celle qu’ont révèle aujourd’hui. C’est en cela que tester est le meilleur moyen d’abord. Il faut tester en masse pour détecter le nombre potentiel qu’on a. J’ai fait un rapport rapide dans mon papier. J’ai vu que le taux de guérison est de 95%, mais si on ne teste pas pour identifier les gens, on ne pourra pas les soigner et si on laisse la contamination aller de manière exponentielle, nous nous exposons tous.

Tout le monde aura peur de tout le monde et ça deviendra encore une autre psychose qui est encore plus dangereuse que la maladie. C’est en cela que l’ensemble des mesures de gestes barrières  sont essentiels mais à condition qu’on se mette dans un ordre donné. Dans certains pays, comme ils n’avaient pas de masques, ils n’avaient pas de moyens, ils ont mis  les gens d’abord en quarantaine de façon à ce qu’on puisse équiper les hôpitaux  pour qu’ensuite on puisse  les traités. Moi je suis pour le principe réellement que les Guinéens soient pour une fois vraiment citoyens. Qu’on puisse mettre de côté nos défiances vis-à-vis de l’autorité. Que nous puissions savoir que  la maladie là n’appartient à aucun parti politique, à aucun syndicat, à aucune ethnie.

Propos transcrits  par Abdul Karim Barry et Aïssatou Diallo pour couleurguinee.info