C’est quoi le rassemblement ? Selon le dictionnaire c’est l’Union en vue d’une action commune

Depuis 2010,  la Guinée est dirigée par un parti qui s’appelle RPG qui signifie  Rassemblement du Peuple de Guinée.  En 2010-2011, l’espoir était fort que ce parti aurait rassemblé tous les Guinéens en vue d’une action commune pour faire avancer le pays avec un leader qui avait toujours sévèrement critiqué les  gouvernances du pays depuis l’indépendance.

Le constat après près de 10 ans d’exercice du pouvoir  par ce parti et son leader semble être tout autre :

Sur le plan du rassemblement du peuple de Guinée, de ses forces et de ses énergies  nous constatons une division totale sur tous les plans avec une déchirure sans précédent du tissu social. Les Guinéens n’ont jamais été aussi divisés que sous ce régime :

Nous allons prendre quelques exemples :

Sur le plan social et du travail :

En 2010, les syndicats (CNTG, USTG, SLECG etc. ) étaient des syndicats soudés sans divisions. Aujourd’hui tous ces partenaires du gouvernement et du patronat guinéens sont profondément minés par des divisions qui auraient été créées et entretenues par le régime. Le SLEG  par exemple qui était un syndicat unique et fort des enseignants connaît aujourd’hui une division profonde qui l’a fendu en deux SLECG diamétralement opposés dans leurs comportements et leurs objectifs.

L’USTG une  importante centrale syndicale du pays s’est divisée en deux branches l’une qui se bat pour les travailleurs et l’autre qui met les bâtons  dans les roues de la première.

L’on doit se demander comment de tels  syndicats minés par la politique, l’ethnocentrisme, le régionalisme et la corruption peuvent défendre les intérêts matériels et moraux des travailleurs ?

Au niveau  des régions et des ethnies du pays :

Des  manœuvres politiques ont été mises en marche par le pouvoir pour mettre dos à dos, les unes contre les autres les ethnies du pays. C’est dans ce cadre qu’il a été créé sous l’impulsion du pouvoir dans la région de la Moyenne Guinée par exemple, des organisations comme le « Manden Djallon »,  « la Coordination du Fouta », « l’Association  des Roundés » etc… Ces organisations avaient pour objectif de regrouper toutes les communautés d’obédiences mandingues contre la Communauté peulh avec laquelle elles ont vécu sans problème depuis des temps immémoriaux dans la région.

Heureusement, ces organisations n’ont pas pu prospérer car les fils de la région toutes communautés confondues ont dressé contre elles la  coordination des Foulbhés et Haali Poular de Guinée qui regroupent l’ensemble des natifs de la région sans distinction d’ethnies. Tout récemment, c’est une autre coordination qui est créée par le pouvoir pour le Fouta dirigée par un certain Samba Diallo inconnu dans la région.

Par les mêmes manœuvres  politiques et politiciennes les régions de la basse Guinée, de la Guinée Forestière  et de la Haute Guinée connaissent aussi des divisions.

La Basse Guinée par exemple connait l’existence de deux « Kountigui » (patriarches) depuis qu’El Hadj Sekhouna Soumah intronisé par toute la région a refusé d’apporter son soutien à l’idée du troisième mandat concocté par le pouvoir qui s’est toute de suite créé un autre « Kountigui » ou   coordination en la personne de Souna Yansané. Il a aussi créé deux autres coordinations en Haute Guinée et en Guinée Forestière

En guinée Forestières où l’exacerbation de ces divisions ethniques et communautaires par la politique politicienne a été la plus aigue on a assisté à N’Zérékoré les 22 et 23 Mars 2020 à l’occasion du double scrutin législatif et référendaire, à des affrontements interethniques avec des dizaines de morts, des blessés, des dégâts matériels considérables et une déchirure encore plus profonde du tissu sociale.

Pourtant à l’arrivée du RPG au pouvoir chacune des régions naturelles n’avait qu’une seule coordination qui parlait à son nom.

L’Etat issu du RPG dont la signification est Rassemblement du Peuple de Guinée, pour mettre en œuvre ce concept,  aurait tout simplement rassemblé ces coordinations trouvées  en place en 2010 sans considération d’ethnies ou de région afin de réunir les forces pour faire avancer le pays.

⦿ La justice :

Elle est inféodée au pouvoir et agit à deux vitesses  selon surtout l’opinion politique du citoyen à juger. Ceux qui sont membres ou sympathisants du parti au pouvoir sont toujours choyés et impunis quel que soient les violations de la loi qu’ils commettent au même moment les partisans de l’autre camp sont injustement persécutés arrêtés et emprisonnés pour avoir exprimé leur opinion politique.

Il est utile de rappeler des articles de la constitution guinéenne en vigueur relatifs à la nature de notre Etat, à la discrimination raciale, ethnique et religieuse, à l’égalité de tous les citoyens devant la loi et aux devoirs du chef de  l’Etat afin de mieux éclairer l’opinion.

Titre 1er, article premier : citation « La Guinée est une République unitaire, indivisible, laïque, démocratique et social. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race, d’ethnie, de sexe, de religion et d’opinion. Elle respecte toutes les croyances. La langue officielle est le français. L’Etat assure la promotion des cultures et des langues du peuple de Guinée  »

Au regard de cet article, nous pouvons dire qu’il n’est respecté qu’au niveau peut être du sexe,  de la croyance et de la langue officielle le reste est devenu un ornement dans notre constitution. Des ethnies sont persécutées exclues de tous les rouages de l’Etat, de l’armée, des marchés publics et sont massivement assassinées dans la capitale et dans leurs régions d’origines. Elles sont victimes de nombreux dégâts matériels tout cela par des forces de sécurité qui agissent dans une impunité totale.

Titre 2, Article 8 : citation «Tous les êtres humains sont égaux devant la loi. Les hommes et les femmes ont les mêmes droits. Nul ne doit être privilégié ou désavantagé en raison de son sexe, de sa naissance, de sa race, de son ethnie, de sa langue, de ses croyances et de ses opinions politiques, philosophiques ou religieuses. 

En guinée l’ethnie et la région, la corruption et petit copain sont devenues sous ce régime, l’outil privilégié de travail  au détriment de la loi, de la connaissance et de la compétence. Les nominations à tous les postes se font sur des bases ethniques, régionalistes, politiques et corruptives contrairement au contenu de cet article. Et puisque ceux qui sont nommés à des hauts postes de l’Etat ne pensent chacun, qu’à sa famille, sa communauté, à sa région ou souvent d’ailleurs à sa seule préfecture, il y a plusieurs préfectures qui, depuis 2011 sont abandonnées à elles–mêmes et ne bénéficient pas des investissements de l’Etat. Quand dans une Guinée qui compte quatre régions naturelles une seule se taille 19 postes ministériels sur 31 et la presque totalité des autres postes de décisions de l’Etat et des grandes sociétés, il va s’en dire que nous aurons beaucoup de lésés et de frustrés mécontents de voir le clan des privilégiés nager dans l’opulence au moment où eux ils tirent le diable par la queue.

Titre III, sous-titre I, article 45 : « Le Président de la République est le chef de l’Etat. Il veille au respect de la constitution, des engagements internationaux, des lois et des décisions de justice. Il incarne l’unité nationale. Le Président de la République est au-dessus des partis politiques ».

Ici c’est la vraie catastrophe car notre président « professeur de droit » de son état est le champion en violation de la constitution et des lois de notre pays. Depuis dix ans qu’il est au pouvoir il n’a pas voulu mettre en place la Haute cour de justice sensée le juger lui et ses ministres en cas de violation de la loi, c’est pourquoi ils sont tous au – dessus des lois du pays et sont intouchables. Depuis dix ans qu’il est au pouvoir, il préside le RPG alors que cet article lui demande d’être au- dessus des partis politiques.

L’histoire  de notre beau pays ces cinquante dernières années a notamment enregistré des déclarations d’intention qui ont stimulé les sentiments patriotiques et de fierté nationale et suscité les espoirs de notre peuple en des lendemains meilleurs. Mais ces espoirs ont été très vite déçus du fait notamment de la démagogie, de la politique politicienne, de la mise en avant de la médiocrité, de l’ethnie, du régionalisme, du clientélisme,  de la corruption, de l’absence d’une justice équitable et à visage humain, de la dégradation souvent voulue des mœurs, de la désacralisation de nos valeurs ancestrales  les plus positives, de l’exclusion ainsi que de la stigmatisation de certaines communautés par des gouvernants en mal de légitimité. Il en fut ainsi dans un contexte de dictatures successives – osons le dire – ô combien répressives et souvent sanguinaires!

Sur le plan de la répartition des investissements à travers le pays il y a une injustice criarde :

Prenons quelques exemples :

⦿ Les fêtes tournantes de l’indépendance : des investissements ont été faits par notre Etat dans les quatre régions naturelles  du pays  là  l’injustice vous saute aux yeux dès que vous passez à la comparaison des montants investis par région naturelle. Et si vous observez la nature des  infrastructures réalisés ou rénovées, dans une certaine région, la priorité a été accordée aux édifices devant    abriter les forces de répression pardon de sécurité.

⦿ Les infrastructures routières : l’inégalité entre les régions est de taille. Des régions sont dans un abandon total depuis 2011 et ont même vu leur projets initiés et mis en route par les régimes précédents bloqués dans les tiroirs malgré la volonté des bailleurs de fonds de les financer.

En 2018 par exemple sur 860 km de routes et de voiries urbaines dont les premières pierres ont été posées à travers le pays il n’a été proposé pour toute la région de  la moyenne Guinée que  43, 6 km de voieries urbaines dans trois de ses villes au moment où des travaux  de centaines de km de routes inter-préfectorales, des dizaines d’ouvrages de franchissement et des dizaines de km de voierie urbaines étaient lancés dans la région favorisée.

A tout cela le régime de notre professeur a ajouté cette question de nouvelle constitution et de troisième mandat qui a encore  divisé plus profondément les guinéens  sur les plans politique et ethnique avec des cortèges de morts, de blessés, de dégâts matériels, d’arrestations, de kidnappings et de frustrations inoubliables sous des intimidations,  de la corruption et la répression sans précédent contre la majorité de la population qui a exprimé une opinion contraire à la volonté du pouvoir.

La question qu’on est en droit de se poser c’est si avec de telles méthodes de diriger la Guinée, le RPG a réussi ou réussira à réaliser sa signification de  Rassemblement du Peuple de Guinée quand on sait qu’un adage de chez nous dit que si la chose commune est mal repartie, elle divise toujours  ceux qui l’ont en commun.

                                                                                                                                        Par El Hadj Ibrahima Diallo