Malgré les prévisions ignares des Institutions Internationales, le continent africain reste moins touché jusqu’ici par la pandémie de Coronavirus qui a complètement remis en cause le système sanitaire occidental qui était considéré jusque-là comme étant une alternative sur ce plan. Les statistiques dégagés par les Institutions compétentes en la matière révèlent que la propagation de la maladie est non seulement beaucoup plus lente que dans la plupart des autres régions du monde, mais le nombre de décès y est aussi nettement plus réduit qu’on le pensait.

Si le respect des gestes barrières a limité l’augmentation fulgurante des nombres des cas positifs face à un échantillon très grand des personnes testées, l’idée d’un confinement total n’a pas été émis en raison du mode de fonctionnement de nos économies qui sont purement et simplement informelles.

Quelques constats après l’application des mesures de durcissement :

A la lecture de la littérature économique africaine sur la Covi-19, l’on constate aisément que nombreux sont les exemples qui montrent de façon claire et précise que la répression policière n’a presque jamais réussi à stopper les activités frauduleuses durant cette pandémie.

Au contraire, le confinement de certaines capitales africaines considérées comme épicentre de la maladie a rendu très lucratives certaines activités clandestines comme le transport frauduleux de personnes et des marchandises. En effet, des nombreux sont les chauffeurs de taxis, d’opportunité des propriétaires de voitures personnelles qui empruntent des chemins détournés ou des motos clandestines pour contourner les barrages mis en place par les autorités de la police routière pour la circonstance.

Dans le même sillage, les populations ont pu bravé l’interdiction d’attroupements pour aller dans les marchés à ciel ouvert et cela dans le non-respect des gestes barrières, mais aussi dans les cérémonies familiales notamment mariages, les baptêmes, ou encore les décès…

Prise de décisions plus ou moins rationnelles au regard du secteur informel :  

La particularité du secteur informel réside dans le fait qu’il ne comporte que des activités opérant en dehors du système légal, sur lesquelles d’ailleurs, l’Etat n’a ni de contrôle ni d’informations statistiques fiables.

Et pourtant, ses implications sont très fortes sur les opportunités d’emplois, de productivité, des recettes fiscales et de croissance économique. Selon une étude menée en 2017 par le Professeur Aly M’Baye de l’UCAD, le secteur informel représente plus de 50% de la valeur ajoutée globale des pays de l’Afrique de l’ouest.

C’est pourquoi nos autorités n’ont pas opté pour un confinement total à l’image de l’occident car, toute mesure allant dans ce sens allait entrainer forcément une forte contraction, voire un arrêt total d’une bonne partie des activités productives de nos pays. Ce qui n’est pas sans poser un certain nombre de risques notamment le chômage des jeunes mais aussi et surtout la hausse des prix des produits qui risque de favoriser à son tour des remous sociaux. La récession serait inévitable dans ce cas de figure en raison de la réduction des recettes fiscales et celle du PIB qui en résulterait.

L’informel comme alternative en matière de création d’emploi : 

Mis à part la promotion du partenariat public-privé ou encore la relance des Investissement Directs Etrangers (IDE), l’accompagnement du secteur informel risque d’être à notre avis, une solution pérenne à la relance de nos économies post-covid-19 surtout qu’il représente une part importante de nos activités. Vouloir l’interdire risque de mettre fin au fonctionnement normal de nos économies.

Le graphique ci-dessous montre que le secteur informel emploie plus de main d’ouvre qu’au secteur formel public privé réunis.

 

 

Source : Stephen Golub and Faraz Hayat

Employment, unemployment, and underemployment in Africa WIDER Working Paper 2014/014. © DR.

Ceci trouve son explication dans la faiblesse de l’État à trouver les voies et moyens pour contrecarrer l’évolution du secteur informel par rapport à celui formel qui est soumis à plus de contraintes.

De plus, dans plupart des Etats de la sous-région, les populations vivent au quotidien. Ce qui dénote l’aggravation sans précédent de l’Indice Général de la Pauvreté de ces pays. Le tableau ci-dessous illustre que la proportion des individus qui sont au chômage ou en emplois vulnérables dépasse les 80 % dans la plupart des pays de la CEDEAO.

 

Source: Etude de la Banque africaine de développement « Marché du travail et emploi en Afrique de l’Ouest », réalisée par le Pr. Aly M’baye et al.

En se focalisant uniquement sur le cas guinéen, l’on se rend compte que 66,3% de la population active, sont exposés au chômage et à des emplois vulnérables. Ceci relance le débat autour du chômage guinéen. C’est pourquoi, nous avions estimé dans une récente tribune portant sur le chômage en Guinée, que les perspectives et le modèle de développement économique, social et politique des décennies prochaines dépendront notamment de notre aptitude à créer un nombre suffisant d’emplois décents, susceptible de réduire le chômage et la pauvreté. De nos jours, s’attaquer à la problématique du chômage semble être indispensable en République de Guinée car, les jeunes sont les plus concernés par ce phénomène. Ils sont soit sans emploi, soit cantonnés dans des emplois très peu rémunérés, voire pas du tout rémunérés, appartenant souvent au secteur de l’économie informelle où les heures et les conditions de travail sont inacceptables…

Quelques solutions pour bien encadrer les activités informelles :

Nous ne saurons terminer cette analyse sans pour autant proposer quelques pistes de solutions comme tout africain soucieux du bien-être de notre sous-région qui selon notre avis semblent être adéquates pour le bon fonctionnement de nos économies :

Pour notre part, ces solutions passeront avant tout d’abord par l’identification de ces acteurs, puis leur accompagnement en facilitant leur accès aux financements de leur activité afin de leur permettre de les développer dans le respect des règles de l’art. De plus, les Etats pourront percevoir des taxes au fur et à mesure que ces activités produiront des revenus.

Toujours dans le cadre de l’accompagnement, les Etats pourront s’ouvrir davantage aux acteurs de l’informel en leur octroyant des marchés publics et en leur accompagnant dans le cadre de leur formalisation. A ce niveau, les banques privées africaines pourraient jouer un rôle incontournable dans l’ouverture des comptes entreprises pour les gros de l’informel et professionnels pour les petits.

Une telle mesure devrait nous permettre de procéder à une transformation structurelle de nos économies dont l’essentiel des ressources est axé sur l’exportation des matières premières sur lesquels d’ailleurs nous n’avons aucun contrôle sur les variables d’ajustement notamment le prix. Cette mesure permettra à moyen et à long termes d’augmenter la résilience économique et sociale des populations africaines, tant du côté de la demande que de l’offre et offrir ainsi à nos peuples les meilleures opportunités en matière de santé, d’éducation, de formation mais aussi et surtout créer des opportunités d’emplois durables.

 Mamadou Safayiou DIALLO

Analyste Economique

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