Moi, je suis à l’aise car je ne me reproche rien. Le lundi 28 septembre,  moi je dormais et j’ai été réveillé à 16 heures par un appel téléphonique de la RFI qui me disait que des évènements ont eu lieu au stade et que s’il pouvait parler à un ministre. Je leur  ai dit d’appeler Tibou Kamara qui était le ministre de la communication. C’est ainsi que j’ai quitté mon domicile pour ma sécurité.

RFI m’a rappelé à 19 heures, je leur ai dit que je sais juste que, c’est une marche qui était interdite.

À 19h 30, Christophe Bouabouvier m’a dit qu’il voulait parler au président. J’ai eu chaud à ce moment et j’ai  appelé Dadis qui ne pouvait pas s’exprimer à ce moment. C’était difficile pour lui de répondre, sa voix était prise. J’ai insisté mais il m’a dit être avec le Colonel Korka Diallo et j’entendais la voix de ce dernier lui disant « Vous ne pouvez pas parler Mr. le président ». Mais j’ai insisté et finalement il a dit qu’il est prêt à s’exprimer. Il a dit je cite : « je ne contrôlais pas l’armée ».

Après cet appel, à  23 heures,  je me suis rendu au camp et là, j’ai trouvé aussi  feu  Petit Karo, Laye Condé  qui était le ministre du Tourisme, Kaba Bachir et d’autres personnes qui étaient là avec Boubacar Barry. Le président  pleurait à chaudes larmes dans le couloir et disait  cette nuit-là même qu’il démissionne «  Appelez Mandjou ! Appelez la presse ! je démissionne cette nuit là ! ». Et c’est là que Laye Condé  lui a dit : « Mr. le président, si vous démissionnez cette nuit-là même, l’armée va vous tuer ». Voilà, il faut que les gens comprennent ceci et qu’ils arrêtent de dire certaines choses.

Arrivée à Conakry, la  presse internationale et les médias locaux ont été empêchés d’accéder aux hôpitaux et à la morgue. Et c’est moi-même qui suis allé voir  le président pour l’informer de ceci. Immédiatement, il a appelé Papa Koly Kourouma et lui a dit : « Vas avec Chérif à la morgue, avec les journalistes, ils doivent voir ce qui s’est passé, et voir les blessés ». Voilà comment vous m’avez vu sur France 24 avec Papa Koly Kourouma qui était le chef de mission. Et les journalistes ont filmé. Moi, je me suis battu pour que la lumière soit faite, pour qu’on ne puisse pas occulter certaines vérités.  Que quelqu’un vienne me contredire sur ce plateau. Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent ce n’est pas mon problème.

Et s’ils font allusion à ce qui s’est passé dans la voiture, comme j’ai amené un fusil, c’est simplement parce que j’ai assisté à la rébellion en côte d’Ivoire.  Je ne rentre pas dans tous les détails. Je pense que la justice qui est là fait des enquêtes. Ils éclaireront la lanterne des guinéens le moment venu.

Parlant de cette balle reçue par Capitaine Moussa Dadis le 03 décembre

C’est une question de valeur. Les gens ont droit de connaitre ce qui s’est réellement passé ce jour du 3 décembre, c’est important. C’est ce jour que je me suis exprimé de 18h à 9h du matin, sans fermer les yeux, partout avec toute la presse du monde. D’abord, le 3 décembre, j’étais à Abidjan lorsqu’on a tiré sur le président Dadis. Donc, j’ai été appelé au téléphone, le 2 décembre, par le président Compaoré, qui m’a dit « Ecoute Chérif, je cherche à te joindre mais je n’arrive pas à te joindre sur ton numéro de Conakry. Donc, je viens de t’avoir parce que y a mon jeune frère François qui doit aller à Conakry, donc faudrait que tu sois à Conakry. « Je lui ai dit ah M. le Président, je suis arrivé hier. Ma mère était un peu souffrante, donc j’ai pris une permission d’une semaine juste pour venir voir ma mère. Je suis arrivé avant-hier, je n’ai même pas encore vu ma mère. Je ne peux pas me retourner à Conakry maintenant. Je suis permissionnaire. Mais, je peux appeler le Président pour que le Président puisse les recevoir  immédiatement. Il m’a dit « Non ! Il faut que toi-même tu sois à Conakry. J’ai dis ok ! M. le Président, je suis au gardez-vous.

Il me passe son conseiller qui me dit : «  Ecoute, il y a un vol demain. Air Ivoire qui part pour Conakry, mais le vol passe par Bamako et arrive à Conakry à 15h 45min ». J’ai dit et vous, vous arrivez à quelle heure ? ».  Il dit  à 16h, j’ai dit : «  Non, vous ne pouvez pas arriver à 16heures parce que mon vol peut faire un retard. Donc, ce qui veut dire que je ne peux pas vous recevoir à l’aéroport. Donc venez certainement vers 16h 30 ou 17heures, voilà comment est ce que le lendemain j’ai pris Air Ivoire, en passant à Bamako, Bamako – Conakry et je suis arrivé à 15h 45min. Comme j’avais du temps, je ne peux pas attendre à l’aéroport. Je suis allé directement à Novotel pour faire les réservations et j’ai appelé le directeur du garage du gouvernement, qui était en ce moment commandant David Soumah. Il est colonel maintenant. Je lui ai dis de me faire venir des véhicules à l’aéroport pour prendre les étrangers du Président. Donc, j’ai donné des instructions à David et je suis venu  à Novotel. Je me suis arrêté à la réception, j’ai pris des suites et puis quelques chambres parce qu’il m’avait dit que c’était 9 personnes. Je repartais à l’aéroport, c’est ainsi j’ai reçu un coup de fil sur mon téléphone pour me dire qu’on vient de tirer sur Dadis ! Comme j’étais avec mes hommes, j’ai dit qui a tiré sur Dadis ? Il était où ? Qu’est ce qui s’est passé ?  Donc j’ai appelé son jeune frère Jack, qui m’a dit qu’il n’est pas informé, qu’il ne sait pas ce qui se passe et qu’il n’est pas au camp il est sorti.

Après, j’ai reçu un autre coup de fil qui me confirmait qu’ils ont effectivement tiré sur le Président. Donc, j’ai gardé mon sang froid, quand je suis arrivé à l’aéroport, j’ai vu l’avion personnel du Président Compaoré qui atterrissait,  j’ai reçu son jeune frère et d’autres personnes. J’ai demandé au commandant du salon VIP, Colonel Kémo, je lui ai dit  mon Colonel, je suis obligé de prendre les  étrangers, je ne passerais pas au salon VIP, je les prendrais directement, donc je vous laisse les passeports mais moi je vais avec les étrangers et j’ai dit après vous déposez les passeports à Novotel. Donc, j’ai pris les étrangers sur le tarmac et nous sommes allés. Mais, en venant, j’ai vu que les véhicules roulaient en sens inverse. Arrivé au camp Samory, j’ai vu qu’ils ont mis des barrages. J’ai vu quelqu’un que je connaissais,  un militaire d’accès, quand il m’a vu, il me dit : «  M. le ministre, continuez, quittez ici. Donc, je suis allé, en ce moment, personne ne sait ce qui se passe même les étrangers. Je les ai logés dans les différentes chambres et je suis descendu avec Moustapha Safi. C’est là que je l’ai informé qu’ils ont tiré sur le président et que j’ai la confirmation. Mais on me dit qu’il n’est pas mort. Il m’a dit, c’est Toumba qui a tiré sur lui ? J’ai dit oui ! Il dit comment tu as su c’est lui ? J’ai dit on en parlera. Et mes hommes m’ont dit : «  M. le ministre, on est obligé de vous sécuriser. Vous devez quitter ici. Je leur ai dit non ! Je vais rester avec mes étrangers. Ils m’ont dit non il faut qu’on aille ailleurs, on va vous sécuriser. C’est ainsi que nous sommes allés, je me suis sécurisé et je suis resté en contact permanent au téléphone avec Papa Koly Kourouma. Après Kelety Faro est venu faire une déclaration à la télé.

C’est là que j’ai attendu 19heures pour m’exprimer sur les ondes de RFI. J’ai dit effectivement, ils ont tiré sur le président, et nous sommes en conclave au camp Alpha Yaya Diallo avec les différents Chefs d’Etat-major des différents corps d’armées. J’ai commencé à communiquer. Mais, demandez aux différents chefs d’état major qui sont encore là-bas qui sont en service comme Baldé, comme mon ami Alpha Ousmane Diallo qui est inspecteur général des(…) des armées. On était tous là. Dadis a marché. Il est descendu de la voiture, il a marché monter dans l’avion. Je vous mets à l’aise parce que je suis d’autant plus à l’aise. J’ai communiqué par le patriotisme pour calmer la situation. Y a des guinéens qui étaient là-bas qui sont venus m’aider quand je sortais comme Tibou Camara comme Boubacar Barry qui m’a donné de l’argent pour que quand je dois rentrer, je rentre. Soyons sérieux ! Dadis et moi, c’est un problème de fraternité, de sang et de respect mutuel entre lui et moi….

Pourquoi après sa convalescence, au lieu de revenir à Conakry on l’a transporté à Ouagadougou ?

Rires… C’est ça la politique ! Au moment où Dadis quittait le Maroc pour Ouagadougou, il ne pensait pas qu’il partait à Ouaga, parce que la destination c’était CONAKRY et l’avion était destiné à Ouaga. Quand il arrivait à Ouagadougou, il s’est dit non ! Qu’il veut aller à Conakry. Il a fallu que le président Compaoré lui-même se déplace pour venir le chercher à l’aéroport, pour dire allons. C’est ainsi que le Général Konaté, Cécé Loua et moi, on a décidé de nous rendre à Abidjan, on avait demandé un avion. J’étais obligé d’appeler le protocole  du président de la Côte d’Ivoire pour qu’il demande au président Gbagbo de mettre son avion à notre disposition pour qu’on puisse nous transporter à Ouaga. Et c’est le président Gbagbo qui nous a envoyé l’avion.

Qui a empêché l’atterrissage de cet avion à Conakry ?

Il affirme qu’il s’est toujours demandé à qui a profité le 28 septembre ? Est-ce que ça a profité à Dadis ? C’est ça le problème !

Si Dadis ne vient pas à Conakry, ça profite à qui ? Il y a toujours une question qu’on se pose.

Donc posez-vous la même question. Moi, je ne réponds pas à cette question !

Louda Fogo Baldé pour couleurguinee.info