Le 28 septembre 2009, des Guinéens ont investi le stade du 28 septembre pour s’opposer à la candidature de Capitaine Moussa Dadis Camara qui menaçait de prendre le pouvoir si les opposants ne mettent pas de l’eau dans leur vin. La manifestation pacifique s’est transformée en une scène tragique faite de viols, de sangs et autres atrocités.

Ce 28 septembre 2020, 11 ans après, les victimes et parents des victimes ont commémoré ce triste anniversaire ce lundi. Depuis,  justice n’a toujours pas été rendue aux victimes. Ce lundi, dans un réceptif hôtelier de Conakry, des témoignages émouvants de femmes violées, d’hommes martyrisés, blessés ont été entendus. Des acteurs de défense des droits de l’homme ont dénoncé ce qu’ils appellent un manque de volonté politique du gouvernement de s’intéresser à ce dossier.

Madame Asmaou Diallo, la Présidente de l’Association des Victimes et parents des victimes du 28 septembre ont réclamé un procès équitable. Les femmes violées qui subissent toutes sortes de ségrégations, d’humiliation et de stigmatisation dans leur milieu de vie demandent réparation. Peu avant la cérémonie, dans des radios de la place, des responsables des associations qui œuvrent pour le procès de ce massacre se sont exprimés.

Me Hamidou Barry, président de la Coalition Guinéenne pour la CPI et membre du Collectif des victimes du 28 septembre a fait un appel au Président Alpha Condé

« À son excellence Monsieur le président de la République en attendant l’ouverture du procès, ma demande c’est d’allouer une indemnisation provisoire aux victimes démunis » a-t-il dit

L’information sur l’ouverture du procès  a été clôturée depuis le 25 juin 2019 poursuit ce membre des avocats du collectif de ces victimes. Il estime que dans les conditions normales, après la présidentielle du 18 octobre, le procès pourra s’ouvrir vers le mois de février 2021.

Les crimes de masse sont difficiles à juger ajoute cet avocat. Mais, il sollicite que le procès se tienne en Guinée. Et pour cause ?

« Si on envoie le dossier à la CPI, ça va encore prendre 10 ans, 15 ans même donc on fera 25 ans dans cette affaire. Il n’est pas facile de juger les crimes de masse. On a vu l’affaire Hissen Habré, c’est après 20 ans que l’affaire s’est tenue à Dakar… » Explique-t-il

Abdoul Gadiri Diallo président de l’Organisations Guinéen de défenses des droits de l’homme et du citoyen OGDH a aussi sa lecture de ce dossier

« Ces derniers temps, nous nous rendons compte qu’il y a une volonté manifeste de ne pas organiser le procès même si des discours assez lénifiants sont en train d’être présentés pour donner l’impression qu’il y aurait eu un procès… Entre 2010 et aujourd’hui il y a eu beaucoup de crimes qui sont restés impunis ? Nous sommes très perplexes » indique-t-il

Cet acteur de la société civile voit le départ permanent des ministres de la justice et garde des sceaux comme un blocage dans le processus d’ouverture du procès.

« Avec l’ex ministre Cheick Sacko, il y avait eu un certain nombre d’actes qui ont été posés et qui nous avaient donné l’impression que la diligence allait suivre. À l’arrivée de son successeur, on nous a avancé des arguments qui n’étaient plus sûrs qu’on a entendus par le passé. On nous a invoqué le besoin de construire un siège pour pouvoir abriter le procès et qu’il fallait assurer la formation des magistrats qui devaient conduire le procès…Malheureusement ça n’a pas pu se réaliser à cause de Covid-19. Arrive l’actuel ministre qui nous avance le principe de la territorialité pour dire que le plus judicieux serait de faire le procès à Dixinn (…) Nous sommes dans un débat ou chaque fois qu’un nouveau ministre arrive, il pose un programme qui met en cause ce qui a été déjà fait. Donc, c’est dire que l’état guinéens est dans le dilatoire » déplore-t-il

          Par Abdul Karim Barry Pour couleurguinee.info