« Quand on est arrivé, ils nous avaient dit qu’ils allaient se rendre dans les différentes familles pour essayer de voir comment ça se passe. Mais jusque-là rien » propos ce mardi de Moussa Yéro Bah, consœur du groupe Hadafo medias. De son lit de malade, elle a bien voulu répondre aux questions de nos confrères de « Œil de Lynx » de la radio Lynx Fm. Lisez ci-dessous l’intégralité de cette interview

Comment vous vous portez  là où vous êtes, les conditions d’hospitalisation ?

Je me sens bien parce que, vous savez, il y a des personnes asymptomatiques, qui ne présentent pas de signes. Et moi, d’habitude, je suis tout le temps grippée. Ce qui fait que certainement, je ne sais pas, je n’ai pas pu faire la différence : Est-ce que c’est la grippe habituelle ou bien, c’est le Covid-19.
La seule chose que je sens aujourd’hui, est que je ne sens rien, est-ce que c’est lié à la grippe ou quoi ? Je ne le  sais pas. Mais ici, ça va par rapport aux conditions d’hospitalisation. Même si les choses ont du mal à se mettre en place côté hygiène. Par exemple, le nettoyage et tout, quelques fois, il faut demander. Il faut insister mais ça va en général.

Nous qui sommes là avec nos confrères, nos collègues, nous essayons de gérer les choses. Nous n’attendons pas que les gens viennent. Nous demandons et nous insistons. Ce qui m’a touché, hier c’est l’arrivée de Boubacar Sanso. Vous savez, notre confrère qui est normalement un handicapé moteur, il a besoin vraiment d’être dans un milieu très simple, propre, parce qu’il ne tient pas sur ses deux jambes. Et le soir, je suis passée dans sa cabine qu’il partage avec Oury de Gangan, ce n’était pas très jolie parce qu’il faudrait que les services d’hygiènes y passent régulièrement, vu que lui il est obligé d’utiliser soit sa poussette parfois  à même  le sol.
De l’autre côté, pour la prise en charge médicale, nous recevons trois visites quotidiennes. Même si quelques fois, quelques visites sont tardives. Hier par exemple, moi je me suis couchée sans recevoir la dernière visite. Parce que je ne pouvais pas attendre. Il était presque minuit. Sinon, les jeunes qui sont là, les médecins, les infirmiers, Ils font du mieux qu’ils peuvent. Mais, on sent une certaine désorganisation. Peut-être un débordement. Je ne sais pas, c’est dû à quoi. Est-ce que c’est au sommet que ce n’est pas bien organisé ou pas ?

Mais, ils font du mieux qu’ils peuvent, surtout ceux qui sont sur le front, les médecins, les  aides-soignants, le professionnel de santé. Je pense qu’il faut saluer leur travail, mais on devrait avoir plus d’organisation.

Concrètement qu’est-ce qu’on vous donne là-bas comme médicament ?

Cela dépend du patient. Moi par exemple, c’est du curame 500 que je prends, c’est un mélange d’antibiotique. Vu que je suis en état de famille avancé. Mais, pour les confrères, je crois c’est de la chloroquine associée à de l’azithronoquine, ça dépend du patient bien entendu.

Est-ce que vous sentez une amélioration ?

Moi, mon  problème, je n’ai pas présenté de signes. Je prends des produits, juste parce que je suppose que c’est pour éviter une surinfection, à supposer qu’il y ait déjà le virus dans mon corps. Je suppose que c’est pour cela on me donne, sinon à part cela je n’ai pas d’autres soucis, je dors bien, je mange. C’est Mohamed Mara et Aboubacar Diallo qui ont été un peu secoués, qui ont eu besoin, parfois de sérum. Hier nuit, Mara n’était pas du tout bien. Mais, je pense que ça devrait aller. Il a fallu qu’on lui place un sérum et Aboubacar Diallo aussi se remet peu à peu. Pour le reste, Oury et Mognouma ça va et il y a Sanso et le jeune de Nostalgie qui nous ont  rejoint.

Est ce qu’on vous a signifié un délai pour vous garder là-bas, compte tenu de votre état. Est-ce possible de poursuivre votre convalescence chez vous ?

Le jour qu’on m’a informée (parce-que  nous avons fait le test mardi), je n’ai été informée que le jeudi soir. J’ai fait  le journal ce jour. J’ai titré avec les statistiques sans savoir que je faisais partie de ces statistiques-là (rires), disons que c’est quand je suis rentrée à la maison à 20 heures, l’un de mes collègues, Moussa Moise m’a appelée pour me dire que les résultats ont été donnés et que j’ai été testée positive, j’ai dit  « mais, non ! Ça peut pas être possible je ne récents rien. On me dit non qu’il y a des personnes qui sont asymptomatiques, qui peuvent avoir le virus sans le savoir.
Je suis venue le lendemain, avec ma voiture. Je suis arrivée ici dans l’intention de demander si je pouvais rester à la maison éventuellement, m’auto confinée, parce-que je ne présentais pas de signes. Ils m’ont dit que mon test s’est avéré positif, donc il faudrait qu’on m’hospitalise. Je n’ai pas voulu en faire un scandale, de toutes les façons vu que je me portais bien. Je me suis pliée à ce qu’ils m’ont dit. Mes collègues et les autres confrères, nous ont rejoints plus-tard notamment Aboubacar Diallo, Oury de Gangan et Mognouma. Mara n’est venu que le lendemain.
Ce qui est inquiétant aussi, c’est surtout la disponibilité des résultats. Au début, on nous disait quand vous faites le test, normalement 6 heures après, on devrait vous communiquer les résultats. Moi, je suis restée mardi, mercredi, c’est seulement jeudi soir à 20 heures qu’on m’appelle pour me dire que « oui »  j’étais positive. Donc ça joue un peu sur le mental des gens et je pense qu’il faut donner une date précise par rapport à la communication des résultats. Mara par exemple, c’est plusieurs jours après, que lui aussi, il a eu ses résultats c’est un peu compliqué.

Alors concrètement comment cela est arrivé à Hadafo Médias ?

Vous savez, nous on ne peut pas le savoir. Le covid-19, tu ne sais jamais où est ce que tu peux le ramasser, au marché, à travers un ami, on ne peut pas le savoir. De toutes les façons, tout est partie du dépistage de Hadja Rabiatou Serah Diallo. Vous savez que beaucoup de journalistes sont partis couvrir cette activité. Mais, tous ces 3 jeunes qui ont couvert cette activité ont été testés négatifs, notamment le cadreur, le journaliste d’espace TV et celui de Kalak Radio. Maintenant, après cela nous, on s’est dit, vu que nous recevions encore des invités dans les grandes gueules, l’équipe devait se faire dépister et surtout quand on a parlé du ministre Naité.
On est venu, toute  l’équipe, s’est faite dépister, mais il se trouvait que Diallo et Mara étaient souffrants à l’époque et donc, on est venu se faire dépister finalement c’est Aboubacar Diallo, Mara et moi qui avons été testés positifs parce que nous sommes dans l’équipe B du jeudi et vendredi.
Et heureusement, il y en a des membres de cette équipe qui ont été testés négatifs, ce n’est pas tout le monde qui s’est retrouvé ici.

Quels sont vos contacts avec votre famille ?

Je parle avec eux au téléphone, normalement nous on a fait penser que nos familles devaient  automatiquement être dépistées, mais bon ! l’ANSS, quand on n’est arrivé, ils nous avaient dit qu’ils allaient se rendre dans les différentes familles pour essayer de voir comment ça se passe mais jusque-là rien. Il a fallu que nous-mêmes, nous prenions des services de certaines agences de nettoyage pour aller désinfecter nos domiciles en attendant. Jusqu’à présent, personne ne s’est rendue en famille. Nous observons et la famille est là ça va. Les gens sont à la maison, on aimerait bien que l’agence parte vers les familles pour savoir ce qu’il en est.

Personne n’a présenté encore  de signe ?

Non ! Personne ! Personne. Il parait que les enfants peuvent parfois résister et j’espère que ça va être le cas.
Quand j’ai su qu’on devrait être dépisté, je me suis mise à l’écart en fait. Je suis restée seule dans ma chambre. J’ai réussi à faire comprendre aux enfants qu’il fallait que je reste seule pour l’instant de façon pédagogique, ils ont compris.
C’est vrai que je sortais pour aller travailler et revenir, mais je ne me faisais pas accueillir, je disais aux enfants de ne pas s’approcher de maman et j’espère que personne ne présentera de signe.

Vous êtes en état de famille. Vous avez parlé avec votre gynéco. Est-ce que le bébé n’aura pas d’effets collatéraux ?

Je suis en contact avec mon gynécologue. Je me réfère à lui à chaque fois que c’est nécessaire. Tous les produits que je prends, selon les explications qu’on m’a donné et normalement le produit que je prends-là ne devrait avoir d’impact sur le fœtus. Pour l’heure ça va, je n’ai pas de signes extérieurs qui montrent qu’il y aurait quelque chose. Je ne sais pas à l’accouchement comment ça va se passer mais pour l’instant ça va.

Est-ce qu’il y a une petite ambiance entre les confrères et les autres malades ?

Nous sommes là, nous portons les masques. Nous respectons la distanciation parce qu’entre confrères, parfois, on est obligé d’aller voir comment vont les autres. Mais, avec le strict respect de ce qu’il faut bien entendu. Parce que, nous avons des bavettes que nous utilisons. Nous nous protégeons pour ne pas rester juste enfermé dans nos cabines respectives, parce que c’est un peu compliqué aussi de vivre à huis clos. Mais, nous nous voyons de temps à autres. Nous échangeons en mettant les bavettes et en se protégeant le corps notamment le visage.

Certains journalistes sont paniqués dans les rédactions dès qu’ils ont le rhume, alors en tant que leader d’opinion quels conseils avez-vous à donner à la corporation, aux journalistes qui sont en activités ?

Il faut comprendre ces jeunes qui sont pris de panique et qui ont peur, c’est vrai qu’on a passé le cap d’Ebola. Ebola, il n’y a pas eu de forte communication comme on est en train de le vivre aujourd’hui, parce qu’on a l’impression que c’est la pyramide renversée.
Vous avez vu avec Ebola, c’était pratiquement  le bas peuple et tous parfois on ne communiquait pas, c’est des anonymes. Mais là, ça a commencé par le sommet, par des responsables, des gens qui ont la possibilité de voyager et tout. Donc, il y a une certaine panique, vu qu’il n’y a pas suffisamment de sensibilisation pour faire comprendre aux gens que c’est un rhume. D’ailleurs, c’est un gros rhume, mais s’il est dépisté à temps, même en restant à la maison, on peut se faire soigner.
On a vu des cas de guérison par exemple au Burkina Faso, où des ministres ont fait des témoignages. Ils se sont auto-confinés en prenant juste les produits, en mangeant comme cela se doit, en faisant du sport, ils sont restés à la maison et ils ont été guéris.
Je pense qu’il ne faudrait pas paniquer, c’est vrai que c’est difficile, mais le monde ne devrait pas s’arrêter parce qu’il y a le covid-19. Il faut faire avec, mais en respectant les mesures d’hygiènes surtout nous les  journalistes.

Aujourd’hui à Hadafo, on a pris par exemples des dispositions pour couvrir les micros, pour donner des bavettes aux journalistes, des gants. Il faut respecter les mesures d’hygiènes, c’est à dire à chaque fois vous sortez, vous rentrez, il faut vous laver les mains et vous éternuer dans votre coude, vous protégez votre entourage. Respectez la distanciation en faisant une interview. Il ne faut pas trop se rapprocher de  la personne avec qui on fait l’entretien. Je pense qu’il faut faire avec et dès que vous avez des signes,  vous signalez pour ne pas que vous puissiez contaminer votre entourage.

Ce n’est pas la fin du monde, quand on est atteint du covid-19, je pense que quand c’est découvert à temps, on peut soigner la personne. Ce qui est grave, c’est de se taire, pour non seulement mettre son entourage en danger mais attendre que ça pourrisse.
Quand je dis que ça pourrisse, c’est attendre que les poumons soient atteints, ce qu’il ne faut pas faire. Mais la vie ne va pas aussi s’arrêter parce que je pense que, c’est l’une des graves crises que le monde a connues  depuis la deuxième guerre mondiale. Vous avez vu comment ça se passe dans les autres pays.
La chance qu’on a en Guinée, c’est que les cas que nous avons, les gens ne sont pas malades forcément et ils n’arrivent pas alités. Donc, quand ils sont suivis, à temps, on peut s’en sortir et puis ce qu’il faut craindre, c’est d’avoir peut-être des pathologies associées, et pour les jeunes, ça va et nous sommes dans une zone, je pense qu’on devrait pas avoir les mêmes complications que chez les autres où il y a l’hiver.

Propos transcrits et arrangés par Kadiatou Cherif Baldé, pour couleurguinee