Mamadou Safayiou Diallo, analyste économique et Moustapha Diop, Socio-anthropologue, également Enseignant Chercheur à l’université Général Lansana Conté de Sonfonia se sont prononcés ce mardi sur le plan de riposte contre le Covid-19 annoncé hier par le premier ministre Ibrahima Kassory Fofana.

L’économiste salue l’initiative, mais relève des manquements.

« Lorsque je regarde les mesures pratiquement sociales qui ont été prises par le gouvernement, je comprends par là que l’Etat prendra en charge les factures des abonnés à tarif social de l’électricité pour une durée de trois mois, pour un montant total de 456 milliards. La même chose sera appliquée pour les factures d’eau pour un montant de 24 milliards. Mais en fait, lorsque vous regardez ces deux montants, je vois déjà une disproportion énorme. De plus, la durée est très courte. À mon avis, on aurait dû dire au moins 3 mois renouvelables ou bien on essaye de contenir la maladie sur les 3 mois et qu’après les activités reprendront à bon train » relève-t-il

« De l’autre côté, vous voyez qu’on parle d’un report de 3 mois de facture d’électricité pour les petites entreprises, notamment celles qui évoluent dans le tourisme et l’hôtellerie. Pourquoi, on ne parlera pas des grandes entreprises qui d’ailleurs emploient plus. Je pense que l’Etat n’a aucune marge de manœuvre la dessus » soutient cet analyste.

Les prix des denrées l’inspirent aussi.

« S’agissant plus particulièrement du prix des denrées, l’Etat devrait tout simplement procéder à la distribution des vivres ; notamment pour les couches sociales les plus vulnérables. Si l’Etat parvenait à cela ça allait réduire la demande et les prix allaient rester intacts ».

Et ce n’est pas tout : « Une autre mesure qui m’a paru pratiquement difficile à comprendre, c’est le loyer des bâtiments qui sont bloqués d’Avril à décembre 2020. Lorsqu’on dit que c’est gelé cela voudrait dire tout simplement que le prix de loyer ne va pas monter sur la période d’Avril à Décembre ».

« J’aimerais bien voir l’applicabilité d’une telle mesure dans le cas où la plupart des personnes qui construisent les maisons et qui les mettent en location ; c’est des gens qui évoluent dans l’informel » dit-il

Parlant du transport public, cet économiste dira « À ce niveau, je pense que l’Etat aurait dû revoir à la baisse le prix de carburant à un prix minimum de 6000 francs guinéens et maintenir le prix de transport à 1500 francs guinéens » a-t-il sollicité

Quant au sociologue, Moustapha Diop, il pense que ce plan est arrivé à point nommé mais estime qu’il doit tenir compte de nos réalités « c’est un plan vraiment adapté à la situation de crise actuelle, puisque dans un premier temps, on a pensé aux mesures de sécurité sanitaire, mais ces mesures produisent des conséquences économiques et sociales. Il faut donc saluer ce plan malgré, on voit bien des difficultés de mobilité où 70 à 80% de la population travaille dans le secteur informel. Je pense qu’en Guinée pour le moment ces mesures sont plus ou moins adaptées. Le confinement n’est pas adapté à nos cultures de mobilité d’ouverture et de circulation. Faut tenir compte de nos coutumes et pratiques. Alors que le gouvernement n’est pas aller dans ce sens là »

Ce socio-anthropologue invite les autorités à prendre leurs responsabilités pour faire passer ce qu’il appelle « un seul et unique message » qui peut être relayé par l’ensemble des acteurs sociaux de manière à ce qu’il n’y ait pas de psychoses ou de rumeurs qui peuvent alimenter des réticences chez la population surtout vivant en zone communautaire.

Par Abdoul Karim Barry Pour couleurguinee.info