Par Mamady DIAWARA, ECA/ISSMV/Dalaba, Consultant en Agriculture durable, Doctorant en Nutrition-Santé, UMR Qualisud, Faculté de pharmacie, Université de Montpellier/France.

Tél.: +224622208202      E-mail: [email protected]

Dans cette période de crise sanitaire mondiale, les remèdes contre le Covid-19 apparaissent partout même sans l’intervention des laboratoires et industries pharmaceutiques. Depuis l’apparition de l’épidémie, les grandes puissances partout dans le monde ont mis à contribution les scientifiques de différentes spécialités pour une résolution rapide de la crise sanitaire qui ne tolère aucune portion de la planète.

Depuis là, aucun laboratoire n’est fermé, toutes les machines pharmaceutiques tournent 24 sur 24 pour rechercher des moyens préventifs et curatifs afin de sauver l’humanité. Partout dans le monde, les institutions internationales comme l’OMS et les ONG, ont sensibilisé, dénoncé et apporté diverses aides. Des populations dans des villes et villages ont été confinées, isolées pour des périodes dures à supporter. Des couvres-feu instaurés dans les villes. Des masques, kleenex, gants et gels hydroalcooliques se vendent désormais comme des baguettes de pain. Malgré tout, le monde enregistre régulièrement des contaminations et des décès tous les jours. En France, on est à plus de 3000 morts avec 499 morts en 24 h récemment. L’Amérique avec tout son arsenal médical prédit déjà que sa victoire serait de se retrouver avec 100.000 à 200.000 morts. Son centre pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) parlait d’1.7 millions de victimes potentielles à la mi-mars. En Chine, l’origine du terrible virus, l’heure est à la remise des cendres des victimes aux familles. Pour l’Afrique, l’OMS annonce sur certains médias que le vieux continent devrait se préparer au pire. Une déclaration qui a fait jaser plusieurs africains qui ont vu en l’OMS un prophète de malheur. C’est horrible à écouter mais c’est une institution bien avertie sur les questions de crise sanitaire. D’où l’inquiétude grandissante des populations.

 Quel remède proposé pour éviter le pire annoncé par l’OMS en Afrique notamment en Guinée?

 Toutes les institutions et organisations à l’écoute des spécialistes contre cet ennemi invisible qu’est le Covid-19, s’accordent à dire que les moyens préventives sont les meilleures possibilités d’éradication. Ils sont simples et adaptés à tous. Il s’agit d’éternuer dans le coude, laver régulièrement les mains avec les désinfectants, utiliser des kleenex ou mouchoirs à usage unique, éviter de frotter la figure avec la main, éviter les salutations par contact et rester chez soi. En plus, il faudrait également respecter d’autres mesures prises par les autorités du pays comme le confinement général des populations, la déclaration des cas suspects, etc.

Les essais cliniques Marseillais  selon lesquelles  la chloroquine serait efficace contre le Covid-19 a été accueillie en Afrique et particulièrement en Guinée comme une meilleure piste de sortie de crise.

L’éfficacité de cette molécule étant reconnue dans les pays tropicaux contre le paludisme, la population guinéenne se dit gagnante contre le Covid-19. Cette population vivant de la phytothérapie depuis des ans pense trouver tout dans la forêt et immédiatement.  D’une part oui parce que c’est la principale source médicamenteuse étant donné le faible niveau de vie et l’absence de couverture sanitaire de la part de l’État. Mais d’autre part, il est important de souligner que l’origine imaginaire de la chloroquine  dans le Neem confirmée par certains tradithérapeutes n’est conforme à aucun résultat de recherche scientifique et cela peut constituer un danger pour la population guinéenne. Partout actuellement les appels à la récolte des feuilles de Neem et de son écorce dans la capitale jusqu’au dernier village se multiplient. C’est une désinformation sur laquelle il est nécessaire d’apporter des éclaircissements pour éviter le pire dans notre pays.

Le Neem contient-il de la chloroquine?

La réponse c’est tout simplement non!

De son nom scientifique Azadirachta indica, cette plante possède plusieurs appelations en français (Neem, Margosier et Margousier). C’est une Meliaceae d’origine indienne. Le neem est une plante à croissance rapide, qui peut atteindre une hauteur de 20 mètres ou plus. Ses fruits et ses graines produisent une bonne qualité d’huile appelée l’huile de neem. Le margousier contient  l’azadirachtine mais jamais de la chloroquine. Cette molécule bioactive justifie son utilisation d’ailleurs comme pesticide. Ses feuilles, ses fleurs et son écorce font partir de son arsenal thérapeutique. Il possède bien des effets antipaludéens en plus d’autres activités biologiques mais ne contient pas de chloroquine. D’où la raison de n’est pas le détruire dans nos forêts, le long de nos rues où il sert d’ornement, dans les concessions et haies vives de protection de nos cultures. Pour l’instant les recherches scientifiques n’approuvent pas son utilisation dans le cadre de la lutte contre le Covid-19. Mieux, aucune plante médicinale n’est encore admise par l’OMS dans le traitement des personnes atteintes du coronavirus.

La chloroquine ou chloroquinine ou hydrochloroquine recommandée aujourd’hui contre le Covid-19 provient du quinquina (Cinchona officinalis). Elle est un substitut synthétique de la quinine du quinquina. Cette plante est une Rubiaceae qui contient plusieurs métabolites secondaires dont la quinine,   la quinidine, la cinchonine, cinchonidine, etc.

Il faut mentionner que la chloroquine dérivée de la quinine  a été obtenue suivant des protocoles d’extraction, de séparation, de purification et d’essais cliniques rigoureux à la portée des laboratoires possédant la paternité de cette molécule. Toutes ces démarches conduiraient à la réduction de sa toxicité mais elle n’est pas sans toxicité. D’où les recommandations des doses en fonction de l’âge, du poids, des antécédents pathologiques, etc. Certes son protocole d’utilisation contre le paludisme est simple, par contre, il n’est pas connu d’abord pour le Covid-19 puisque non validé et publié.  Les essais sont exclusivement réalisés dans les centres de traitement et par des spécialistes qui d’ailleurs signalent des effets secondaires liés à sa prise par les patients. C’est encore une discrétion. Ceci dit, il serait incohérent d’utiliser la chloroquine pour combattre le Covid-19 en mode préventive ou curative sans l’avis d’un médecin spécialiste. L’automédication peut être source de mauvaises surprises pour le pratiquant.

Dans les pays tropicaux, la chloroquine est utilisée contre le paludisme en préventif comme en curatif. Par exmple en Guinée, ses effets antipaludéens font d’elle une molécule de référence contre le paludisme à l’image de plusieurs pays africains. Même si cette biomolécule est issue du quinquina, il reste à prouver l’éfficacité des décoctions, des macérations et infusions issues de cette plante contre le Covid-19.  Aucune recherche n’est publiée de nos jours pour confirmer l’utilisation des formes médicamenteuses de cette plante contre le Covid-19. Notre médecine traditionnelle poosède t-elle des doses recommandables contre le Covid-19? Je dirai non. C’est du simple fait d’apprendre que la chloroquine serait efficace contre le Covid-19 que les spéculations circulent sur l’usage d’une plante médicinale qu’est le Neem d’ailleurs qui ne contient pas de chloroquine. Et même s’il s’agit du quinquina, il serait imprudent de le recommander contre cette pandémie. Il faut éviter l’intoxication puisque l’usage abusive du Neem pourrait provoquer des soucis d’insuffisance rénale, ce qui peut affecter le système immunitaire de l’organisme. Alors même étant bien portant, vous pouvez désormais être fragile et s’exposer par la suite au Covid-19. Il faut éviter de diffuser cette contre vérité qui ne peut avoir que des conséquences fâcheuses pour notre population. Alors, j’invite les tradithérapeutes, les jeunes entrepreneurs valorisant les plantes médicinales d’être très prudents en cette période de pandémie pour éviter le pire dans notre pays.

 

Faut-il valoriser nos plantes médicinales dès maintenant pour faire face au coronavirus?

 Cette période de crise sanitaire devrait interpeler tout le monde, gouvernement, institutions nationales de recherche, d’enseignement, classe politique, partenaires au développement pour orienter des fonds énormes vers la valorisation technique et scientifique de nos diverses agro-ressources. Il n’est de secret pour personne que la Guinée possède une immense richesse verte avec des plantes médicinales non identifiées, non classées et non caractérisées par les spécialistes. Celles connues sont peu exploitées et valorisées à cause de la faiblesse de l’expertise scientifique et des moyens techniques et technologiques. Les moyens doivent être mis à la disposition des scientifiques afin de construire et d’équiper des laboratoires pour des recherches innovantes et bénéfiques pour notre population. Certes, il est difficile d’être au rendez vous de la lutte contre le Covid-19 avec nos plantes médicinales mais on pourrait bien prévenir et guérir de multiples pathologies sévissant régulièrement dans notre pays et ailleurs dans le monde.

Pour cela, les scientifiques doivent approcher la population, les guérisseurs traditionnels, les écouter, partager des savoirs et savoir-faire et apporter des conseils pour le bien être humain. Ainsi, ils peuvent tenter d’aller au-delà des limites des tradithérapeutes. Il faut dès maintenant proposer aux décideurs  et parténaires au développement des programmes et projets pour bâtir des institutions et structures de recherche fortes permettant de valoriser nos diverses agro-ressources inexploitées.

Il est à rappeler qu’il existe en Guinée des institutions comme le centre de valorisation des plantes médicinales de Dubréka, le département de pharmacie de l’UGANC,  l’Institut Supérieur des Sciences et de Médecine Vétérinaire (ISSMV) de Dalaba et tant d’autres structures capable de mener certaines recherches scientifiques si les moyens financiers sont mis à leur disposition. Il suffit juste de les organiser en fonction des spécialités et de les équiper puisque existe déjà un bon noyau d’intellectuels ayant les connaissances avérées sur les plantes médicinales en Guinée. On pourrait également rouvrir certaines structures industrielles comme celle qui valorisait le quinquina à Macenta, où quelques 200 hectares sont aujourd’hui abandonnés dans cette préfecture. C’est ainsi qu’on pourra dès l’instant commencer à mettre les équipes de recherche à l’œuvre pour entamer un vaste programme de valorisation de nos agro-ressources à travers des techniques d’extraction des extraits de matrice végétale, de caractérisation physico-chimique et de tests d’activité biologique. Ce qui permettrait d’aller vers la production de molécules médicamenteuses avec l’appui de certains industriels partenaires ayant des expériences déjà confirmées à ailleurs. Certes tout ce boulot est énorme mais pas impossible si nous voulons être cités parmi les pays reconnus dans l’excellence professionnelle et scientifique.

Que DIEU protège la Guinée et toute l’humanité contre l’ennemi invisible. Amine