Cette année, pour les Guinéens, le ramadan est venu au mauvais moment. C’était un moment de communion, de partage dans les mosquées, dans la rue, mais aussi ce repas de rupture de jeûne qui rapproche des familles, des parents, des connaissances. Cette année, c’est différent. Pas de mosquée, pas de regroupements. Dans les conditions normales, la rupture est individuelle. Fini la rupture en groupe : la sauce du “tô” qui dégouline par ci par là, crachat et bouillie qui se côtoient, des mains pataugeant la-dans.  C’était la bonne époque. Les repas copieux dont les démunis profitaient dans les mosquées ne sont pas disponibles cette année. Coronavirus a tout torpillé. Soubhanallahi.

« Je partageais les repas avec les voisins. Chaque famille envoie son repas. On mange en groupe. Mais, cette fois ci, je ne suis pas prêt à le faire » prévient un électricien auto évoluant à Kaporo rails. Un autre vivant dans une grande cour commune du quartier Petit Simbaya, carrefour Washington n’est pas au bout de ses peines

«  Coronavirus a coupé cette beauté du ramadan qui regroupe. Aucun voisin ne souhaite plus partager de repas. Ce premier jour de ramadan, chacun dans notre cour a prié dans sa maison, a mangé dans sa maison. Toutes les portes fermées dès 19heures. C’est un choc terrible pour la communauté musulmane de Guinée » dit-il.

Madame Diallo Mariame vendeuse de produit d’élevage à Kaporo rails exprime, elle, ses inquiétudes face à la hausse des prix des denrées de premières nécessités.

« On a débuté le jeûne avec Bismillahi et nous souhaitons terminer par Alhamdoulillahi. Mais, cette année le jeûne a coïncidé avec un contexte dur. Vu que la conjoncture économique et la maladie du coronavirus sont venus s’ajouter dessus » indique-t-elle.

Gando Bah n’arrive toujours pas à digérer la fermeture des mosquées « Ce que j’ai à dire au gouvernement, c’est d’ouvrir les mosquées pour qu’on puisse implorer la grâce divine contre cette maladie » a-t-il indiqué.

Pour sa part, Boubacar Diallo ne voit pas de mal à la fermeture des mosquées, malgré la venue du ramadan.

« L’islam avait déjà évoqué ça avant que les autorités ne prennent cette décision. Le Prophète PSL a dit ceci « si une maladie contagieuse apparaît les gens n’ont qu’à s’abstenir d’aller où cette maladie se trouve. Et les gens qui s’y trouvent doivent rester sur place » soutient-il. Donc, cela prouve que ce confinement là est tiré dans l’islam. Un croyant devrait en être fier. Ce n’est pas parce que les mosquées sont fermées qu’on va dire qu’on ne peut pas implorer Dieu. Partout où tu es, tu peux prier et Dieu va accepter » prêche -t-il

Par Abdul Karim Barry pour couleurguinee