En marge de la campagne électorale, Cellou Dalein Diallo, le candidat du parti Union des Forces Démocratiques de Guinée ( UFDG) a été interviewé par nos confrères de la RFI et de France 24.  Couleurguinee vous propose l’intégralité de cet entretien

Rfi et France24 : M. Cellou Dalein Diallo, bonjour !

Cellou Dalein : Bonjour !

Rfi/ France24 : C’est votre troisième duel avec Alpha Condé. Alors vous affirmez à longueur des meetings qu’il a trahi ses promesses.  Mais, aujourd’hui en Guinée, il faut quand-même constater qu’il y a des barrages, il y a des routes, le pays a subi Ebola, subi le Covid-19. Que feriez-vous de mieux que lui ?

Cellou Dalein Diallo :  Il faut dire que même si, comme le disait le Sotikhëmo de Faranah, si vous construisez partout des châteaux, des autoroutes, des barrages, si vous semez la haine dans les cœurs des Guinéens, s’ils ne se cachent pas pour détruire ces infrastructures, leurs enfants les feront. Alpha Condé a divisé la Guinée, ça c’est le premier point noir de son bilan. Ensuite, vous avez dit qu’il y a des routes, mais il n’y a pas de routes du tout. Je viens de traverser une dizaine de villes et de villages, mais, il n’y a pas de routes du tout. Le réseau routier est laissé pour compte, il n’y a pas d’entretien, il n’y a pas eu un kilomètre de plus de route bitumée entre les préfectures depuis que monsieur Alpha Condé est là. Donc, son bilan est négatif sur tous les plans. Il a fait reculer la démocratie, il a fait reculer les droits humains dans ce pays. Je rappelle qu’il a eu plus de 203 personnes qui ont été tuées à bout portant pendant les manifestations et qui n’ont jamais eu droit à la justice. Il n’a jamais organisé à bonne date les élections. Il a fallu chaque fois que l’opposition manifeste et avec des manifestations qui ont été toujours réprimées dans le sang. Son bilan est négatif, et c’est pourquoi aujourd’hui il est rejeté même dans ses fiefs traditionnels.

Rfi /France 24 : Alors, Cellou Dalein Diallo, vous aussi vous avez un bilan. Alpha Condé vous accuse d’avoir été le Premier ministre d’un dictateur Lansana Conté pendant plus de deux ans et d’avoir été un fossoyeur de l’économie guinéenne… ?

Cellou Dalein : En 2010 c’était le même discours. En 2020 c’est le même discours. Mais il a l’opportunité de présenter son bilan au lieu de s’attaquer à un Premier ministre. Il se réserve d’attaquer le général Lansana Conté, il attaque les anciens ministres et les anciens Premiers ministres qui sont opposants, or la moitié des ministres du Général Lansana Conté sont ses collaborateurs aujourd’hui. Ceux-ci sont considérés comme des cadres vertueux, et ceux qui s’opposent à lui sont considérés comme des délinquants. Mais, il n’a jamais, rien, rien prouvé. Il n’a jamais apporté la preuve de ce qu’il affirme. Il a fait des audits, depuis qu’il est là, il ne fait que des audits, jamais il n’a pu établir la responsabilité de Cellou Dalein dans un détournement ou dans une mauvaise gestion.

Rfi / France 24 : Alors, il y a six mois, vous avez décidé de boycotter les législatives, vous avez perdu votre siège de député à cette occasion et aujourd’hui contre l’avis de vos partenaires du Front national pour la défense de la Constitution, vous allez à la présidentielle. N’est-ce pas incohérent ? Et n’allez-vous pas perdre les voix de vos amis comme Sidya Touré par exemple qui appellent au boycott ?

Cellou Dalein : Pour l’UFDG, pour ses dirigeants, pour ses militants, cette élection était une opportunité de lutter contre le troisième mandat et montrer que le peuple de Guinée est contre ce troisième mandat. Pour nous, les urnes constituent une voie jumelle de la vie pour s’opposer au troisième mandat. Nous empruntons cette voie aussi sans renoncer à l’autre voie (la rue ndlr) qui a été jusqu’à présent utilisée par le FNDC. Nous sommes conscients que le peuple de Guinée aura l’opportunité de montrer qu’il est opposé au troisième mandat en administrant un vote sanction à Monsieur Alpha Condé.

Aujourd’hui comme je l’ai dit, il est décrié partout. D’abord, parce qu’il a un bilan catastrophique auquel j’ai fait allusion, mais ensuite parce qu’il a trahi son serment, il a violé la Constitution sous laquelle il a été élu. Le peuple de Guinée n’a pas apprécié son obstination à se maintenir au pouvoir. Avec son âge, il n’a pas la capacité physique et intellectuelle d’exercer cette fonction exigeante de Président de la République. Vous l’avez vu lors de votre interview. Et puis, il vous a dit qu’il fait campagne par visioconférence.

Rfi/ France 24 : Vous dites qu’il n’est pas en état physique d’exercer la Présidence ? 

Cellou Dalein : Vous avez vu il est fatigué. Avec ses 83 ans, on ne peut plus, la fonction de Président elle est trop exigeante. Il a choisi de faire sa campagne par visioconférence, voilà parce qu’il n’a pas la capacité physique d’aller rencontrer les populations pour présenter son bilan et demander quelles sont leurs préoccupations. Donc, je pense qu’il devrait accepter de partir dignement à la retraite, et nous allons lui réserver vraiment tous les honneurs et toute la sécurité due à son statut d’ancien président.

Rfi/ France 24 : Est-ce que vous ne tombez pas là, dans des attaques personnelles qui ne sont pas peut-être dignes de cette campagne ?

Cellou Dalein : Non ! Je dis qu’il a fait ses deux mandats légaux constitutionnellement autorisés, il faut qu’il puisse partir dignement. Aujourd’hui, c’est vrai qu’il a choisi physiquement de faire sa campagne par visioconférence, c’est parce qu’il est fatigué, nous respectons en Afrique les personnes âgées. Je lui voue en tant que grand frère, président de la Républiquen avec tout le respect qu’il faut. Maisn il faut qu’il prenne conscience de la nécessité de contribuer à instaurer la démocratie dans ce pays. Il ne suffit pas de revendiquer d’avoir été le président de la FEANF, d’avoir fait 40 ans de combat pour la démocratie et une fois au pouvoir, on oublie tout ça et on veut se maintenir à tout prix.

Rfi/ France 24 : Vous avez dit récemment que le risque d’un hold-up électoral par le président Alpha Condé était moins grand que dans le passé ? Est-ce que vous êtes rassuré par le fichier électoral dont la CEDEAO dit qu’il est de qualité suffisante ?

Cellou Dalein : Non, je n’ai jamais dit que le risque d’un hold-up était nul, qu’il n’existait pas ou que c’est moins important. Je dis que Monsieur Alpha Condé ne peut pas récolter les suffrages, suffisamment de suffrages pour pouvoir se proclamer vainqueur de cette élection. Alors est ce que le fichier est bon ? Le fichier n’a jamais été consensuel. D’ailleurs l’ensemble des partenaires techniques et financiers ont toujours souhaité que nous ayons un fichier consensuel et sincère qui reflète l’état du corps électoral, ce n’est pas encore le cas. Ici, l’avantage que nous avons, c’est que même si les élections étaient organisées seulement dans son fief, Alpha Condé les perdrait parce que personne ne veut de lui.

Rfi/ France 24 : Est-ce que vous craignez des fraudes à grandes échelles à cette élection ? Vous êtes confiants ?

Cellou Dalein : Oui, il va tenter de faire les fraudes. Alpha n’a pas d’électeurs aujourd’hui, mais il a les préfets, les sous-préfets, l’administration, les ministres tout le monde est à pied d’œuvre pour essayer de lui octroyer le maximum de suffrages alors que le peuple n’en veut pas. Mais, nous sommes vigilants et nous n’accepterons pas que nos suffrages soient volés cette fois-ci.

Rfi/ France 24 : Il (Alpha Condé ndlr) a affirmé qu’un candidat de l’opposition allait se proclamer vainqueur, se réfugier dans une ambassade… Evidemment, il vous visait. C’est ce que vous allez faire ?

Cellou Dalein : Ce n’est pas moi ça, moi je n’ai jamais pensé me réfugier. Monsieur Alpha Condé a un défaut, lorsqu’il était opposant, alors tout ce qu’il faisait, il veut attribuer ses actions qu’il menait à l’époque à son opposition. Il a passé son temps à organiser des rebellions, des complots, des tentatives d’assassinats, il a grimpé des murs, se réfugier dans les ambassades, ce n’est pas mon cas. Moi, si je gagne , je proclamerai mes résultats, mais je n’irai me réfugier nulle part. Quelqu’un qui veut assumer la fonction de Président de la République ne va pas se cacher quand même. Ce n’est pas mon genre, ce n’est pas ma nature. Je suis un homme d’honneur.

Rfi/ France 24 : Monsieur Cellou Dalein Diallo vous accusez votre adversaire Alpha Condé d’instrumentaliser la question ethnique, mais lui, il nie farouchement et il accuse vos partisans d’avoir caillassé le convoi du Premier ministre (Ibrahima Kassory Fofana), c’était il y a quelques jours dans votre fief à Labé en Moyenne Guinée. Est-ce que la CEDEAO n’a pas raison de mettre en garde les deux camps : le camp Alpha Condé mais aussi de votre camp monsieur Cellou Dalein Diallo, contre la tentation de jouer cette carte ethnique ?

Cellou Dalein : J’ai écouté Alpha Condé lorsque vous l’interrogiez, il a nié d’avoir parlé d’ethnie. Je vais vous envoyer l’audio, parce que c’est récent, y à moins qu’un mois. Il n’a pas pu assumer ça, parce que ce n’est pas facile d’assumer, mais l’audio existe, il l’a fait publiquement, je vais vous l’envoyer.

Alors, les violences, ce ne sont pas des choses que l’UFDG souhaite, nous avons toujours appelé au calme. Vous savez bien qu’en 2010, j’avais gagné les élections, au nom de la paix j’ai renoncé à ma victoire. Parce que les tensions de nature ethniques créées par Alpha Condé et entretenues un peu par le gouvernement de la transition à l’époque étaient telles que si je refusais les résultats proclamés par la Cour suprême, le pays risquait de sombrer dans des violences qui auraient pu aller vers la guerre civile. J’ai accepté. Comment expliquer qu’avec 44% au premier tour, Alpha Condé n’avait que 18% , ce rapport de force n’as pas beaucoup changé, il a changé quand même mais pas suffisamment pour lui permettre de me battre dans une élection. Aujourd’hui, Alpha Condé ne peut pas avoir les 18% qu’il a eus en 2010. Les populations ne sont pas satisfaites du tout de ce qu’il a fait.

Rfi/France 24 : Notre dernière question, Si vous jugez que le verdict des urnes n’est pas fidèle à la réalité, est-ce que vous allez appeler vos partisans à descendre dans la rue ou pas ?

Cellou Dalein : Nous sommes en train de nous organiser pour avoir tous les résultats en temps réel. Nous allons déployer 3200 délégués dans les bureaux de vote pour que dès que le dépouillement est terminé et le PV dressé que nous ayons les résultats, si nous avons les résultats qui confirment qu’on a gagné, on le dira. On publiera les résultats au fur et à mesure pour que le peuple de Guinée soit informé. Au cas où nous perdions, je serai le premier à féliciter monsieur Alpha Condé. Mais, si nous gagnons et qu’il se proclame vainqueur, on ne l’acceptera pas.

Rfi / France 24 : Ça veut dire , vous appellerez les gens à descendre dans la rue très clairement, on a besoin de clarification… ?

Cellou Dalein : Nous appellerons à manifester pour s’opposer au hold-up électoral au quel on serait en train d’assister. La manifestation pacifique dans les rues et sur les places publiques est un droit constitutionnel en République de Guinée.

Rfi/ France 24 : Merci Monsieur Cellou Dalein Diallo de nous avoir accordé cet entretien .

       Une interview transcrite par Abdul Karim Barry pour couleurguinee.info