Ils sont nombreux à être arrêtés, transportés clandestinement vers des destinations inconnues. Beaucoup d’entre eux se sont retrouvés très loin de la capitale, à l’intérieur du pays. Aux dernières nouvelles, plusieurs de ces personnes kidnappées et transférées à l’intérieur du pays précisément au camp militaire de Soronkoni à Kankan ont été libérées  ces derniers jours.

Mamadou Cellou Diallo, citoyen enlevé à Conakry par des hommes cagoulés et transféré à Kankan. Notamment au camp de Soronkoni est parmi ceux qui ont été libérés

Ce  boulanger de profession, âgé de 52 ans, marié à trois femmes et père de 08 enfants, lors d’un entretien ce dimanche, lendemain de sa libération, nous a expliqué son aventure.

« Je suis boulanger. Après mon travail la nuit vers les 23 heures, je suis allé récupérer le prix de pains dans les mains d’un client. À mon retour, deux pick-up remplis d’hommes cagoulés m’ont barré le chemin. Ils m’ont embarqué dans l’un des pick-up et m’ont envoyé directement au camp Macambo où on a passé la nuit. Le matin nous avons été transférés à “Cameroun” où nous sommes restés jusqu’aux environs de 23 heures. De là, ils nous ont pris avec d’autres personnes arrêtées. Nous étions au total huit personnes. Ils nous ont pris tous dans un camion et nous ont directement conduits à Soronkoné dans Kankan ». Explique ce citoyen rescapé.Il dira ensuite que le parcourt n’a pas été facile pour eux. Car dit-il, ils ont été mis dans un camion plus deux autres pick-up aussi remplis,  pour une destination inconnue. Il ne pouvait connaitre le nombre de personnes arrêtées. Parce que dit-il tous ces engins étaient remplis de personnes.

Il confie qu’arriver à Kindia le cortège a fait escale de quelques minutes après a continué. Arrivé à Dabola dit-il, le cortège s’est approvisionné en carburant.

C’est là dit-il, qu’il a réussi à téléphoner discrètement à un des gérants pour lui dire qu’ils ont été arrêtés à Conakry, pour une destination inconnue. C’est après, dit-il qu’il a demandé à ce gérant d’informer les familles.

Il signale qu’ils étaient à peu près 40 personnes transportées. Mais rapporte-t-il, il a fallu attendre qu’on arrive à Soronkoni pour connaître le nombre total des personnes enlevées et transférées.

« Nous sommes arrivés là-bas au nombre de 40 personnes. Nous n’avions aucune connaissance et aucune relation avec les autres personnes qui étaient là-bas. Aucun droit ne nous était accordé pour appeler qui que ce soit. Des instructions ont été données aux autres agents de ne pas nous quitter des yeux ». 

Il poursuit en ces termes : « Quelques jours après, la première équipe de surveillance est partie. Nous sommes maintenant avec une deuxième équipe. Cette dernière a accepté d’échanger avec nous. Elle a vraiment été plus sensible et gentille avec nous. Après avoir échangé avec nous, les membres de cette équipe nous ont dit : si on vous prenait de la même manière qu’on nous a parlé de vous, on vous aurait fait du mal à tort ».

Ces personnes kidnappées, ont été respectivement enlevées le 11 et le 12 février dernier dans leurs quartiers à Conakry, avant d’être conduites à Soronkoni où elles ont passé 47 jours avant d’être libérées, confie-t-il. Il ajoute « Nous n’avons pratiquement pas été agressés et il n’ya eu aucune forme de violence de la part des agents dans le camp. C’est la nourriture qui nous manquait, dans le camp, on a été sommé de  répondre obligatoirement, chacun à trois questions à savoir : Est-ce que vous êtes membres du FNDC ? Est-ce que vous avez fait une formation militaire ? Etes-vous dans l’opposition ou quoi ? 

Finalement ils n’ont rien eu de concret comme preuve pour nous garder. Et ils ont trouvé que nous ne sommes accusés de rien dans tout cela. C’est par après qu’ils nous ont gardés quelques jours et nous ont libérés après avoir passé 47 jours là-bas ». 

Nous sommes au total 36 personnes à être libérées ce samedi, et on nous a fait sortir hors du camp à 06 heures du matin pour pouvoir regagner nos domiciles respectifs. On nous a interdit de raconter ce qu’on a passé à Sorokoni. À défaut, on subira leur colère » a-t-il relaté avec une mine inquiète.

À la fin de son intervention, il a tenu à rappeler que « l’heure est grave dans ce pays « Je demande à tout le monde d’être très vigilant. Parce que, c’est très difficile d’être pris comme ça sur la route sans aucun motif et sans aucun avertissement, surtout un père de famille. Actuellement c’est le vent là qui souffle dans le pays, et chacun peut être une cible sans s’en rendre compte. Le pays est plongé dans une obscurité où seul Dieu peut apporter la lumière » a-t-il conseillé

Par Mamadou Sanoussy Diallo pour couleurguinee.info