Le mardi 06 octobre 2020, invité de la radio France Internationale RFI et de France 24, le Président Alpha Condé a répondu aux questions de nos confrères.  Nous vous proposons l’intégralité de cette interview

RFI : Monsieur le Président, vous vous présentez pour un troisième mandat présidentiel, l’élection est prévue le dimanche 18 octobre. Pourquoi ?

Alpha Condé : D’abord je dois vous expliquer que dès qu’on a composé le Conseil National de la Transition, j’ai critiqué en disant que les gens étaient choisis n’importe comment et n’étaient pas qualifiés pour faire une Constitution. Malgré cela, ils ont fait, quand nous étions à Ouaga, nous sommes donc tombés d’accord de laisser les militaires promulguer la Constitution sans référendum. Le gouvernement qui viendrait fait une nouvelle Constitution. Mais, lorsque je suis arrivé, la Guinée d’ailleurs, si vous vous rappelez de ma phrase « j’ai hérité d’une Nation, pas d’un État », on n’avait conclu aucun programme avec le fond monétaire. Il a fallu les deux ans pour avoir le PPTE,  ensuite on a eu l’Ebola qui nous a beaucoup retardés donc mes préoccupations c’étaient d’abord, y avait pas d’hôtels, y avait pas de courant mais mes préoccupations étaient de m’occuper de cela et ensuite faire une nouvelle constitution sous le peuple, le consulter.

RFI : Alors ce troisième mandat, Monsieur le Président, il est dénoncé par un certain nombre de vos compatriotes comme un coup d’Etat constitutionnel et qu’est- ce que vous répondez à ceux qui disent que c’est la porte ouverte à une présidence à vie que vous avez toujours combattue ?

Alpha Condé : Écoutez ! Premièrement, c’est une constitution où tout le monde a été consulté. Ensuite, lorsqu’il y a une constitution, ceux qui sont d’accord votent oui et ceux qui ne sont pas d’accord votent non. Comment on peut dire coup d’État lorsque la constitution d’une République n’a pas été soumise au référendum. Je vous fais remarquer que les limitations de mandat sont devenues du fait que les chefs d’État, il y a très longtemps qui ne travaillent pas. C’est là qu’on a fait les conférences nationales pour changer. C’était quelque chose de proportionnelle, il ne s’agit pas de faire une présidence à vie. Mois, je me suis battu pendant 44 ans, j’étais opposant et j’ai été condamné à mort,  j’ai été emprisonné. J’ai gagné les présidentielles en 1993, tout le monde le sait. J’ai refusé bien que les militaires discutaient avec moi et que je ne suis venu gouverner des cimetières mais les hommes et je suis parti. Donc, si je voulais une présidence à vie, j’allais déjà commencé à être président depuis 1993.

RFI : Si vous êtes réélu, est ce que ça sera votre dernier mandat ?

Alpha Condé : Pour le moment, nous allons aux élections et il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant… Attendons de voir, une élection n’est jamais gagnée d’avance, on verra si je gagne ou pas.

RFI : En Côte d’Ivoire, Alhassane Ouattara, avait fait le choix de ne pas se représenter au mois de mars à l’époque vous avez été pointé du doigt comme le seul de la sous région à vouloir briguer un troisième mandat. Maintenant que vous voyez que Alhassane Ouattara y va est-ce que (vous vous dites, vous êtes moins seul ?)

Alpha Condé : Je suis guinéen ! Je m’occupe du peuple de Guinée. Je ne m’occupe pas des autres pays. Mais, je vous fait remarquer qu’il y a des présidents qui ont fait trois mandats, quatre mandats, cinq mandats curieusement. Ces présidents ne sont jamais critiqués et ça passe comme une boîte à la lettre. Moi, le président Alhassane est mon frère et que j’aime bien, il est libre de choisir son choix et je n’ai pas à commenter.

RFI : Le fichier électoral a été très contesté lors du référendum d’il y a 6 mois mais la CEDEAO l’a estimé aujourd’hui de qualité suffisante, est-ce que vous considérez que cette élection sera transparente et puisque vous dites qu’il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué est-ce  que vous accepterez éventuellement votre défaite ?

Alpha Condé : Mais c’est normal ! Écoutez, d’abord le référendum nous fait remarquer qu’il y avait 2 400 000 voix qui étaient contestées  parce qu’elles n’existaient pas. Les votants de 2015, ils manquaient une pièce d’identité et les 2 400 000 voix ont été retirées. Donc le fichier du référendum était totalement correcte puisque la CEDEAO a estimé que 2 400 000 voix ont été éliminées. Les membres de la CENI, de l’opposition, ont demandé une révision complémentaire avec les nouveaux mineurs. On a fait cette révision et ensuite la CEDEAO et l’Union Africaine ont envoyé des experts qui ont travaillé pendant plus de deux semaines sur ça. On dit que le fichier est tout à fait fiable.

RFI : Et vous accepterez le verdict de l’urne tel qu’il soit, même si on annonce que vous êtes battus ?

Alpha Condé : Je suis un démocrate, je me suis battu pendant 45 ans. J’ai créé un parti, mes adversaires sont des fonctionnaires qui sont devenus premiers ministres. Après avoir mis le pays à terre, ils ont créé des partis. Je pense que c’est extraordinaire que moi qui me suis battu 45 ans que je sois considéré comme un dictateur antidémocrate. Et ceux qui ont pillé le pays, parce le président Conté disait moi je suis militaire je m’occupe du camp et des frontières, vous les technocrates, faites ce qui est bien pour le pays. Vous êtes venus en Guinée en 2010 et vous aviez vu dans quel état était la Guinée. La Guinée a la particularité que tous les opposants étaient des anciens premiers ministres et dont la gestion a été analysée par Afrique média

RFi : Justement parmi eux, il y a l’opposant historique Cellou Dalein Diallo qui a finalement décidé de se présenter à l’élection, rompant ainsi avec le reste de l’opposition qui avait décrété un boycott, est-ce que c’est une victoire pour vous  la candidature de Cellou ?

Alpha Condé : Je vous fais remarquer qu’au sein du FNDC, il y a 4 candidats. Il y a Cellou, il y a Kabélé, Ousmane Kaba et Abdoulaye Kourouma. Donc, il y a quatre candidats qui étaient des membres du FNDC. Mais, celui là pèse particulièrement parce que c’est quand même, c’est quelque chose qui était important pour que l’élection donne l’apparence d’une véritable élection.  Vous dites transparence, moi j’ai toujours voulu une élection inclusive. Je n’ai jamais éliminé quelqu’un, mais chacun est libre d’aller au vote.  C’est le choix personnel de chacun. Je n’ai pas à commenter la candidature d’un autre.

RFI : Il y a un mois, vous avez dit à vos partisans, cette élection n’est pas seulement une élection. C’est comme si nous étions en guerre. Et puis tout récemment après une visite à Conakry de la mission conjointe CEDEAO, ONU, Union Africaine vous êtes revenu sur ces propos. Vous avez déclaré que vous n’êtes pas en guerre. Monsieur le président est ce que ce revirement est sincère ?

Alpha Condé : Je n’ai jamais dis à mes militants c’est une guerre. Vous m’avez jamais entendu depuis le début, je n’ai pas fait de meeting et j’ai parlé simplement en visio-conférence et je vous défie de me montrer une vidéo conférence où j’ai dis que c’est une guerre. J’ai toujours dit à mes militants de ne jamais jeter de pierres, n’insultez pas les gens. Même lorsque le premier ministre a été attaqué lorsqu’il est parti pour inaugurer quelque chose à Labé et qu’on a cassé son véhicule, j’ai appelé partout pour dire ne tombons pas dans la provocation. Vous ne verrez pas dans une seule de mes interventions où j’ai dit que c’est une guerre. J’ai toujours dit que personne ne viendra développer la Guinée sauf les guinéens. Que nous devons être solidaires, que le combat politique, c’est une compétition et le peuple doit choisir en fonction des programmes mais comme, il y a des partis qui ne présentent pas leur programme évidemment.

RFI : Donc vous affirmez que ce sont des fakes news comme on dit aujourd’hui qu’on vous accuse de quelque chose que vous n’avez pas dites c’est bien ça ?

Alpha Condé : La Guinée, vous n’avez qu’à remarquer est classée au 4ème rang du monde parmi les fakes news. Vous pouvez enquêter, c’est connu de tout le monde. France 24, vous-même vous avez vu une image et vous avez dit qu’elle a été prise en Afrique du Sud, je me rappelle.

RFI : Quelque chose que vous avez affirmé, c’est que vos adversaires veulent se faire proclamer vainqueur pour aller ensuite se réfugier dans une ambassade pensant qu’il y aura la guerre. Alors est-ce  que vous craignez un scénario comme au Mali où l’armée a renversé Ibrahima Boubacar Keita il y a deux mois par exemple. Est ce que c’est ça que vous craignez ?

Alpha Condé : Je vous ferai remarquer qu’il n’y a jamais eu de coup d’Etat en Guinée. L’armée a pris le pouvoir après la mort du président Sékou Touré. Ensuite après la mort du président Conté. La Guinée n’a jamais eu de rébellion, il n’y a jamais eu de guerre civile,  il n’y a jamais eu de coup d’Etat et du peu que je suis informé. La réforme qu’on a faite de l’armée républicaine et ça fait 4 ans que nous sommes à Kidal et nous sommes au 5ème bataillon, donc la situation n’a rien à voir. Je sais parce que j’ai vu dans leur déclaration et dans leur intention qu’ils voulaient se faire proclamer. Je n’ai même pas dit le nom de quelqu’un. J’ai dit, il y a un opposant qui à 18heures veut se proclamer vainqueur et se retrouver dans une ambassade. Et je n’ai pas dit de nom.

RFI : Cellou Dalein Diallo puisque visiblement c’est à lui que vous faites allusion il dénonce de votre part une instrumentalisation de la différence ethnique. Il n’est pas le seul à pointer ce danger parce que la semaine dernière la mission internationale que vous avez reçue a condamné fermement les discours de haine à relent ethnique, qu’est ce que vous répondez à cette question ?

Alpha Condé : Je n’ai jamais fait un discours à violence ethnique. Je vous fais remarquer que je suis malinké, je parle 10 fois mieux soussou que malinké premièrement. Deuxièmement moi je me suis battu. Sékou Touré était président malinké et je me suis battu contre lui et il m’a condamné à mort. Moi, je suis un panafricaniste. Les malinkés ont été en 84 massacrés, beaucoup sont morts. J’ai dit que le président n’a pas raison de dire « Wo fatara » vous avez bien fait mais il est encore possible de recoudre le tissu social. Et pendant toute ma lutte contre le président Conté, jamais je n’ai dit qu’il est Soussou. J’ai combattu son programme et je n’ai jamais attaqué sa personne. Il y a mon livre ,mon passé, une certaine vision de l’Afrique. Et je suis panafricain. Et quand je faisais le combat contre Sékou Touré, la plupart des gens qui se battaient avec moi étaient des peulhs et les malinkés l’accusaient comme l’instrument des peulhs. Alors je pense il faut un peu relire l’histoire.

RFI : Monsieur le Président, vous avez parlé de votre passé d’opposant, il y a quand même une question qui se pose à travers un récent rapport  d’Amnesty International qui affirme qu’au moins 50 personnes sont mortes, 200 ont été blessées entre octobre 2019 et juillet 2020. Il  parle des répressions contre les manifestations et ce rapport souligne la responsabilité des forces de défense et de sécurité. Pourquoi n’y ai t-il jamais d’enquêtes et de sanctions contre les policiers ou les militaires qui tirent des balles réelles sur les gens ?

Alpha Condé : Moi je ne prends pas Amnesty International au sérieux parce qu’ils font des enquêtes à charge. Vous venez, vous vous interrogez, vous n’interrogez pas le gouvernement pour savoir. Je vous fais remarquer qu’il y a des gens qui étaient habillés avec des gris-gris comme des fétiches en disant anti-balles et que c’est eux qui ont attaqué le camp à N’Zerekoré, certains sont entièrement en prison à Kankan Soronkoni. Amnesty International fait des rapports unilatéraux. S’il faisait des enquêtes, vous aurez vu la plupart des gens qui ont été tués à N’Zerekoré par des gens qui sont venus habillés. Ils sont venus du Liberia et de Kenema (Sierra Leone) et on a arrêté certains d’entre eux qui sont actuellement jugés et certains n’ont pas été libérés. Ceux qui ont reconnu qu’ils ont tiré sont en prison.

RFI : Tout récemment, on a commémoré le massacre du 28 septembre 2009, toujours pas de procès, plus de 10 ans après. Si vous êtes réélus est-ce que ce procès aura lieu ?

Alpha Condé : Nous nous sommes mis d’accord avec la cour pénale internationale que nous allons construire un bâtiment qui est en construction pour pouvoir juger et la CPI était d’accord avec nous. Je vous ferai remarquer que je ne suis pas responsable du massacre du 28 septembre. Pendant le 28 septembre, moi j’étais opposant et je vous fais remarquer que Cellou qui critique est parti à Ouaga faire une alliance avec le président Dadis en 2015.

Une interview transcrite par Aïssatou Diallo Pour couleurguinee.Info