Depuis la Côte d’Ivoire où il réside, Idrissa Chérif, ancien ministre de la communication du capitaine Moussa Dadis Camara et président du parti Union pour le Changement de Guinée UCG a bien voulu s’exprimer sur les événements lors de la transition 2008-2009. Il a été interrogé par nos confrères de Lynx Fm dans l’émission « œil de lynx ». Nous vous proposons ci-dessous, l’intégralité de cette interview.  Bonne lecture !

Depuis longtemps, vous n’êtes pas venu en Guinée. Qu’est-ce qui explique votre longue absence du pays ?                                                  

D’abord, je tiens à vous remercier pour l’opportunité que vous m’offrez ce matin sur votre antenne. Ça me fait plaisir d’avoir ce contact entre vous et moi.  Je vous dirai  que je suis à Abidjan parce que je suis né ici et j’ai évolué presque à Abidjan. J’ai ma famille à Abidjan, idem aussi à Conakry. Je suis à Abidjan parce que je suis président du conseil d’administration d’une société. J’ai une entreprise de téléphones, de bâtiments et de Génie civil. J’ai aussi un cabinet de relations internationales. Mais, voilà à peu près ce que je voudrais dire pour justifier mon absence. C’est des occupations professionnelles qui font que je suis là. Voilà ! Donc depuis 2015, j’ai quitté Conakry et je ne suis plus reparti. Mais, quand même, je suis en contact direct avec mes parents, mes frères, les membres de mon bureau politique et autres.

Il y a certains membres de votre formation politique qui étaient très actifs dans certains quartiers de Conakry peu avant les élections locales et législatives. Mais,  on ne vous a pas vu au sein de la compétition. Qu’est-ce qui s’est passé réellement ?

 D’abord, au sein du parti, nous avons décidé de ne pas prendre part aux élections. Mais, pas parce que l’opposition a refusé de partir. C’est parce que nous ne sommes pas prêts. Il fallait mettre toutes les instances en place. Coordonner et installer les comités de base. Et comme tout ça n’était pas d’abord installé, on a jugé bon de ne pas se lancer dans un fleuve auquel on ne connaissait pas la teneur et la profondeur. Mais, il est important pour nous ce choix. Et nous allons nous concentrer sur la présidentielle.

À quel bord politique vous appartenez ? L’opposition, la mouvance, le centre, les non alignés….                                            

Mon parti est un parti Libéral, nous sommes des sociaux libéraux. Je n’appartiens pas à un groupe. Je suis avec un programme que je veux présenter aux Guinéens. Quand on crée un parti, c’est pour accéder au pouvoir.

Justement vous avez été désigné président du parti Union pour le Changement de Guinée en février dernier. Pourquoi le choix de cette formation politique ?       

Les ambitions politiques, c’est ce que j’ai mûri depuis très longtemps. J’ai fait les sciences politiques.

Alors dès qu’on parle de Idrissa Chérif, on pense immédiatement à Capitaine Moussa Dadis Camara. On pense à la première partie de cette transition.   Expliquez-nous un peu quelles sont vos relations aujourd’hui avec capitaine Dadis et avec Général Sékouba Konaté ?    

Mes relations avec le capitaine Dadis sont des relations au beau fixe. Vous savez, quand c’est bon, je suis là, et quand ce n’est pas bon, je disparais. Le capitaine, je l’ai connu avant qu’il ne soit président. J’ai eu des relations avec lui. Et après la présidence, ces relations doivent continuer. Il avait des amis. Il était très ami avec Siaka Barry, Bakari, Boubacar Barry…avant qu’il ne soit président. Ils ont toujours gardé les mêmes rapports et mêmes relations. Donc, pour moi, il n’y a pas de problème. Je communique avec lui. Même hier, nous avons communiqué et nous communiquons tous les jours. Avec le Général Konaté, je n’ai pas aussi de problème avec lui. Je lui ai rendu deux fois visite à Addis-Abeba. Nous nous sommes retrouvés encore à Ouaga, à Dakar, au Maroc. Donc, ce qui veut dire qu’on a des relations au beau fixe. Et il m’a toujours respecté.

Mais ce qui est curieux dans tout ça, c’est que le Capitaine Dadis, le Général Konaté et vous, personne d’entre vous n’a mis pied en Guinée depuis que vous avez cédé le pouvoir. Quelles sont les raisons ?                                           

Je n’ai aucun problème qui m’empêche d’aller à Conakry. Je traîne et je l’ai dit à plusieurs reprises. En 2015, j’étais à Conakry pour l’élection présidentielle. J’ai fait toute la campagne avec Sidya Touré. Après l’échec, je suis rentré à Abidjan. Et comme je viens de vous le dire, j’ai des préoccupations professionnelles et je tiens à cela. Que de venir m’asseoir dans le vide comme ça à Conakry, ne rien faire. La politique a son temps et a ses moments. Donc, je n’ai aucun problème. J’échange avec le président de la République. Je l’appelle, on discute. Je n’ai pas de problème. Je parle avec ses collaborateurs, avec le PM Kassory Fofana. Et si ce n’était pas ce temps de confinement, je serai déjà à Conakry. Tout est préparé pour que je rentre à Conakry et je m’occupe de mon parti politique.

Et avec Sidya Touré, est-ce que vos relations sont toujours au beau fixe ?                                                 

Oui bien sûr ! C’est un grand frère avec qui j’échange beaucoup. Quand il est à Abidjan, nous échangeons. C’est quelqu’un que j’apprécie beaucoup. Je n’ai pas de problème avec lui. A un moment, il est parti avec le professeur. Ça c’est son choix à lui, et il est revenu encore à l’opposition. Donc, moi je garde toujours de très bons rapports avec eux. Même avec Cellou avec qui j’ai de très bonnes relations.

« Dadis n’est pas comptable de la deuxième transition. Au temps de Dadis, personne ne pouvait prendre quoi que ce soit dans l’économie. L’économie était gérée convenablement »

Mais vous (Dadis et scie) êtes accusés par une frange de l’opinion nationale d’avoir très mal géré cette transition. On vous accuse d’être responsable de ce qui arrive à la Guinée aujourd’hui ?    

Je ne vais pas contester. Je pense que la transition était venue pour mettre le pays sur les rails, C’est-à-dire il y a eu des dérives vers la fin du mandat du président Conté qui fut mon père. J’étais très proche de lui, que j’ai servi depuis 8 ans et il me faisait beaucoup confiance. J’ai effectué assez de missions pour le président Conté. Mais, les Guinéens ne m’ont pas connu. Quand tu vas demander à d’autres personnes, ils te diront qu’ils ont connu Sékou Chérif au moment de la Transition de Dadis. Je dis non ! Dadis et autres, c’était des subordonnées. Moi, j’étais très proche du président Conté. J’étais aussi conseiller personnel du Ministre Abdoul Kabélé Camara qui fut ministre de la Défense.

Nous nous intéressons à la gestion. Est-ce que vous vous sentez responsable de l’échec de la transition ?     

Compte tenu de mes rapports avec le président Dadis, il m’a approché et m’a nommé conseiller comme tout le monde. Et après la démission de Tibou Kamara, j’ai été nommé ministre à sa place après le 28 septembre. Quand ils disent que la transition a été mal gérée, je dis non ! Elle a été bien gérée. N’eut été les événements du 28 Septembre qui sont venus se greffer à la bonne gestion du CNDD, c’est ce qui a tout capoté. Et vous avez vu les actions qui ont été données par le CNDD avant les événements du 28 septembre, c’est appréciable. Ils ont travaillé, ils ont bitumé et l’économie a été redressée. Donc, on ne peut pas dire que ça a été mal géré.

Quand vous dites que l’économie a été redressée,  c’est le contraire. Ceux qui ont pris les reines du pouvoir disent que les militaires ont pillé les richesses du pays….      

 Je ne suis pas comptable. Dadis n’est pas comptable de la deuxième transition. Au temps de Dadis, personne ne pouvait prendre quoi que ce soit dans l’économie. L’économie était gérée convenablement, à la douane, il y avait Alpha Yaya Diallo. Je dis du début de la transition jusqu’à la fin, jusqu’à ce que nous partons, il n’y a pas eu de détournement. Ce n’était pas possible.  La deuxième transition, ça je ne sais pas, si oui ou non, il y a eu pillage de l’économie.

Que savez-vous des événements  qui ont eu lieu au stade du 28 septembre ?

(Rires J’ai l’impression que je suis le seul historien de ce qui s’est passé de 28 septembre. Mais, comme je l’ai dit lors de mes précédentes allocutions, je n’étais pas présent quand Dadis a appelé Sidya.  Moi, je suis à l’aise car je ne me reproche rien. Je vous dis ce lundi du 28 septembre,  moi je dormais et j’ai été réveillé à 16 heures par un coup de fil de RFI qui me disait que des évènements ont eu lieu au stade et que s’il pouvait parler à un ministre. Je leur  ai dit d’appeler Tibou Kamara qui était le ministre de la communication. C’est ainsi que moi-même, j’ai quitté mon domicile pour ma sécurité. RFI m’a rappelé à 19 heures et je leur ai dit que je sais juste que c’est une marche qui était interdite.

À 19h 30, Christophe Bouabouvier m’a dit qu’il voulait parler au président. J’ai eu chaud à ce moment et j’ai  appelé Dadis qui ne pouvait pas s’exprimer à ce moment. C’était difficile pour lui de répondre, je voyais que la voix était prise. J’ai insisté mais il m’a dit être avec le Colonel Korka Diallo et j’entendais la voix de ce dernier lui disant « Vous ne pouvez pas parler M. le président ». Mais j’ai insisté et finalement il a dit qu’il est prêt à s’exprimer. Il a dit je cite : « je ne contrôlais pas l’armée ».

Après cet appel à  23heures,  je me suis rendu au camp et là j’ai trouvé aussi  feu  Petit Karo, Laye Condé  qui était le ministre du tourisme, Kaba Bachir et d’autres personnes qui étaient là avec Boubacar Barry. Le président  pleurait à chaudes larmes dans le couloir et disait  cette nuit-là même qu’il démissionne «  Appelez Mandjou. Appelez la presse, je démissionne cette nuit là ! ». Et c’est là que Laye Condé  lui a dit : « M. le président, si vous démissionnez cette nuit-là même, l’armée va vous tuer ». Voilà, il faut que les gens comprennent ceci et qu’ils arrêtent de dire certaines choses.

Arrivée à Conakry, la  presse internationale et les medias locaux ont été empêchés d’accéder aux hôpitaux et à la morgue. Et c’est moi-même qui suis allé voir  le président pour l’informer de ceci. Immédiatement, il a appelé Papa Koly Kourouma et lui a dit : « Va avec Chérif à la morgue, avec les journalistes, ils doivent voir ce qui s’est passé, et voir les blessés ». Voilà comment vous m’avez vu sur France 24 avec Papa Koly Kourouma qui était le chef de mission. Et les journalistes ont filmé. Moi, je me suis battu pour que la lumière soit faite, pour qu’on ne puisse pas occulter certaines vérités.  Que quelqu’un vienne me contredire sur ce plateau.

Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent ce n’est pas mon problème. Et s’ils font allusion à ce qui s’est passé dans la voiture, comme j’ai amené un fusil, c’est simplement parce que j’ai assisté à la rébellion en côte d’Ivoire.  Je ne rentre pas dans tous les détails. Je pense que y a la justice qui est là elle fait des enquêtes. Ils éclaireront la lanterne des guinéens le moment venu.

Est que vous avez témoigné devant le  pouls des juges chargés de l’instruction et en charge de ce dossier du 28 septembre ?          

Non, ils ne m’ont pas convoquée et ne peuvent le faire puisque je ne suis pas acteur. Je vous dis que j’ai été nommé ministre après le 28 septembre. Il faut éviter ce genre de situation. Moi je pense qu’il y a une justice qui a le dossier en main, laissez la justice faire son travail et ils savent ce qu’ils font. Pourquoi chercher à connaitre  alors qu’il y a une enquête en cours ? Lorsqu’ils seront prêts, ils vont convoquer le jugement et ceux qui doivent être appelés le seront. En plus, il faudrait qu’il y ait la paix, il y a eu des situations difficiles comme ça ailleurs mais des gens ont réussi à s’en sortir et à se pardonner. Il faut reconnaitre le droit de ceux qui sont morts et aller voir les familles des victimes.

Mr Idrissa chérif puisqu’on parle du passé, dites nous où étiez vous le 3 décembre et comment vous avez vécu cet autre épisode de la transition avec le Capitaine Dadis lorsqu’il a reçu cette balle ?

C’est une question de valeur. Les gens ont droit de connaitre ce qui s’est réellement passé ce jour du 3 décembre, c’est important. C’est ce jour que je me suis exprimé de 18h à 9h du matin, sans fermer les yeux, partout avec toute la presse du monde. D’abord, le 3 décembre, j’étais à Abidjan lorsqu’on a tiré sur le président Dadis. Donc, j’ai été appelé au téléphone, le 2 décembre, par le président Compaoré, qui m’a dit « Ecoute Chérif, je cherche à te joindre mais je n’arrive pas à te joindre sur ton numéro de Conakry. Donc, je viens de t’avoir parce que y a mon jeune frère François qui doit aller à Conakry, donc faudrait que tu sois à Conakry. « Je lui ai dit ah M. le Président, je suis arrivé hier. Ma mère était un peu souffrante, donc j’ai pris une permission d’une semaine juste pour venir voir ma mère. Je suis arrivé avant-hier, je n’ai même pas encore vu ma mère. Je ne peux pas me retourner à Conakry maintenant. Je suis permissionnaire. Mais, je peux appeler le Président pour que le Président puisse les recevoir  immédiatement. Il m’a dit « Non ! Il faut que toi-même tu sois à Conakry. J’ai dis ok ! M. le Président, je suis au gardez-vous.

Il me passe son conseiller qui me dit : «  Ecoute, il y a un vol demain. Air Ivoire qui part pour Conakry, mais le vol passe par Bamako et arrive à Conakry à 15h 45min ». J’ai dis et vous, vous arrivez à quelle heure ? ».  Il dit  à 16h, j’ai dit : «  Non, vous pouvez pas arriver à 16heures parce que mon vol peut faire un retard. Donc, ce qui veut dire que je ne peux pas vous recevoir à l’aéroport. Donc venez certainement vers 16h 30 ou 17heures, voilà comment est ce que le lendemain j’ai pris Air Ivoire, en passant à Bamako, Bamako – Conakry et je suis arrivé à 15h 45min. Comme j’avais du temps, je ne peux pas attendre à l’aéroport. Je suis allé directement à Novotel pour faire les réservations et j’ai appelé le directeur du garage du gouvernement, qui était en ce moment commandant David Soumah. Il est colonel maintenant. Je lui ai dis de me faire venir des véhicules à l’aéroport pour prendre les étrangers du Président. Donc, j’ai donné des instructions à David et je suis venu  à Novotel. Je me suis arrêté à la réception, j’ai pris des suites et puis quelques chambres parce qu’il m’avait dit que c’était 9 personnes. Je repartais à l’aéroport, c’est ainsi j’ai reçu un coup de fil sur mon téléphone pour me dire qu’on vient de tirer sur Dadis ! Comme j’étais avec mes hommes, j’ai dit qui a tiré sur Dadis ? Il était où ? Qu’est ce qui s’est passé ?  Donc j’ai appelé son jeune frère Jack, qui m’a dit qu’il n’est pas informé, qu’il ne sait pas ce qui se passe et qu’il n’est pas au camp il est sorti.

Après, j’ai reçu un autre coup de fil qui me confirmait qu’ils ont effectivement tiré sur le Président. Donc, j’ai gardé mon sang froid, quand je suis arrivé à l’aéroport, j’ai vu l’avion personnel du Président Compaoré qui atterrissait,  j’ai reçu son jeune frère et d’autres personnes. J’ai demandé au commandant du salon VIP, Colonel Kemo, je lui ai dit  mon Colonel, je suis obligé de prendre les  étrangers, je ne passerais pas au salon VIP, je les prendrais directement, donc je vous laisse les passeports mais moi je vais avec les étrangers et j’ai dit après vous déposez les passeports à Novotel. Donc, j’ai pris les étrangers sur le tarmac et nous sommes allés. Mais, en venant, j’ai vu que les véhicules roulaient en sens inverse. Arrivé au camp Samory, j’ai vu qu’ils ont mis des barrages. J’ai vu quelqu’un que je connaissais,  un militaire d’accès, quand il m’a vu, il me dit : «  M. le ministre, continuez, quittez ici. Donc, je suis allé, en ce moment, personne ne sait ce qui se passe même les étrangers. Je les ai logés dans les différentes chambres et je suis descendu avec Moustapha Safi. C’est là que l’ai informé qu’ils ont tiré sur le président et que j’ai la confirmation. Mais on me dit qu’il n’est pas mort. Il m’a dit, c’est Toumba qui a tiré sur lui ? J’ai dit oui ! Il dit comment tu as su c’est lui ? J’ai dit on en parlera. Et mes hommes m’ont dit : «  M. le ministre, on est obligé de vous sécuriser. Vous devez quitter ici. Je leur ai dit non ! Je vais rester avec mes étrangers. Ils m’ont dit non il faut qu’on aille ailleurs, on va vous sécuriser. C’est ainsi que nous sommes allés, je me suis sécurisé et je suis resté en contact permanent au téléphone avec Papa Koly Kourouma. Après Keleti Faro est venu faire une déclaration à la télé.

C’est là que j’ai attendu 19heures pour m’exprimer sur les ondes de RFI. J’ai dit effectivement, ils ont tiré sur le président, et nous sommes en conclave au camp Alpha Yaya Diallo avec les différents Chefs d’Etat-major des différents corps d’armées. J’ai commencé à communiquer. Mais, demandez aux différents chefs d’état major qui sont encore là-bas qui sont en service comme Baldé, comme mon ami Alpha Ousmane Diallo qui est inspecteur général des(…) des armées. On était tous là. Dadis a marché. Il est descendu de la voiture, il a marché monter dans l’avion. Je vous mets à l’aise parce que je suis d’autant plus à l’aise. J’ai communiqué par le patriotisme pour calmer la situation. Y a des guinéens qui étaient là-bas qui sont venus m’aider quand je sortais comme Tibou Camara comme Boubacar Barry qui m’a donné de l’argent pour que quand je dois rentrer, je rentre. Soyons sérieux ! Dadis et moi, c’est un problème de fraternité, de sang et de respect mutuel entre lui et moi….

Pourquoi après sa convalescence au lieu de revenir à Conakry on l’a transporté à Ouagadougou. Qu’est-ce qui s’est passé ?

Rires… C’est ça la politique. Vous rentrez maintenant dans le tout politique. Au moment où Dadis quittait le Maroc pour Ouagadougou, il ne pensait pas qu’il partait à Ouaga, parce que la destination c’était CONAKRY et l’avion était destiné à Ouaga. Quand il arrivait à Ouagadougou, il s’est dit non ! Qu’il veut aller à Conakry. Il a fallu que le président Compaoré lui-même se déplace pour venir le chercher à l’aéroport, pour dire allons. C’est ainsi que le Général Konaté, Cécé Loua et moi, on a décidé de nous rendre à Abidjan, on avait demandé un avion. J’étais obligé d’appeler le protocole  du président Gbagbo pour lui demander de nous demander au président Gbagbo de mettre son avion à notre disposition pour qu’on puisse nous transporter à Ouaga. Et c’est le président Gbagbo qui nous a envoyé  l’avion.

Mais qui s’est opposé à l’atterrissage de cet avion à Conakry. Qui a détourné ce vol de sa trajectoire ?

Mais, comme je l’ai dit toujours, le 28 septembre a profité à qui ? Est-ce que ça profité à Dadis ? C’est ça le problème. Si Dadis ne vient pas à Conakry, ça profite à qui ? Il y a toujours une question qu’on se pose. Donc posez-vous-même cette question. Moi, je ne réponds pas à cette question.

Bien avant, M. Cherif ce fameux discours qui a coûté cher à tout le monde… Qui  l’a amené à faire ce discours, à dire puisque c’est comme ça nous aussi on va se présenter au mois d’avril ?

On me dit non c’est Idrissa Cherif qui donnait de mauvais conseil à Dadis. Dadis avait plus de 25 conseillers qui étaient autour de lui. Mais, autour de lui, il y avait ses ministres. Il y avait des hommes forts qui étaient autour de lui, qui étaient ministres, il y avait ses hommes forts de l’armée. Mais, quand les gens partaient à Paris pour aller faire la promotion du CNDD, est-ce qu’ils m’ont vu là-bas ? Quand, ils ont pris l’avion pour aller aux États-Unis pour faire la promotion du CNDD, est-ce qu’ils m’ont vu là-bas ? Quand, ils ont pris l’avion pour aller rencontrer le président Kadhafi, est-ce qu’ils sont allés avec moi ? Non ! Parce que je n’étais pas dedans. C’est eux qui partaient, c’est les autres qui partaient. Quand c’était bon, on savait à qui donner. Quand c’était mauvais, on savait à qui donner. Maintenant, les gens se sont levés, ils nous ont lapidés avec des œufs pourris aux États-Unis. Ils sont allés faire la promotion pour dire que Dadis doit rester, Dadis doit partir et autres. On m’a vu, j’ai créé un groupe de soutien ou-bien on m’a vu dans un groupe de soutien ? Non je suis à l’aise.

Vous devez savoir, parce que tout a commencé là sur ce discours parce que bien avant,  Dadis était très populaire mais il a fallu  ce passage à Boulbinet ce jour-là pour que tout dégringole…

Le discours de Boulbinet j’étais à Abidjan.  J’ai suivi ça à la télé comme tout le monde, ce jour j’ai joint le président au téléphone. J’ai dit « ah président, je viens de vous suivre à la télévision. Il a dit non ce n’est pas le fait que je veux être candidat, mais l’opposition est en train de me stigmatiser. Ils sont en train de me réduire. Je vais leur prouver que je suis Guinéen. La première condition, si vous faites comme ça, voilà ce que je vais faire. Mais y a un problème. Vous savez qu’on est tous des intellectuels. Quand le CNDD est venu au pouvoir, le (communiqué) n1 c’est quoi ? Dissolution du gouvernement, suspension des partis politiques. Est-ce qu’il avait levé la suspension de la constitution ? Est-ce qu’il l’a levée ? C’est parce que Dadis a donné l’occasion de retourner. Il n’a pas levé la suspension et il y avait des manifestations alors que tous les partis politiques étaient suspendus, la constitution était suspendue. Mais, qu’on dise des choses, on n’était pas dans un État normal. Que les gens essayent de bien voir, de bien visionner les choses. Dadis les a considérés, il les a associés à sa gestion qu’ils ont demandé nous on va faire des marches. Mais, le cas de Boulbinet était une erreur. C’était une erreur, ça peut arriver, mais cela ne veut pas dire qu’on est candidat. Même si des gens font des dessins, pour prouver que c’est ça, mais il faut que lui-même manifeste. Pour dire oui effectivement je serai candidat. Mais, qu’on attende, qu’on soit patient. C’est un langage qui n’est pas confirmé. Il a dit si, ça veut dire beaucoup de choses.

Pensez-vous que de près ou de loin, le général Sékouba Konaté avait aussi joué un rôle dans ce jeu visant à faire un peu quitter Dadis au pouvoir ? Est-ce que vous pensez qu’à l’époque il a fait le jeu des puissances étrangères qui ne voulaient pas du tout de Dadis  ?

Bon de toute manière, le Général Sékouba Konaté a été un pion essentiel de la prise du pouvoir par le CNND. Il a aidé Dadis à venir au pouvoir, il faut le lui reconnaître cela. C’est l’armée qui a pris le pouvoir. Par respect, ils ont donné le poste de numéro 2 à Toto en tant que général parce qu’il était avec eux, mais Sékouba était l’une des pièces maîtresse de la prise du pouvoir. Mais dire encore qu’il a joué un rôle pour faire partir Dadis, moi je ne peux pas confirmer ça à qui que ce soit. Il y a des évènements qui sont arrivés, mais quand Dadis est parti, ça profitait à Sékouba.

Bon maintenant, moi je ne suis pas quelqu’un qui peut accuser des gens parce que j’ai envie de les accuser, j’ai dit Sékouba était une pièce maîtresse de la prise du pouvoir par Dadis. Dadis était très populaire au sein de l’armée. Toto voulait être président, Dadis voulait être président. Même si Sékouba avait l’ambition d’être président, déjà il était avec Dadis donc pour lui c’était difficile de dire je vais être président et c’est Mathurin qui est venu, qui a départagé tout le monde. Il a dit écoutez bon «  M. le Président montez, l’armée vous a désigné comme président. Voilà comment Dadis est devenu président. Il y avait des bruits au début au Camp Alpha Yaya Diallo, il fallait trouver le président qui allait gérer et toute la masse militaire était derrière Dadis, sa popularité énorme, considérable.

Ce jour là, le premier ministre Souaré était avec moi, avec le ministre de la défense Almamy Kabelé Camara, avec le ministre de l’économie, avec le ministre Cissé du contrôle économique, dès la prise du pouvoir, moi j’ai dormi chez le premier ministre Souaré avec le ministre de la défense et le matin Cissé s’est joint à nous et après on a appris la déclaration de Dadis. Quand il a pris le pouvoir, c’est ainsi maintenant que je suis allé, on a sécurisé le premier ministre, le ministre de la défense. J’étais la seule personne qui savait où le premier ministre se trouvait et où le ministre de la défense se trouvait et après je suis allé rencontrer Dadis au camp, j’ai dit au président Dadis «  Ecoutez, je suis là, je suis venu te voir, il a dit ah depuis là je t’attendais, j’ai dit je suis arrivé M. le Président, je suis là puisqu’on était déjà ami. Je lui ai dit j’ai le premier ministre avec moi, j’ai le ministre de la défense, j’ai le ministre du contrôle économique qui sont avec moi. Il m’a dit va me chercher le premier ministre, le ministre de la défense, tu m’envoies le premier chef. J’ai dit : « Non M. le Président, ce n’est pas possible, il faut qu’on discute. Nous avons discuté, je lui ai dit non on n’arrêtera pas comme tu es un fils de Lansana Conté, tu ne peux pas arrêter les ministres de Conté, donc il faut laisser ces ministres aller chez eux, tu as pris le pouvoir, l’armée vient de prendre le pouvoir, donc ce n’est pas la peine de faire des arrestations.

J’ai négocié personnellement, et le premier ministre Souaré l’a dit, dans une émission Cherif a négocié. Donc, j’ai négocié pour ne pas qu’on les arrête et ainsi de suite j’ai demandé qu’ils rentrent chez eux. Quand ils sont rentrés, j’ai dit « convoque tous les ministres, il a convoqué tous les ministres, ils sont venus. En ce moment l’ambassadeur Sako, paix à son âme qui était membre du CNDD, est venu avec un Car pour les prendre. J’ai dit non chacun va aller avec son véhicule au Camp. Et après, quand je les ai installés à l’école  l’EMIA. Je suis venu au BATA prendre Dadis dans le bureau de Sékouba, avec Sékouba lui-même, avec tous ceux qui étaient là-bas, j’ai dit on y va. Nous sommes allés. C’est pourquoi sur  des images, vous allez voir que je suis le seul civil arrêté derrière Dadis et c’est ainsi que Dadis a ordonné à tous les ministres de rentrer chez eux. Donc, si aucun ministre n’a été arrêté c’est parce que j’ai négocié.

À cette époque souvent on voyait Dadis qui brandissait la main de Général Konaté comme si c’était les deux qui étaient aux affaires. Mais est-ce que dans les coulisses il arrivait qu’il y ait tension ou tiraillement entre les deux.                 

 Je ne les ai jamais vus discuter. Ils se respectaient mutuellement. Dadis ne prenait aucune décision sans informer Sékouba. Même pour signer un décret, il faut que ça soit visé d’abord par General Sékouba Konaté.

Vous êtes président du parti UCG, une présidentielle est programmée pour 2020, serez-vous candidat ou pas ?  

Je suis leader du parti. Si vous voyez que je suis à la tête de ce parti, c’est pour venir gagner ces élections et non pas pour venir figurer. Nous pensons que nous avons l’un des meilleurs programmes. Nous avons un programme certifié et inattaquable. Chaque guinéenne et guinéen se retrouvera à l’intérieur de ce programme. Donc, je suis candidat à l’élection présidentielle en 2020 avec mon programme que je vais détailler après. Et vous allez voir que vous-mêmes, vous allez vous retrouver au sein de mon parti et vous allez même voter pour l’UCG. Mon parti aura un congrès extraordinaire et après ce confinement je pense que je dois rentrer à Conakry

Propos transcrits par la rédaction de Couleurguinee.info