Boubacar Barry frise la quarantaine. Il est commerçant. Il est de ceux qui ont été fraichement libérés après avoir été sortie de Soronkoni. Ce citoyen souhaite partager cette mésaventure avec l’opinion. C’est le mardi 11 février, aux environs de 22h, qu’il a été enlevé par des hommes en tenues, cagoulés.

«Ils me demandent de m’identifier. Je leur ai montré ma petite chambre à côté, mais ils ne m’ont pas donné le temps de dire autre chose.  Ils m’ont pris pour m’envoyer au bord de la route où près de 5 pick-up étaient garés. Ils m’ont embarqué pour la CMIS N°2 de Bambéto où nous avions passé la nuit. Le mercredi à 17h, ils nous ont fait sortir pour nous conduire à la CMIS N°3 de Enco 5. Nos parents  informés sont venus faire des négociations mais, ces agents leur ont demandé de revenir le lendemain pour une suite favorable.  A 20 heures, un camion de bérets rouges gare dans la cour et  on nous fait sortir un à un. Plus de 35 jeunes, pour nous envoyer à la CMIS N°1 à Cameroun pour nous réunir afin de nous emmener au camp Soronkoni à Kankan » a-t-il relaté

A Soronkoni, explique-t-il, la souffrance a commencé. Ils ont été enfermés dans des cellules non aérées. Et puis, il y avait la corvée du forçat. On allait puiser de l’eau à un forage. Une dizaine d’entre nous se relayaient pour le travail. On mangeait des repas indigestes

« Le déjeuner c’est du pain sec et de l’eau chaude. On n’a pas subi de torture pour être sincère mais des injures de toutes sortes nous étaient dédiées. Certains parmi eux nous disaient d’éviter de manifester ou de faire la politique. Ils refusaient même parfois d’accepter qu’on aille se mettre à l’aise quand il faisait nuit » a-t-il indiqué

Ce jeune dit avoir été marqué par un des officiers dans ce milieu carcéral.

« Je me souviens d’un soldat. Il venait de temps en temps nous remonter le moral, nous réconforter et nous redonner de l’espoir.  Et lorsqu’il y avait des disputes entre nous les détenus c’est lui qui venait nous donner des conseils et trancher » témoigne-t-il. Des fous étaient parmi les détenus de Soronkoni selon Boubacar Barry

« J’étais très déçu du fait que je me suis retrouvé avec des fous et je mangeais avec eux. Ils étaient au nombre de 3, je garde aussi leur souvenir » ajoute-t-il

Il témoigne aussi que bon nombre d’entre eux étaient malades. Certains s’évanouissaient.

« Venir subitement enlever les pauvres citoyens sans motif, ce n’est pas du tout bon. Ce n’est pas tous les jeunes qui sont des délinquants. Dans un pays, il faut avant tout la sécurité. Et si ceux qui sont censés sécuriser les citoyens deviennent leurs ennemis, on ne sait plus à quel saint se vouer dans ce cas »a-t-il lancé.

                                                                                                                                                                                                 Par Abdul Karim Barry Pour couleurguinee. Info